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De nombreuses années d'études des phénomènes féminin / politique ne m’ayant apporté aucune certitude, pas la moindre connaissance utile ou concrète, je suis bien conscient que la poursuite de mes recherches dans ces domaines n’est probablement plus motivée par l'espoir de faire avancer la science... Au delà de ce seuil, plus rien n'est sérieux. Bon vent !

Ô Dieu ! Accordez-moi la chasteté. Mais pas encore maintenant.
Saint Augustin

Mardi 15 janvier 2008

Sarkozy est en passe de disputer au coq Français le triste privilège d’être le seul animal qui réussisse à chanter les deux pieds dans le Guaino. Truffer son homélie de « politique de civilisation » et autres « partage des valeurs de tolérance », en Arabie Saoudite... C’est un bien féroce assaut salivaire… De l’énormément joufflu ! Aurait-on récemment légalisé l’absinthe au royaume wahhabite ? Déménagé les bureaux de l’Elysée dans la grotte de Lourdes ? Relancé les Croisades ? Morceaux choisis de notre zélateur national…

 

« Dieu qui n’asservit pas l’homme, mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes ». Quelle rhétorique implacable ! Et quelle subtile complexité rythmique ! Visiblement, Guaino a lâché Edgar Morin pour sainte Thérèse d’Avila. Il va finir par puiser directement aux sources de la chrétienté, aux évangiles.

Quant à notre président... Est-ce depuis qu’il a été fait « chanoine de la basilique de Saint-Jean-de-Latrine » par Benoît XVI ? Ou bien depuis son mariage avec Carla Bruni ? Il développe ces derniers temps un penchant immodéré pour la position du missionnaire. Vous me direz : ça nous change un peu de celle, infiniment plus âpre et embarrassante, de la brouette libyenne.

Devant le conseil consultatif (Majlis ach-Choura), la très démocratique assemblée saoudienne (dont les 150 membres sont exclusivement désignés par leur souverain), le chanoine Sarkozy a sermonné que « les grandes religions divines se rassemblent autour d’un certain nombre de principes communs et partagent les grandes valeurs de tolérance ». Et sur cette base, il a appelé à « fonder la politique de civilisation dont le monde, aujourd’hui, a tant besoin ». Saperlotte ! L’Arabie saoudite pays de la tolérance ? Un Etat totalitaire, adepte de la charia la plus stricte et la plus rétrograde, creuset de l’islamisme le plus dur, le plus radical, et accessoirement... du terrorisme. Pas étonnant que les princes saoudiens, parfaitement conscients, eux, de la condition de leur pays, aient eu l’impression qu’on se moquait d’eux. Ils ont été pris au dépourvu, ils n’avaient pas prévu de plan anti-fada lors de la visite de la délégation française...

Forcément, question oseille et contrats, c’est plutôt Tintin au pays de l’or noir. L’affaire du siècle a viré à l’aigre. Tout au plus s’est-elle transformée en une simple étude du marché potentiel. Proposition d’accord de coopération à deux riyals dans le nucléaire civil ? Le roi Abdallah, jovial taquin, a poliment rembarré notre VRP national. Contraste pittoresque, le lendemain de la visite du président français, une autre grenouille de bénitier, G. W. Bush se fait conspuer par toute la presse saoudienne en dégoisant, notamment, sur l’Iran et... signe pour 20 milliards de contrats d’armements.
Qu’à cela ne tienne... On étourdit le Français moyen à coups de milliards potentiels, on le débine en vertiges économiques, on le perd en infinies scrutations de mirages... Et pendant qu’on l’extasie ainsi de promesses de mille copieux coïts financiers aux quatre points cardinaux... Le déficit du commerce extérieur français bat un record historique et le montant des exportations est à l’étiage. Cherchez l’erreur !

« C’est peut-être dans le religieux que ce qu’il y a d’universel dans les civilisations est le plus fort ». Quelle saillie lumineuse ! À côté le phare de la Vierge passe pour luciole ! Franchement, ce n’était pas en balançant de telles fèves qu’on pouvait s’imaginer gratter une part de la galette du roi Abdallah. Quand je pense qu’on devait leur fourguer notre fameux réacteur EPR (Eau, Pastis, Ricard), le Mecque plus ultra de la technologie nationale...
De quoi faire turbiner mille usines de dessalement d’eau de mer et autant de fabriques de glaçons. De quoi les submerger de giga torrents de volumes de Ricard pendant des lustres. Ah quelle déconvenue... Quel coup de calife dans le contrat... Quelle douche... Quelle vrille !

Mais consolons-nous. Après l’épisode Disneyland, on barbote en plein océan mystique. On confine aux flagrants délires... Aux transes extatiques... Aux Béatitudes ! C’est ainsi... Autrefois, frappés d’aveuglement et de folie, nos âmes noires erraient dans les ténèbres de l’ignorance.
Réjouissons-nous, mes frères, car sur les traces de notre président prophète et de son immense mystagogue, nous marchons aujourd’hui, drapés dans la bure, sur le sentier lumineux de la vie et de la vérité. A quand le vœu de pauvreté (et de chasteté ?) pour tous les Français et l’augmentation du pouvoir de rachat de leurs âmes par la République, Nicolas ?

Pour conclure, Monsieur le président, permettez-moi, modestement, de postuler pour le poste de première plume de l’Elysée. L’actuelle s’emmêle trop furieusement les crayons ! Faut envisager un break, une douche, quelque chose de bien froid. Ça ne manque pourtant pas de remplaçants à cirer le banc et l’arrière-ban des nègres de la République. Tiens, les scénaristes font grève aux Etats-Unis... Proposez-leur Guaino ! Il est capable de placer son chef-d’œuvre, le « lourd manteau de cathédrales », dans Desperate Housewives. M’est avis qu’ils reprennent le boulot sous deux heures. Georges Dobeliou Bush en serait pénétré de gratitude !

Alors, si un doute, fût-il ténu ou brindille, venait à vous effleurer un jour sur l’éventualité que votre scribe attitré vous fasse, ne serait-ce que très modérément, passer pour une andouille, sauf votre respect, n’hésitez pas et faites appel à moi. Je m’y connais comme pas deux pour taquiner le fin symbole, fricoter le prodige hyperbolique. Comment que vous allez le regretter le Guaino....
Tiens, gratos ! Deux conseils en gage de bonne volonté. Primo, plutôt qu’au Vatican, Bigard, fallait l’emmener en Arabie saoudite. Imaginez ! « Bigard au royaume Ouhaha bite » : cela aurait tellement fait rire la monarchie... Pluie de milliards à la clé. Non ?
Secundo, vous craignez pour votre image ? Vos sondages se détériorent ? Pas de panique, à la presse pipole on leur sert (je parle codé pour qu’on soit que tous les deux à comprendre... Plus qui vous savez, évidemment) un petit couplet sur le secret de polichinelle... dans le tiroir (vous captez le concept ?). Plus personne ne parle du pouvoir d’achat pendant neuf mois. Minimum garanti !

Bignolles ! Quelle misère ! Fallait-il que la France soit bien guignarde pour que de telles virtuoses et transcendantales couillonnades surgissent un jour. Allez... Salamalecum Nicolas... N’oubliez pas ma candidature... Et francité missa est (1) !

(1) Ceux qui ne connaissent ni l’église ni le latin pourront traduire par « France, tu peux y aller, la messe est dite » ou moins caressant, mais plus Coluchien « Circulez y a rien à voir ».
 
par Argo publié dans : 3615 code j'en peux plus
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Lundi 7 janvier 2008
Affublé de ses plus beaux atours, Nicolas Sarkozy saute à l’objectif des caméras comme le calmar au lamparo. Looké comme kéké, deux airbus de journaleux aux talonnettes et flanqué d’une poule énamourée et mielleuse, il s’affiche dix fois, cent fois plus jubileur, en symbole de la France décomplexée ? Mais décomplexée de quoi ? Du luxe cyniquement jeté à la face des miteux, du toc authentique, du ratatinage des consciences et du rabougrissement d’idées, revendiqué, organisé, mille fois attesté par la victoire de l’apparence sur la pensée, de l’émotion sur l’intelligence, du consommateur sur le citoyen et du popularisme sur la démocratie ? Décomplexée de la vacuité et du vulgaire ? Du grotesque, en somme…
 
Le discours d’investiture de Nicolas Sarkozy tenait bien de la « Farce de Maître Pathelin », cette représentation, déjà donnée au moyen âge, de la rouerie et de la piperie universelles. Ses chaleureux élans de solidarité sociale, de fraternité, ses promesses de changements et jusqu’au don de sa personne pour l’amélioration de notre société ne constituaient qu’un vaste trompe l’œil, un chef d’œuvre d’hypocrisie sociale au service d’une posture populariste destinée à séduire la France d’en bas.
 
Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy a rejoint le « beau monde », la sphère des maîtres, des puissants et des riches. Il préside un royaume, la France, où il ne réside plus. Gaffe ! Il marche vers son Panthéon. À présent qu’il s’est hissé sur le piédestal du pouvoir absolu, il base de moins en moins sa relation avec le peuple français sur les liens démocratiques, notamment les voies référendaires, que la constitution lui impose encore (pour combien de temps ?). Il préfère nettement les liens créés par son goût immodéré pour l’épate et l’esbroufe, formidablement servis par une dialectique habile et des médias serviles.
 
Il a du style Sarkozy ? Certes, on perçoit sans peine la rupture avec ses prédécesseurs septuagénaires, lodens verts, épouses « vieille France », pas Mickeys pour un sou, jouisseurs tout aussi copieux mais plus circonspects des largesses des amis de la république et usufruitiers discrets de ses fastes. Pitoyable avilissement de la fonction présidentielle diront certains… Simple président quinquagénaire qui s’assume diront les autres….
L’essentiel n’est pas là, dans cet appel répété à témoins, à charge ou décharge, dans cette convocation permanente à la barre du procès de l’apparence organisé par Nicolas Sarkozy et où il cherche systématiquement à nous confiner. L’essentiel n’est pas dans le gadget, l’ouverture en trompe l’œil, le mariage avec une poupée légèrement teintée de prétentions artistiques, dévorée comme lui par la soif de reconnaissance. L’essentiel est dans la mise en œuvre effective des réformes structurelles, dans leur cohérence, dans le cap adopté.
 
Les réformes Sarkozy ? Côté fiscal, on a mis le paquet. Fallait bichonner les galetteux, gaffer les pactoles. C’était promis… Flouze first ! À commencer par le salaire présidentiel. Ça n’a pas traîné. Côté social, pas grand-chose, une pacotille de mesures, triturées au fil des conflits, rarement abouties, mi négociées, mi enterrées, vaguement réussies, invariablement dispendieuses.
Mais économisons nos adverbes, de nos jours c’est un fait : le pouvoir d’achat des conflits n’est plus ce qu’il était et la paix sociale se monnaye de plus en plus cher. Alors qu’importe si on creuse un peu plus la dette publique… C’est, parait-il, le prix à payer pour le fameux « retour de la confiance », nébuleux pré requis à l’enclenchement d’une supposée spirale positive qui doit nous porter, tous unis dans un élan solidaire, au firmament du bien être économique et social. Bignolles ! J’en planerais presque de joie…
 
Sauf qu’au final la ministre de l’économie vient nous expliquer benoîtement que la croissance ne dépend pas de nous, et donc, plus subtilement, d’elle. Et que l’inévitable renchérissement mondial des matières premières, agricoles et énergétiques, génère de l’inflation et rogne durablement notre pouvoir d’achat. Que c’est ainsi et qu’il faut s’y faire parce que les finances de l’état ne lui permettent plus, après déduction des cadeaux fiscaux consentis aux plus riches, de baisser taxes, notamment la TIPP, ou impôts. Pas plus qu’il ne faudrait compter sur son collègue Hortefeux pour lancer les tests ADN sur cette « inflation importée », avec reconduite à la frontière illico !
 
Plus sérieusement, la seule égalité qu’on perçoit clairement aujourd’hui c’est celle devant l’abattement… fiscal pour les plus riches et moral pour les autres.
 
Sans parler de la politique étrangère de Kéké 1er. Là, la rupture est totale. Virage sur l’aile droite, alignement dans l’axe du Bien, atlantisme toute (à quand le retour dans l’OTAN ?), discours fracassants à l’ombre de nos soi-disant valeurs universelles prétextes à des propos parfois insultants, large distribution de points de vues moraux solidement couplée à la multiplication d’accointances aussi douteuses qu’ostensibles... En peu de temps, on a réussi à se ridiculiser aux yeux du monde. L’étranger ricane… Plus inquiétant, agressions et menaces contre intérêts et ressortissants Français se multiplient. Simples coïncidences ou premiers signes du rejet d’une « certaine idée de la France Sarkozienne » dans le monde ?
 
Et le cap me direz vous ? Il n’y en a pas ! La mode n’est plus à l’action politique de fond, bâtie sur le long terme. Sarkozy ne connaît que l’urgence, la vitesse. Peu soucieux d’attendre les conséquences durables et mesurables de ses actes, il invente ses propres indicateurs, fait modifier le calcul du taux de chômage, met en place un système d’évaluation des politiques publiques… Réinvente la Méritocratie ! C’est un avocat, pas un énarque ! Sans relâche, il lui faut impressionner l’opinion, frapper les esprits, ceux de ses amis politiques comme de ses opposants, cabrioler d’un problème l’autre, planifier les surprises, les bombes médiatiques, fabriquer du neuf, de l’hyper réalité, éblouir, inventer des effets de manche, toujours plus…
 
Nul besoin de cohérence dans tout cela. Nicolas Sarkozy dirige la France en capitaine d’un navire dont il aurait confisqué le chronomètre et le compas. Qu’importe le cap et l’état du rafiot pourvu qu’il cingle ! Tant que notre président maîtrise le tempo, son quinquennat défile comme ces séries télévisées « sitcom » où le scénario s’écrit au fil de l’eau. Seule condition de succès, l’intrigue doit connaître régulièrement un nouveau rebondissement. Ainsi conditionnés, médias, opinion publique et opposition s’engourdissent. Tous se mettent peu à peu à épier le président, à guetter la saillie bouffonne, le prochain coup d’éclat… Adversaires, alliés, s’en pourlèchent d’avance… Et sur ce plan, Nicolas ne déçoit jamais ! La presse n’investigue plus, elle attend. L’opposition ne propose plus, elle critique. Sarkozy agit, les autres réagissent. Voilà bien le piège ! Et le mécanisme qu’il faut démonter.
 
Ainsi on estompe la conscience des actions en cours, on efface le souvenir des échecs, des promesses non tenues : le non à l’adhésion de la Turquie, le service minimum, le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, le pouvoir d’achat, la réduction de la dette.
Ainsi on parvient à laisser une impression sensible d’efficacité, non pas en conduisant une action politique, inévitablement obscure et ennuyeuse, faite de patience et de persévérance, mais en mettant en scène l’action présidentielle, systématiquement, sous la forme d’une suite de coups médiatiques, de succès ou présentés comme tels : libération d’otages, crédits d’urgence aux pêcheurs, grenelle de l’environnement, condamnation d’Yvan Colonna, ralliements massifs de personnalités de gauche. Infernal zapping. Le divorce d’avec Cécilia est balayé par l’idylle avec Carla. Un clou chasse l’autre !
 
Pendant ce temps, au sein du gouvernement, le fidèle Guéant assure la corvée. Il remet de l’ordre dans la macédoine de commis de quincaillerie qui tient lieu de « gouvernement d’ouverture », récupère les ministres égarés à la une des gazettes, étouffe les bourdes du quai d’Orsay et de la place Vendôme, remet les schismatiques aux ordres du taulier, démet les directeurs de cabinets confits de privilèges, règle la cacophonie de l’armada de conseillers présidentiels… C’est dur boulot ! Et bien ingrat… Sans compter les taupes en mal de maroquins qu’il faut bien caser et les barons du Cac 40 toujours plus avides des gras pâturages de la république. Et puis ces foutues municipales qui approchent, la croissance qui s’étouffe, l’inflation qui guette, la presse, l’opinion qu’il faut bien maîtriser…
 
À l’étranger, les rares observateurs du microcosme Français s’interrogent. Le cas Sarkozy étonne. On s’en amuse régulièrement à la une des tabloïds. Dans les publications plus sérieuses, on s’en irrite parfois, on commence même à manifester de l’inquiétude. Oh une petite inquiétude… À l’échelle du modèle réduit de Georges W Bush que représente Nicolas Sarkozy, même monté sur talonnettes.
 
Que faudrait-il pour basculer ? Les ingrédients d’un mélange qui pourrait devenir détonnant et conduire à l’explosion du système Sarkozy sont déjà présents. Le compte à rebours n’attend qu’un catalyseur pour s’enclencher, notamment un revers de l’UMP aux municipales… Encore faudrait-il qu’une alternative politique crédible voie le jour, autre chose que cette gauche désespérante, étendue légèrement moutonneuse de crânes vides formant une opposition faiblement luisante et très jésuitique.
 

Car la plus grande victoire de Nicolas Sarkozy, c’est bien le vide politique qu’il a su faire autour de lui et qui rend la probabilité d’un échec à sa réélection en 2012 à peu près égale à celle d’une victoire de Mimie Mathy lors de la finale du concours de dunks de la NBA. D’ici là, aussi bonne année que possible au pays de la queue qui remue le chien !

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Mercredi 19 décembre 2007
Samedi dernier, pendant que le collant colonel, taquine ses derniers faisans à l’ouest, en forêt de Rambouillet, notre président se fait la belle, à l’est, dans un parc familial dont il devient la principale attraction, à la barbe (à papa ?) des journalistes. Quelle cabriole, un triple lutz à en faire baver Nelson Monfort, et hop ! Dès lundi, Sarkoland ne frémit plus que de ça.
 
On connaissait déjà le Nicolas Sarkozy amateur de taupes modèles : Bernard Kouchner, Éric Besson, Jean Marie Cavada, et autres cavernicoles adeptes du changement de prairie. C’est aujourd’hui au tour de Carla Bruni d’être invitée sous les feux de la rampe présidentielle. C’est qu’elle change souvent de feux, la rampe présidentielle, en ce moment. Et puis, on se remettait à peine du ridicule de la visite du leader bédouin que nous voilà partis pour le grand numéro (je vous le fait en alexandrins) :
« Kadhafi à Paris, comme Capri c’est fini ; J’ai un bon alibye avec Carla Bruni  »
Nicolas 1er, tsar du zapping, fuit la tente à pétro-dollars pour filer chez l’oncle Picsou ! Comme enchaînement, c’est plus vertigineux que « Space Mountain »… Ça vaut le grand G8 ! Résultat, dès lundi on ne parle plus que de ça. Même le PS ne trouve rien de plus intéressant à se mettre sous la dent (qu’il a de moins en moins dure) que de polé-Mickey sur la présence fortuite des journalistes à Morne la vallée.
 
Il faut bien avouer que Nicolas Sarkozy a un penchant marqué pour les genres intermédiaires. A peine fini de touiller commerce international et politique étrangère qu’il mélange allègrement vie publique et vie privée. C’est assez gênant, ce goût ostentatoire qui sied si mal à la fonction, cette façon d’étaler tout ce qui peut passer pour un accessoire de sa réussite, de s’afficher en Fouquet’s, en Paloma, en Poutine, en Rolex, en Carla… Sans compter ce sourire béat qu'il arbore systématiquement quand il est pris en photo avec les « grands » de notre planète. Peu de leaders politiques pratiquent cela, même pas un Berlusconi au sommet de sa gloire, encore moins cet ami américain qu’il admire tant. J’ai pas fait de recherches poussées au fond des républiques bananières… Faudrait consulter un ethnologue.
 
Mais souhaitons leur bonne chance. Si j’en crois ce que le lis, Desesperate Nicolas a bien aimé Cécilia, il va adorer Carla. Ah que de féroces feuilletons et comédies bouffes en perspective ! Au fait, ont-ils déjà annoncé la date de la première escapade ? Et celle du divorce ?
 
Et réjouissons-nous, car il est venu le règne des maîtres de l'apparence et autres faiseurs de mirages. Dorénavant, pour la France de ceux qui regardent plus la télé pour gagner plus, c’est la queue qui remue le chien. La girouette qui tourne, et non plus le vent. L’actualité devient un grand kaléidoscope d’images et d’émotions, un colossal trompe l’oeil où l’on a de plus en plus de mal à discerner l’utile du futile. Les vrais sujets : politique étrangère, croissance, chômage, justice, pouvoir d’achat, sans-abri ? Inutile de les aborder sérieusement, bonnes gens, si c’est pas du scoop, ça n’intéresse plus. Tiens, je me mets au diapason de la république en six exemples et autant de pirouettes.
 
La politique étrangère ? Entre deux farces présidentielles et notre avant dernier des Mohicans de ministre des affaires étrangères qui nous déterre la hache de guerre avec l’Iran, on peut dormir sur nos deux oreilles et le scalp !
 
Le commerce extérieur de la France et la croissance ? Notre « 240 000 net annuel »-président français vole de contrats en contrats, de visite de « 3 milliards »-Kadhafi en voyages en « 5 milliards »-Chine et en « 2 milliards »-Algérie ». A présent, on vit à l’heure de la préposition chiffrée. Français, va falloir t’accoutumer à l’ivresse des contrats hyperboliques et des additions mirobolantes… Te familiariser avec la lecture des grands nombres !
 
Le chômage ? Rien à craindre ! Selon le nouvel « indicateur Bertrand », dont le mode de calcul a été récemment revu par l’INSEE pour être corrigé des variations de moral saisonnières, il baisse à chaque minute.
 
La justice ? A force de voir notre garde des sceaux se pavaner, saboulée comme Barbie, en parure Dior à la une de Paris Match, le monde entier connaîtra bientôt la France, j'entends celle de la place Vendôme, plus par ses bijoutiers-joailliers et ses maisons de haute couture que par... son ministère de la justice.
 
Le pouvoir d’achat ? Selon Madame Lagarde à vue… de nez bien sûr, les récentes mesures se traduiront par « un mois de salaire en plus ». Vous me direz, selon que l’on soit président ou ouvrier de base, la valeur du mois de salaire peut varier considérablement.
 
Les sans-abri ? Aucun souci à se faire, parole de notre inoxydable ministre du (dé ?) logement, Christine Boute-en-train !
 
Ah choux du Siam ! Je sais, c’est facile, mais de quoi se plaint-on en France ? Qu’y aurait-il de mieux à faire, en cette veille de Noël, que se pâmer devant les aventures extraordinairement romanesques de notre président, ou se féliciter des bontés en volume dont est censé nous combler son gouvernement ?
 
Bien sûr, on pourrait émettre un doute. Car l’optimisme, même sous perfusion de millions d’images, c’est pas dans la nature de l’homme. En particulier du français. Et puis ça a ses limites... Par exemple, au moment précis où le Titanic commence à s’enfoncer inexorablement dans l’océan glacé après avoir déchiré sa coque sur un iceberg au large de Terre Neuve, n’importe quel capitaine expérimenté vous le dira, réputation d’insubmersibilité ou pas, l’affaire est mal engagée pour le navire et ses passagers. Noël ou pas, ça sent le sapin. Simple question de bon sens !
 
Mais chez Nicolas Sarkozy, il n’y a aucune place pour le doute car la politique a une fonction idéale. Elle s’impose, chez celui qui pense seul détenir la connaissance du Bien et du Bon, comme une forme de rédemption. Comme l’écrivait Platon, « Aux uns, il convient par nature de goûter la philosophie et de commander dans la cité, aux autres de ne pas y toucher et de se soumettre à celui qui commande » (La république, IV).
Évidemment, cette vision platonicienne exige l’éducation forcenée d’un peuple trop souvent ignorant de l’infini bonheur qu’on lui promet. Il faut à tous les instants qu’on le forme à son intérêt, ce beuglard ! Cela réclame une maîtrise totale des médias, de l’INSEE, des partis d’opposition, du COUAC 40. C’est ça le secret ! C’est à ce prix qu’on l’optimise de force, le français moyen. À grands bouillons de vingt-heures… Qu’il en redemande… Orgies de unes de Paris Match… Déluge d’articles emphatiques… Qu’il regarde ailleurs et laisse faire son président. Voilà la vraie raison de la frénésie médiatique qu’on nous inflige.
 
Mais attention, à trop faire concourir l’univers entier à tresser son panégyrique, Nicolas Sarkozy risque de finir, un jour… sur la croix de sa propre fiction.
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Vendredi 14 décembre 2007
Dans la République de Platon, Thrasymaque disait à Socrate « Le juste n'est rien d'autre que l'intérêt du plus fort ». Des siècles plus tard, dans notre république, ce credo est en passe de tuer le vieux proverbe « Dans le doute, abstiens-toi ».
 
Jeudi 13 novembre 2007 au soir, 7 juges ont estimé qu'Yvan Colonna avait bien participé au cambriolage de la gendarmerie de Pietrosella puis à la planification de l'assassinat, et surtout qu'il était cet homme à la perruque blonde qui abattit le préfet Erignac, à bout portant, de trois balles dans la nuque, un sinistre soir de février 1998.
 
Ce qui l'accuse ? Aucune preuve matérielle : il n'apparaît dans aucun des messages téléphoniques échangés par les membres du commando, aucune empreinte ou trace d'ADN n'a été relevée à Pietrosella ou sur la scène du crime et Marie-Ange Contart, l'unique témoin oculaire à avoir croisé le meurtrier ne l'a jamais reconnu. L'autre témoin, Joseph Colombani, a assisté à la scène d'un peu plus loin (25 mètres). Il ne le reconnaît pas non plus et affirme n'avoir vu que deux hommes et non trois comme l'accusation le prétend. Ce qui exclue la présence de Colonna.
 
Ce qui l'accuse ? Une poignée de témoignages d'hommes et de femmes qui depuis se sont rétractés et on blanchi le berger corse, même si c'est « du bout des lèvres ». Mais en quoi les témoignages qui aujourd'hui innocentent Yvan Colonna seraient-ils plus soumis à caution que ceux qui l'accusaient il y a cinq ans ? A l'inverse, en quoi un Alessandri serait-il plus crédible en accusant le berger Corse du meurtre qu'en s'accusant lui-même ?
 
Ce qui l'accuse ? Les déblatérations d'une poignée de hauts fonctionnaires mis depuis en examen ou à la retraite, patrons de gendarmerie et autres barbouzes pathétiques, irresponsables et barbares représentants d'un Etat Français qui depuis trop longtemps n'a trouvé d'autre voie en Corse que celle du pourrissement, du renvoi dos à dos et du dressage d'une partie des Français contre l'autre, dans l'île comme sur le continent. Une caricature de politique qui prêterait à rire et sourire... en d'autres circonstances. Et si elle n'était pas menée à la fois contre l'intérêt des Français et contre le gré des Corses.
 
Ce qui l'accuse ? L'intime conviction de 7 magistrats professionnels dont l'indépendance avait été mise en cause avant même le procès (Yvan Colonna déjà condamné ?). Une instruction intégralement menée à charge, bâclée au petit malheur la chance, un simulacre de justice compassionnelle, l'exploitation systématique du haut-le-coeur inspiré par la lâcheté et l'atrocité du crime et de la sympathie pour le juste malheur de la veuve, une savante mise en scène de l'horreur et du chagrin. Des mois passés à souffler sur les braises du dégoût et de la pitié pour sacrifier Colonna sur le bûcher de l'émotion publique. Mince ! D'indignation, j'en virerai presque Guaino.
 
Ce qui l'accuse ? Plus que tout ! L'intime conviction (elle n'a pas varié au fil du temps) de ce ministre de l'intérieur qui se félicitait à l'époque de l'arrestation de « l'assassin du préfet Erignac », au mépris de la plus élémentaire présomption d'innocence. En somme, la rancœur tenace d'un homme auquel rien ne saurait résister et qui depuis a fait son chemin.
 
Que nous reste-t-il aujourd'hui ? Des empreintes digitales non identifiées, des doutes sur la participation d'un autre homme que personne ne cherchera plus jamais, une enquête close entre affaire malentendue et satisfaction du déboire accompli, une possible révolte, une nouvelle flambée de violence dans l'île, la douleur des familles, des proches d'Erignac et de Colonna.
 
Ah mais j'allais oublier ! Il nous reste la satisfaction d'un président qui voit son postulat confirmé, 5 ans plus tard, par une justice docile. Et quelle justice ! Mais que notre garde des sceaux continue à se pavaner, saboulée comme Barbie, en parure Dior à la une de Paris Match.
Si son expérience est trop courte pour compter Dreyfus au nombre de ses références, sa nationalité, elle, est suffisamment fraîche pour qu'on l'exhibe comme le symbole étincelant d'une intégration réussie... Notamment aux yeux de familles de Seine Saint Denis dont un quart vit avec moins de 845 Euros par mois ( Approches de la pauvreté en Île-de-France, Insee et Caisses d'allocations familiales d'Ile-de-France, janvier 2007).
 
Merci Rachida car grâce à vous, le monde entier connaîtra bientôt la France, j'entends celle de la place Vendôme, plus par ses bijoutiers-joailliers, maisons de haute couture et autres hôtels de luxe, que par... son ministère de la justice.
 
En notre royaume aussi, sous les dorures de la république, il y a quelque chose de pourri. Ses dirigeants sont impudents et sa justice est pauvre.
 
Rien ne peut justifier un acte aussi ignoble que l'assassinat de Claude Erignac. Devons-nous pour autant accepter cette mascarade de justice ponctuée par un verdict incompréhensible dont nul ne saurait affirmer qu'il venge la mort du préfet de la république, ni même qu'il honore la mémoire de l'homme ? Fallait-il, pour raison d'état ou tout autre moins avouable, condamner Yvan Colonna, sans sourciller... au bénéfice du doute ?
par Argo publié dans : 3615 code j'en peux plus
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