Soutenir ce blog

Ajouter ce blog à vos favoris

Souscrire au flux RSS Souscrire au flux RSS

Ajouter à votre page Google

Ajouter à Mon Yahoo!

ajouter à mon msn

Ajouter à Netvibes

Buzz autour du blog

Promouvoir ce blog

 

Amour Spaghettis Musique et Cosmoparticules

 

 

 

Recommandé par des Influenceurs

Recherche

Partager ce blog

Avant de lire

De nombreuses années d'études des phénomènes féminin / politique ne m’ayant apporté aucune certitude, pas la moindre connaissance utile ou concrète, je suis bien conscient que la poursuite de mes recherches dans ces domaines n’est probablement plus motivée par l'espoir de faire avancer la science... Au delà de ce seuil, plus rien n'est sérieux. Bon vent !

Ô Dieu ! Accordez-moi la chasteté. Mais pas encore maintenant.
Saint Augustin

 

Les coupes du monde passent, les slogans restent. Ou presque... Le naufrage annoncé est survenu. Tous solidaires ont ramé droit sur l'iceberg avec un entrain formidable. Le groupe était soudé, voyez-vous. L'image est belle, certes ! Mais quand un groupe est composé de couillons, la solidarité est-elle une vertu ? Une chance ?

Et qui maintenant pour remplacer Domenech ? Qui pour renflouer l'épave? Je n'ai pas de conseil à donner à la fédération (encore une fine bande d'ulcères) mais moi, à la place de Laurent Blanc, je verrais plutôt une entraineuse. Question d'affinités...

Un dernier conseil, rebaptisons les sections "Sport et études". Côté sport c'est déjà pas terrible. Mais quand on entend les joueurs s'exprimer, on peut s'interroger sur le volet "études" du programme. "Sport et tunes" conviendrait mieux.  

Les coupes du monde passent, les slogans restent.

Publié dans : 3615 code j'en peux plus - Pour dire du mal ou du bien - Voir les 1 commentaires - Partager    
Peut-on concevoir un système qui, à partir d’une seule impulsion initiale, continuerait à fonctionner indéfiniment ? Non répond la physique moderne. Oui, lui rétorque Nicolas Sarkozy, quarante ans après les Shadoks. Démonstration.

Des années après que le lapin Duracell et les Shadoks, ces infatigables défricheurs d’absolu, aient éclairé pour des fous l’étroit chemin menant à l’improbable solution, Nicolas Sarkozy, s’appuyant sur les travaux de ses illustres prédécesseurs, est parvenu au terme de la quête du Graal de la physique : il a découvert le secret du mouvement perpétuel en politique.
 
A la base, le talent de Nicolas Sarkozy, consiste à se faire passer pour l’homme providentiel. Ca lui a valu une élection. Cet homme triomphe à se rendre indispensable. A l’instar du pompier pyromane, il excelle à créer mille désordres qu’il se propose aussitôt de résoudre, à allumer mille feux qu’il se précipite naturellement pour éteindre.
Son art, notre chercheur infatigable l’a rodé de longue date, à l’époque où, minuscule ministre de l’Intérieur, il se faisait déjà la pogne, à grand renfort de condés et de désopilantes métaphores sanitaires, au tréfonds des banlieues contestataires et déshéritées (on se demande bien par qui).
 
Depuis, il a formé ses disciples, concoctant au fil des années un assortiment assez joliment réussi d’hommes et femmes-sandwiches de ses idées, dont émergent, il faut le reconnaître, certains croquignols d’exception qui, par la portée considérable de leurs saillies, s’essayent invariablement à tutoyer le génie du maître et, si possible, à le surpasser.
 
Bien que cet inventaire « à la pervers » n’ait pas la prétention de refléter la richesse du patrimoine spirituel ou comique de nos gouvernants (ambition dont le lecteur comprendra aisément qu’elle dépasse, et de loin, le propos de cet article, la capacité de synthèse de son auteur et le format d’une chronique), on peut songer aux Bernard Kouchner, Rachida Dati, Rama Yade, Christine Lagarde, Christine Boutin, Christine Albanel ou Henri Guaino... Et, plus largement, à ceux qui étant directement entrés en politique par le large portail du palais présidentiel et non par la fente étroite et incertaine des urnes, sont intégralement redevables de leur carrière au chef Shadok, singularité qui leur impose le déploiement d’une ingéniosité de fayotage opiniâtre et féroce pour se maintenir dans la fonction ministérielle et ne pas faire l’expérience du « Goulp », cette brutale nomination consulaire dans un outre-trou atlantique qui a déjà englouti un de leurs porte-parole. Respirez !
 
Mais cet art de Nicolas Sarkozy, fût-il servi par un volontarisme infernal et une énergie formidable, n’aurait pas suffi à l’élever au rang de génie s’il n’avait su l’associer étroitement à la technique du mouvement perpétuel, Graal incontesté des physiciens que seuls quelques Shadoks et leur pompe à cosmogol 999 avaient réussi à approcher dans les années 70.
 
En apparence, le principe de Nicolas est aussi simple que génial : plus il agit, plus il fait de dégâts et plus il fait de dégâts, plus se fait sentir l’impérieuse nécessité d’agir. Toutefois, il faut se méfier de ces apparentes simplicités qui recèlent invariablement des mécaniques beaucoup plus complexes à mettre en œuvre qu’il n’y paraît au commun des mortels. Faire fonctionner correctement la pompe à problèmes impose le respect de deux règles-clés.
 
Première règle : la centralisation absolue des décisions. En effet, selon le postulat formulé par Albert Einstein « On ne peut résoudre un problème avec le même type de pensée qui a créé le problème ». Il est donc impératif, pour entretenir un régime permanent de difficultés, de confier la résolution des problèmes très exactement à ceux qui les ont imaginés et créés. Nicolas Sarkozy l’a bien compris qui préfère éviter la confrontation parlementaire ou (quelle horreur) référendaire, pour s’en remettre exclusivement à lui-même, voire à une garde très rapprochée de conseillers ou, éventuellement, mais c’est plus rare, à un cercle restreint de ministres carpettes évoqués plus haut et sur lesquels il peut copieusement s’essuyer.
 
Ainsi, la pompe élyséenne s’auto-alimente-t-elle des réactions suscitées par les désordres qu’elle engendre pour compenser, en permanence, l’énergie dépensée à entretenir un flot ininterrompu de nouvelles solutions inappropriées. Bref, à chaque solution, son problème et ainsi de suite...
Le paquet fiscal ayant mis les finances de l’Etat à sec, ce dernier ne peut plus améliorer le pouvoir d’achat des Français, augmenter les minima, les retraites. Alors la consommation chute et les recettes fiscales de l’Etat diminuent et le déficit se creuse. Pour endiguer le déficit, l’Etat crée de nouvelles taxes (sept depuis le début du quinquennat) qui mettent le Français un peu plus à sec et la consommation rechute et les recettes de l’Etat rediminuent. Il compense alors les moins-values fiscales par des coupes dans le budget au risque de plonger l’économie française dans la récession et de laminer encore un peu plus le pouvoir d’achat et la consommation, etc. J’arrête là parce que c’est pénible et que je n’arrive même pas à me comprendre quand je relis (selon la logique Shadok, ça signifie que ça doit être intelligent).

 

En matière d’économie, Nicolas Sarkozy propose une synthèse raffinée de deux postulat Shadoks selon lesquels « Ce n’est qu’en essayant continuellement que l’on finit par réussir... En d’autres termes... Plus ça rate et plus on a de chances que ça marche » et « Quand on ne sait pas où on va, il faut y aller... Et le plus vite possible ! ». Il n’y a qu’à constater le nombre ébouriffant de projets de réformes bâclées et de lois approximatives qui déferlent, en ce moment, sur le Parlement comme une nuée de CRS sur un parcours de flamme olympique.
 
Et, en matière de fiscalité et réduction des déficits publics, il est l’inventeur du vase communicant sans eau, ingénieuse robinetterie qui, si elle fait moyennement sourire nos partenaires européens, peut assurément lui valoir le premier prix au concours Lépine (du pied).

 

Seconde règle : ne pas hésiter à dire une chose et son contraire. L’incohérence systématique et la contradiction en boucle procurent en effet un combustible quasi inépuisable pour alimenter le foyer du mouvement perpétuel. De nouveau, cela peut paraître simple. Encore faut-il y mettre la manière. Sur le fond, peu importe que vous ayez tort ou raison. Seule la forme compte.
Il faut absolument éviter le véhément, le surabondamment notifié, mode trop souvent adopté par Rachida Dati ou Rama Yade, sous forme de démentis cinglants et virulents. Exemple : les fameuses « conditions » supposées par la France à la participation de Nicolas Ier lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin.
Position dont, entre parenthèse, l’humanité entière, à commencer par les Chinois qui en forment un bon cinquième, se fout comme de connaître le bruit et l’odeur du string d’un moine tibétain après huit jours de poursuite intense par les troupes gouvernementales chinoises à travers l’Himalaya.
 
Quelle grossière pirouette Rama ! Il valait mieux vous appuyer sur cette autre devise Shadok « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? ». Ainsi, vous auriez gagné à utiliser le mode « embrouillamini » privilégié par votre patron de président qui sait si bien nous expliquer (accrochez-vous) qu’il fait ce qu’il a dit qu’il fera et son contraire... aussi... qu’il a pas dit, parce que les Français (nous ?) lui en tiendraient rigueur s’il ne le faisait pas.
Accepter l’entrée de la Turquie dans l’UE, renforcer la présence de la France en Afghanistan, décréter un plan de rigueur, supprimer la carte famille nombreuse, la rétablir. J’en passe des non remboursées par la Sécu et des meilleures. Une chose et son contraire... Faire, défaire mais agir, toujours.

 

C’est que, de nos jours, l’incohérence est à l’homme politique ce que le carbone est à la plante. Et croyez-moi, ça pousse dru ! Prenez sa sinuosité Nicolas en chef et le dossier chinois. A Pékin, quand on l’entend, en avril, chipoter sur sa participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux, claquer un abscons « je ne ferme la porte à aucune éventualité », puis la chenille qui redémarre et la clique de ses ministres qui s’emmêlent les baguettes derrière en durcissant le ton avant d’être contredits, on se demande où est passé l’honorable VRP qui, lors de sa visite officielle en novembre, réaffirmait qu’il n’y avait pour Paris qu’une seule Chine, et que l’île de Taiwan en faisait partie.
Il ne faut pas s’étonner si, même en leur déterrant notre armée pour mettre la flamme olympique sous cloche si peu tibétaine, même en transformant Paris en cité interdite, le président Hu Jintao se montre à présent aussi peu jovial à l’idée d’honorer les 20 milliards de contrats qu’à entamer une partie de mah-jong avec un yack népalais.
 
A défaut, vous auriez pu, Rama, tout aussi bien prendre exemple sur Bernard Kouchner, spécialiste incontesté en matière de volte-face et quadruple boucle piquée. Nicolas Sarkozy avait déclaré sur France 2 le 26 avril 2007 qu’il « retirerait nos troupes d’Afghanistan s’il était élu ». Kouchner 2.0 justifie aujourd’hui l’envoi de 700 soldats français supplémentaires en expliquant que « c’est la seule façon que nous aurons, légitime, de nous en aller de cette guerre »... Bignolles ! Le professeur Shadoko n’aurait pas trouvé mieux. A côté de tels sommets, l’Everest passe pour une termitière.
Partir c’est... revenir un peu, aurait pu écrire un autre Bernard : (je précise que la réponse Laporte, en un mot comme en deux, est un contresens). Seulement Kouchner sait y mettre la manière quand il se lance dans une de ces bouleversifiantes et interplanétaires envolées dont il a le secret. A côté de sa mine dpéconfite, la détresse absolue d’un All Black devenu subitement amnésique au moment du Haka, passerait pour de la joie intense. Au final, on hésiterait presque à le plaindre sincèrement.
 
Quant à nous simples citoyens, les données sont simples « À droite du ciel, il y a la planète Sharkodok... Elle n’a pas de forme spéciale, ou plutôt elle change de forme tout le temps. À gauche du ciel, il y a la planète Royal Gibi, mais on ne la voit presque plus. Au centre du ciel, il y a la planète orange qui penche, soit d’un côté, soit de l’autre ». Alors fuir, je veux bien... mais de quel côté ? En moins d’une année, on nous a englués en perplexité, on nous a chamboulé les tangentes !
 
Hélas, mes amis, j’ai bien peur qu’il faille nous résigner à adopter la sage devise Shadok « pomper pour vivre et donc vivre pour pomper ». Et mieux encore si on en croit notre président... pomper plus pour pomper plus !
Publié dans : 3615 code j'en peux plus - Pour dire du mal ou du bien - Voir les 5 commentaires - Partager    
Cinq heures du matin, dernier quart de la nuit, le Zeebrugge, cargo des Messageries Maritimes, se présente en avant lente devant Colon, l'entrée du canal de Panama, côté atlantique.

Loin sur l'avant, là où depuis des jours le ciel rejoignait la mer, une barre sombre apparaît qui les sépare à présent... la terre est là, et à mesure que l'on s'approche, elle gagne en largeur sur l'horizon. Avant très lente... dans la clarté tamisée d'une lune rousse, on distingue à présent les hautes collines qui dominent Colon. Leurs ombres spectrales enveloppent la ville avachie sur le rivage sans vie de la baie, une cité obscure, sans relief ni halo, un paysage enseveli dans une nuit fauve à peine ébréchée, çà et là, par quelques fenêtres, blafardes et laiteuses, et de pauvres néons qui clignent mollement.
- Stoppez !
Un bras ramène sans hâte la lourde poignée de cuivre du transmetteur d'ordres deux crans en arrière ; deux clings sonores suivis d'un tintement strident et quand il cesse, le timonier annonce :
- Les machines sont stoppées.
- Bien, lui répond le commandant depuis le fauteuil de quart.

Le Zeebrugge file à présent sur son erre, silencieusement, ombre parmi les ombres des autres navires mouillés dans la baie de Colon. Sur la passerelle de navigation, on voit des silhouettes de marins, quatre ou cinq, immobiles et autour d'elles flotte une odeur de terre humide et de café frais. Il y a le « vieux » dans le fauteuil de quart et le timonier à la barre, le lieutenant de quart devant le pupitre et les matelots, qui sont penchés en avant, chacun devant la vitre d'un sabord, les coudes sur la tablette, et qui font pivoter leurs jumelles pour y plonger leur regard à intervalles réguliers. Les ordres et les réponses se succèdent dans la pénombre, et on ne sait pas très bien qui parle, sauf si comme eux, après avoir partagé tant de quarts de nuit, on connaît par cœur le son de chaque voix.

- Arrière demi !
- Les machines sont en arrière demi.
- Bien.


Un bourdonnement sourd monte de la salle des machines. Il grossit, enfle progressivement, puis se mue en un vrombissement qui s'amplifie encore, cogne furieusement aux cloisons d'acier et emporte le navire entier dans un train de trépidations sonores. L'hélice bat frénétiquement en arrière, rejetant de gros bouillons vaseux dans le sillage. Le Zeebrugge se cabre, frissonne des entrailles jusqu'à la pointe des mâts, fait craquer ses membrures, et les vitres des sabords vibrent. Peu à peu, les trépidations se font moins violentes, les derniers cahots, puis à peine quelques hoquets. L'erre est brisée et les remous s'immobilisent en glougloutant sous les flancs.
- Stoppez !
- Les machines sont stoppées.
- Bien. Bosco ? Vous m'entendez ?
- Oui commandant, grésille une voix dans le haut parleur de la radio qui relie la passerelle au gaillard d'avant.
- Mouille bâbord ! Trois maillons.


L'entrechoquement sonore de la chaîne filant sur l'écubier couvre la réponse du maître d'équipage. On perçoit quelques bribes...des mots par interstices.
- Bâbord... maillons... deux...
Puis l'infernal raclement s'arrête, le silence revient et on entend, distinctement cette fois :
- Trois maillons à l'eau. Ancre bâbord mouillée.
- Bien.


Sans un mot échangé, la passerelle se vide, et dans l'air il n'y a plus à présent que le ronronnement à peine perceptible des groupes électrogènes. Face à l'entrée du canal, le navire évite sur la chaîne de l'ancre, s'étire paresseusement et s'immobilise dans le flot de la marée. La rade de Colon est enveloppée dans la moiteur opaque des brumes du petit matin. Une douzaine de cargos mijotent au mouillage, figés dans la touffeur, leurs coques sombres rivées sur l'encre gris-perle de la mer, enchaînés là comme à côté du monde. Tels de vieux volcans en sommeil, leurs cheminées laissent échapper régulièrement de minces panaches de fumée pâle et dans leurs mâts, les antennes des radars tournent et déchirent lentement un ciel de cendres tièdes.


Six heures, le jour succède à l'obscurité presque sans transition, avec cette brutalité propre aux tropiques qui ne connaissent, pour ainsi dire, ni aurore ni crépuscule. Trente-sept degrés déjà, et pratiquement pas de brise pour dissiper la moiteur grasse d'un ciel chargé de sombres stratocumulus.
Le signal de formation du convoi est donné depuis la terre et la rade s'éveille. Les navires sont répartis en groupes distincts selon leurs caractéristiques : tonnage, longueur, largeur, tirant d'eau et leur chargement. Le canal 16 de la VHF crépite en continu, les ordres fusent et les cheminées, à l'unisson, se mettent à cracher d'épaisses volutes noires. La flottille fait virer les ancres à pic et remettre en route.

 


Les remorqueurs ! On les voit gicler de la brume, bas sur l'eau, ventrus et noirs comme des frelons et venir se ranger contre la hanche du navire sous les échelles de pilote affalées à tribord. Ils nous accostent et les épaisses bandes de néoprène qui ceignent leurs étraves crissent contre notre coque le temps que leur cargaison humaine s'en extirpe, pilotes, équipes de lamaneurs, marchands de pacotille, filles, pêle-mêle. Les bras nerveux empoignent les torons des échelles, bousculade, cris, ils grimpent bruyamment le long du bordé, enjambent le pavois, un rapide coup d'œil, ils déboulent sur le pont, confluent aux ouvertures et vont s'ensevelir dans les entrailles du navire, puis, sûrement, ils s'y dispersent selon leurs fonctions.
Les pilotes rejoignent directement la passerelle tandis que les lamaneurs, chargés des manœuvres d'amarrage, se scindent en deux équipes, plages avant et arrière du navire. La cohue bruyante des marchands et des filles investit le château. Les commerces sont établis sur le pont numéro un, dans la coursive principale de l'équipage et l'emplacement précis de chacun donne lieu à d'âpres négociations où ancienneté et surtout palabres font loi. Une activité fébrile s'empare du navire et vient rompre la monotonie, l'ordre et le charme accumulés au cours de semaines de vie en mer. Panama marque une étape importante entre les deux longues traversées de l'Atlantique et du Pacifique, sur la route qui mène d'Europe en Océanie.


Une demi heure plus tard, on atteint la première écluse de Gatun. Autour de nous, par endroits, les rayons obliques du soleil ouvrent d'immenses brèches dans le plomb du ciel et déversent dans la mer des coulées lumineuses d'ocre jaune.

Du quai, les toulines fusent et leurs pommes retombent mollement sur le pont. Les lamaneurs s'en saisissent prestement pour hisser les amarres et arrimer le Zeebrugge à six locomotives grises et jaunes, ruisselantes de graisse, chargées de le hâler depuis la terre. Un entrelacs de câbles d'acier couvre rapidement le pont du navire, prisonnier sous les toiles enchevêtrées des six araignées de métal.
Au signal, les locomotives s'arc-boutent en chœur, alignées par trois de chaque bord sur les voies ferrées qui sillonnent les rives. Leurs puissants moteurs pestent, grognent et couvrent le Zeebrugge de mugissements rauques de colère et d'effort. Au tonnerre de ces mules métalliques répondent les cris des matelots, minuscules fourmis affairées sur les plages de manoeuvre et le grincement sinistre des câbles d'acier qui ripent sur les tambours de treuils, lacèrent les poupées des chaumards et font voler des plaques de peinture sur le pont. Une odeur âcre de chaud et de rouille.


Au cours de ces luttes, il arrive fréquemment qu'une amarre rompe à la suite d'un à-coup de traction trop violent et que le long serpent d'acier brûlant vienne balayer le pont, fouettant l'air de sa promesse mortelle, s'enroulant obstinément autour du moindre obstacle, homme ou chose, mis sur sa route par le hasard. De nombreux panaméens payent un lourd tribut au service du canal... un membre... une vie parfois, mais jamais leur travail ne semble perturbé par l'appréhension ou la crainte de l'accident. Bien au contraire, ceux qu'on appelle les hommes du canal aiment se jouer du danger, rieurs, délibérément à découvert sur le pont ou enjambant les filins tendus à la limite de la rupture, avec un mélange d'insouciance et de fatalisme latins.


N'ayant que l'inertie de ses vingt sept mille tonnes à opposer, le Zeebrugge doit vite renoncer. Il abandonne aux machines le soin d'engager son étrave, docile à présent, dans l'étroit bassin de l'écluse et il y glisse tel un taureau dans le corridor menant à l'arène.


Par paliers successifs, écluse après écluse, le navire est hissé au dessus de l'Atlantique. Le troisième et dernier sas ouvre sur le lac de Gatun, suspendu à près de trente mètres au dessus des océans, à la fois si proche et inaccessible à leur fureur.
Dix heures du matin. On glisse sur les eaux paisibles du canal et, à mesure qu'on avance, on voit l'eau devenir de plus en plus large, et le lac s'enfoncer entre les deux Amériques, au cœur des jungles luxuriantes des rives.
Les trilles d'une myriade d'oiseaux multicolores et les parfums poivrés de la végétation vibrent dans l'air incandescent comme chez nous, en été, la chaleur au dessus de l'asphalte brûlant des routes. La forêt projette une lumière verte, tantôt en tâches précises, tantôt floue, sur l'eau grise du canal. Sur les rives, quelques arbres morts émergent de l'eau. Ils tendent leurs troncs tortueux vers le ciel et semblent l'implorer, comme s'ils avaient une âme et qu'ils le suppliaient de les libérer des berges vaseuses. La richesse et l'harmonie de la nature ne se voient pas, elles s'écoutent, s'exhalent, se hument.

 


Coincée entre l'épais couvercle de nuages et la terre spongieuse, la chaleur est étouffante. Elle règne ici pour l'éternité, au mépris de millions de ventilateurs asthéniques, impuissants à brasser cette fournaise épaisse et dégoulinante. Toute la sueur de l'humanité semble se condenser à Panama, et les fièvres aussi.


Peu à peu l'horizon s'évanouit. Le canal se resserre entre les flancs abrupts rabotés par la main de l'homme et le silence revient. C'est la Culebra ou Gaillard Cut, du nom de ce colonel américain qui, entre 1907 et 1913, dirigea une armée de 6 000 hommes et autant de machines au creusement de cette gigantesque tranchée. Une plaque de bronze de près d'une tonne évoque le formidable colonel mais ne dit rien des milliers d'ouvriers victimes de la fièvre jaune, les siens, ceux de Ferdinand de Lesseps avant lui, pas un mot de leurs souffrances, de leurs agonies, des vomissements de sang noir avant la mort.
Tout a été effacé, lavé lors de la mise en eau de l'ouvrage en 1914, les tombes ensevelies sous des millions de mètres cubes d'eau. En surplomb, rivée sur le roc, la plaque s'obstine pourtant à célébrer la mémoire d'un seul homme et son reflet dérisoire danse à la surface de l'histoire engloutie des terrassiers, de ces milliers de soldats inconnus de l'impossible, ironiquement disparus dans une tranchée, eux aussi, en 1914, et dont on ne parle plus.

 


Seize heures. A son extrémité sud le défilé est fermé par l'écluse de Pedro Miguel. Une dégringolade de huit mètres, un court passage sur le dernier lac et on arrive aux deux sas de Miraflores, l'ultime série de marches, face au sud, avant Balboa et le pont des Amériques, la porte de l'océan Pacifique, et derrière, tout en bas du ciel, sous l'horizon, les promesses du large, Tahiti et ses atolls, la Nouvelle Calédonie et son lagon, l'arc des Tonga, les Nouvelles Hébrides, l'Australie, la Nouvelle Zélande et d'autres terres, plus loin encore... au-delà des extrémités du monde, au bout des voyages imaginaires qu'enfant je traçais avec mon doigt sur la mappemonde, les yeux mi-clos, à la poursuite de Bougainville, de Cook, et du capitaine Bligh.


La journée est usée quand les remorqueurs nous accostent et reprennent les hommes du canal ; ils les emportent vers un nouveau navire, puis un autre et un autre encore. Ces gens simples ne vont jamais plus loin que le bas des marches conduisant aux océans. Du commencement à la fin, leurs espoirs et leurs fatigues sont concentrés ici, sur cette langue de terre torride et spongieuse. Au-delà, le monde leur apparaît comme une manière de caricature terrifiante, brossée par des marins de passage venus des quatre coins du monde, une peinture amère née de l'évocation de foyers trop lointains et trop souvent quittés. Pourquoi aller où vont les marins ?


Nous embouquons le chenal de sortie qui mène au pont des Amériques, avant la haute mer ; les remorqueurs font demi-tour et cornent en signe d'adieu. Quelques bouts d'étoffes s'agitent au bout des bras, des foulards rouges sur des manches de chemises blanches. Le Zeebrugge les salue en retour ; son long trait de sifflet se propage à la surface de l'eau calme de l'embouchure, dépasse un remorqueur, puis se faufile entre les haubans du pont, contourne les arches, roule au loin et va se perdre dans les vallées écrasées de chaleur des montagnes avoisinantes. Un moment passe et elles renvoient leur faible salut... une plainte étouffée... un long soupir brûlant.


A Panama, les montagnes sont lassées de répercuter l'écho de navires qui les traversent et s'en vont, nous comme tous les autres navires ici, aujourd'hui, demain et comme tous les autres jours.

 


PS : « Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination. Tout le reste n'est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire » (Louis Ferdinand Céline).

Publié dans : Airs de la mer - Pour dire du mal ou du bien - Voir les 0 commentaires - Partager    
Que de bruit pour rien. La marionnette Ménard ressort de son placard et entraîne quelques citoyens à manifester contre la flamme olympique, une poignée ( à l’échelle de la Chine) de manifestants chinois boycotte en retour des supermarchés français. Liberté et spontanéité ici ? Manipulation et propagande ailleurs ?

Mais la France, ce n’est ni Ménard, ni Mélanchon et la Chine, 1,3 milliards d’âmes, ce n’est pas non plus l’écume de quelques manifestants anti français ou de trois déclarations à l’emporte-pièces.

Prendre le sport en otage, vilipender le CIO pour avoir "osé" accepter la Chine en son sein, alors qu’elle fait partie de l’ONU et qui plus est de son conseil de sécurité, sans que personne n’y trouve à redire... alors que des milliers d’entrepreneurs se battent pour s’y implanter... alors que les chefs d’états de la planète s’y pressent en visite officielle... Ah mais quel infâmes salauds ces membres du CIO !

Tout ça, c’est du vent. Des caricatures. Du bluff candide. Des leçons de morale données au monde entier par les défenseurs de la liberté et de l’ordre, par ceux qui s’octroient le droit de diviser le monde en deux, les bons d’un côté, les méchants de l’autre, définitivement (comme les USA le firent avec l’axe du bien contre l’Irak) et bien souvent sans savoir.

Par ceux qui combattent la violence avec les armes de la violence, l’exclusion, l’anathème et font ainsi tout pour la perpétuer, en s’affirmant comme les seuls détenteurs de la morale ou de l’ordre, tristes prédicateurs qui ne resteront au fond que des artisans de statu-quo.

Sortirons nous un jour de cette mythologie torrentielle, absurde et contre-productive ?
Publié dans : 3615 code j'en peux plus - Pour dire du mal ou du bien - Voir les 1 commentaires - Partager    
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés