Depuis, il a formé ses disciples, concoctant au fil des années un assortiment assez joliment réussi d’hommes et femmes-sandwiches de ses idées, dont émergent, il faut le reconnaître, certains croquignols d’exception qui, par la portée considérable de leurs saillies, s’essayent invariablement à tutoyer le génie du maître et, si possible, à le surpasser.
Bien que cet inventaire « à la pervers » n’ait pas la prétention de refléter la richesse du patrimoine spirituel ou comique de nos gouvernants (ambition dont le lecteur comprendra aisément qu’elle dépasse, et de loin, le propos de cet article, la capacité de synthèse de son auteur et le format d’une chronique), on peut songer aux Bernard Kouchner, Rachida Dati, Rama Yade, Christine Lagarde, Christine Boutin, Christine Albanel ou Henri Guaino... Et, plus largement, à ceux qui étant directement entrés en politique par le large portail du palais présidentiel et non par la fente étroite et incertaine des urnes, sont intégralement redevables de leur carrière au chef Shadok, singularité qui leur impose le déploiement d’une ingéniosité de fayotage opiniâtre et féroce pour se maintenir dans la fonction ministérielle et ne pas faire l’expérience du « Goulp », cette brutale nomination consulaire dans un outre-trou atlantique qui a déjà englouti un de leurs porte-parole. Respirez !
Mais cet art de Nicolas Sarkozy, fût-il servi par un volontarisme infernal et une énergie formidable, n’aurait pas suffi à l’élever au rang de génie s’il n’avait su l’associer étroitement à la technique du mouvement perpétuel, Graal incontesté des physiciens que seuls quelques Shadoks et leur pompe à cosmogol 999 avaient réussi à approcher dans les années 70.
En apparence, le principe de Nicolas est aussi simple que génial : plus il agit, plus il fait de dégâts et plus il fait de dégâts, plus se fait sentir l’impérieuse nécessité d’agir. Toutefois, il faut se méfier de ces apparentes simplicités qui recèlent invariablement des mécaniques beaucoup plus complexes à mettre en œuvre qu’il n’y paraît au commun des mortels. Faire fonctionner correctement la pompe à problèmes impose le respect de deux règles-clés.
Première règle : la centralisation absolue des décisions. En effet, selon le postulat formulé par Albert Einstein « On ne peut résoudre un problème avec le même type de pensée qui a créé le problème ». Il est donc impératif, pour entretenir un régime permanent de difficultés, de confier la résolution des problèmes très exactement à ceux qui les ont imaginés et créés. Nicolas Sarkozy l’a bien compris qui préfère éviter la confrontation parlementaire ou (quelle horreur) référendaire, pour s’en remettre exclusivement à lui-même, voire à une garde très rapprochée de conseillers ou, éventuellement, mais c’est plus rare, à un cercle restreint de ministres carpettes évoqués plus haut et sur lesquels il peut copieusement s’essuyer.
Ainsi, la pompe élyséenne s’auto-alimente-t-elle des réactions suscitées par les désordres qu’elle engendre pour compenser, en permanence, l’énergie dépensée à entretenir un flot ininterrompu de nouvelles solutions inappropriées. Bref, à chaque solution, son problème et ainsi de suite...
Le paquet fiscal ayant mis les finances de l’Etat à sec, ce dernier ne peut plus améliorer le pouvoir d’achat des Français, augmenter les minima, les retraites. Alors la consommation chute et les recettes fiscales de l’Etat diminuent et le déficit se creuse. Pour endiguer le déficit, l’Etat crée de nouvelles taxes (sept depuis le début du quinquennat) qui mettent le Français un peu plus à sec et la consommation rechute et les recettes de l’Etat rediminuent. Il compense alors les moins-values fiscales par des coupes dans le budget au risque de plonger l’économie française dans la récession et de laminer encore un peu plus le pouvoir d’achat et la consommation, etc. J’arrête là parce que c’est pénible et que je n’arrive même pas à me comprendre quand je relis (selon la logique Shadok, ça signifie que ça doit être intelligent).
Et, en matière de fiscalité et réduction des déficits publics, il est l’inventeur du vase communicant sans eau, ingénieuse robinetterie qui, si elle fait moyennement sourire nos partenaires européens, peut assurément lui valoir le premier prix au concours Lépine (du pied).
Position dont, entre parenthèse, l’humanité entière, à commencer par les Chinois qui en forment un bon cinquième, se fout comme de connaître le bruit et l’odeur du string d’un moine tibétain après huit jours de poursuite intense par les troupes gouvernementales chinoises à travers l’Himalaya.
Quelle grossière pirouette Rama ! Il valait mieux vous appuyer sur cette autre devise Shadok « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? ». Ainsi, vous auriez gagné à utiliser le mode « embrouillamini » privilégié par votre patron de président qui sait si bien nous expliquer (accrochez-vous) qu’il fait ce qu’il a dit qu’il fera et son contraire... aussi... qu’il a pas dit, parce que les Français (nous ?) lui en tiendraient rigueur s’il ne le faisait pas.
Accepter l’entrée de la Turquie dans l’UE, renforcer la présence de la France en Afghanistan, décréter un plan de rigueur, supprimer la carte famille nombreuse, la rétablir. J’en passe des non remboursées par la Sécu et des meilleures. Une chose et son contraire... Faire, défaire mais agir, toujours.
A défaut, vous auriez pu, Rama, tout aussi bien prendre exemple sur Bernard Kouchner, spécialiste incontesté en matière de volte-face et quadruple boucle piquée. Nicolas Sarkozy avait déclaré sur France 2 le 26 avril 2007 qu’il « retirerait nos troupes d’Afghanistan s’il était élu ». Kouchner 2.0 justifie aujourd’hui l’envoi de 700 soldats français supplémentaires en expliquant que « c’est la seule façon que nous aurons, légitime, de nous en aller de cette guerre »... Bignolles ! Le professeur Shadoko n’aurait pas trouvé mieux. A côté de tels sommets, l’Everest passe pour une termitière.
Partir c’est... revenir un peu, aurait pu écrire un autre Bernard : (je précise que la réponse Laporte, en un mot comme en deux, est un contresens). Seulement Kouchner sait y mettre la manière quand il se lance dans une de ces bouleversifiantes et interplanétaires envolées dont il a le secret. A côté de sa mine dpéconfite, la détresse absolue d’un All Black devenu subitement amnésique au moment du Haka, passerait pour de la joie intense. Au final, on hésiterait presque à le plaindre sincèrement.
Quant à nous simples citoyens, les données sont simples « À droite du ciel, il y a la planète Sharkodok... Elle n’a pas de forme spéciale, ou plutôt elle change de forme tout le temps. À gauche du ciel, il y a la planète Royal Gibi, mais on ne la voit presque plus. Au centre du ciel, il y a la planète orange qui penche, soit d’un côté, soit de l’autre ». Alors fuir, je veux bien... mais de quel côté ? En moins d’une année, on nous a englués en perplexité, on nous a chamboulé les tangentes !
Hélas, mes amis, j’ai bien peur qu’il faille nous résigner à adopter la sage devise Shadok « pomper pour vivre et donc vivre pour pomper ». Et mieux encore si on en croit notre président... pomper plus pour pomper plus !




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Vos délires