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De nombreuses années d'études des phénomènes féminin / politique ne m’ayant apporté aucune certitude, pas la moindre connaissance utile ou concrète, je suis bien conscient que la poursuite de mes recherches dans ces domaines n’est probablement plus motivée par l'espoir de faire avancer la science... Au delà de ce seuil, plus rien n'est sérieux. Bon vent !

Ô Dieu ! Accordez-moi la chasteté. Mais pas encore maintenant.
Saint Augustin

Vendredi 14 décembre 2007
Au printemps, le candidat Sarkozy avait tonitrué qu’il placerait les droits de l’homme au coeur de la diplomatie française. Dès l’automne, le président Sarkozy s’exhibe en danseuse du ventre devant les plus improbables démocrates de la planète : Idriss Deby, Hugo Chavez, Vladimir Poutine ou Moammar Kadhafi, sacrifiant sans vergogne les droits de l’homme sur l’autel des contrats juteux. Bigre ! Quel grand écart ! Peut-on dire son étonnement ? Critiquer un chouilla ?
 
 
Force est de constater que, depuis la rentrée, notre président va d’accès de docilité en soudaines crises d’affection et de prodigalité envers des énergumènes qui sont à la démocratie ce qu’Homer Simpson est à la pensée philosophique et à la spiritualité réunies. Lambeaux choisis : ses déclarations choquantes à propos de Taiwan et du Tibet lors de sa récente tribulation en Chine, ses félicitations aussi éclairs qu’incongrues au camarade Poutine, ses marques d’amitié déplacées au président Tchadien Idriss Deby et, dernier méchoui en date, l’accueil somptueux qu’il réserve à Mouammar Kadhafi, ce parangon des droits de l’homme et de la liberté.
 
Comprenez moi, je ne recherche pas le sarKasme. Qu’on entretienne des relations diplomatiques et commerciales avec la Chine, la Russie ou la Libye est tout à fait naturel et indispensable, de même qu’il est normal qu’on reçoive les leaders de ces pays et qu’on cherche à leur vendre nos technologies nucléaires, nos Airbus, nos missiles et pourquoi pas, sur un malentendu, leur fourguer notre « diorisée » barde des sceaux et nos Rafales en paquets Bonux. Le pragmatisme commercial et les contrats d’état, notamment d’armement, ont toujours existé. Les grands contrats civils aussi : Total a des exploitations en Birmanie et Renault produit ses Tondar en Iran. Déjà qu’on fait pas bezef de business, alors s’il ne fallait en faire qu’avec de pures démocraties, on n’irait pas loin.
 
Mais pour conclure ces mirobolantes affaires, avons nous réellement besoin, nous la France des droits de l’homme, d’entrelarder ainsi business et politique, d’abonder publiquement dans le sens des pires travers, d’encourager les perversions ou, plus simplement, de dérouler systématiquement le tapis rouge de la République, y compris quand ce n’est pas strictement nécessaire ? Sommes-nous si sûrs d’y faire progresser l’humanisme ou, plus benoîtement, d’y avoir, au bout du compte, quelque chose à gagner, en image ou en euros ? Ou ne sommes nous au fond que les dindons d’une farce que nous organisons ?
 
Ce grand barnum (ouf ! il s’achève) masquerait-il un manque de confiance en nos capacités commerciales ? Ou provient-il d’un indéfectible penchant franchouillard pour le mélange des genres, le tripotage, la carambouille ?
L’Allemagne, par exemple, s’efforce de faire une nette distinction entre politique étrangère et commerce international. Cela ne l’empêche pas d’avoir une balance du commerce extérieur infiniment plus excédentaire que celle de la France et de signer plus de contrats civils que nous en Chine, en Russie et en Libye, sans pour autant s’abaisser à de telles pantalonnades.
 
On nous dit qu’on aurait un besoin impérieux du leader bédouin pour ce fumeux projet d’Union méditerranéenne, si cher au président Français, et qui n’a suscité jusqu’ici que des réactions allant de l’intérêt poli jusqu’au refus, notamment celui des italiens dont le ministre des affaires étrangères, Massimo d'Alema, a déclaré qu’« il n'en voulait pas ».
Certes, en Afrique Kadhafi est un leader politique et spirituel. Un guide écouté, adulé, vénéré. C’est indéniable. Depuis des années il s’est payé de grands pans de ce continent avec ses pétro dollars, au point d’y devenir incontournable. Mais celui qui se présente, avec un certain réalisme, comme le chef des États-Unis d’Afrique acceptera t-il le jeu d’une coopération privilégiée avec l’Europe ? S’engagera-t-il dans la lutte contre le terrorisme ? Tournera t-il le dos, si nécessaire, aux Chinois ? Non ! Il est bien trop retors pour cela et n’a de cesse de le prouver.
 
Aujourd’hui, quand j’entends notre leader Minimo fustiger les « donneurs de leçons », je me demande qui sont vraiment ces scolopendres ? Ceux qui pensent que le grand barnum actuel est déplacé ? Ceux qui, y compris à l’UMP, l’avouent publiquement ? Ceux qui, y compris de droite, désertent le palais Bourbon en pleine journée des droits de l’homme, lieu et date symboliques s’il en est, au motif que le « Frère Guide de la Grande Jamahirya Libyenne » y est officiellement invité à dégoiser son fiel ?
Ou bien ceux pour qui la « bonne » dissémination nucléaire vaudrait pour la Libye, l’Algérie, le Maroc, bientôt l’Arabie Saoudite mais pas pour l’Iran ? Ceux qui nous serinent que la Libye a entamé son « coming out » diplomatique, rompu avec le terrorisme… alors que son gériatre despote vient de justifier ce même terrorisme au sommet Europe-Afrique de Lisbonne, il y a moins d’une semaine ? Chassez le naturel, il revient à dos de chameau. Et on devrait l’absoudre de cette boutade de bédouin ? Comme ça ? Avaler sans piper mot toutes les boulettes du couscous libyen ?
Tiens ! Je préfère l’attitude de premier ministre britannique, Gordon Brown, qui a boycotté ce même sommet pour protester contre la présence du dictateur zimbabwéen Robert Mugabe. Je sais que leur sous sol regorge pas de pétrole mais j’y vois comme une esquisse de concret, un parfum d’éthique… Si loin du nauséabond cloaque diplomatique français…
 
On nous répète à l’envi qu’il est honteux de vouloir négocier avec l’Iran, qu’il ne saurait être question d’encourager, comme pour la Libye, tout « retour à la respectabilité sur la scène internationale ». Que c’est ignominieux ! Que la seule attitude possible (au moins jusqu’à ce que l’oncle Sam nous donne le signal contraire) est de les menacer des pires sanctions commerciales ? Les embargoter à fond, les nettoyer au Kouchner, les bombyciner de toute notre vacuité… Les neutroner, les Charles-de-gaulliser s’ils osent résister.
Ah la subtile diplomatie française aussi prompte à dénoncer l’Iran et ses Mollahs qu’à encenser la Libye et son guide… Des mots là, des maux là... Comme un dégoût, une envie de vomir aux commissures !
 
Tandis que Kadhafi… Faut lui faire le poirier, la totale, se pâmer… Les contrâââts ! Mouammâââr ! 10 milliâââârds ! Mille tagines ! Personne ne vérifie le montant. Finalement ce serait plutôt 3 milliards… en promesses et nous verrons bien ce qui sera réellement honoré. Qu’importe, ce ne sont que des chiffres… des symboles jetés à la face de Madame Michu. Qu’elle gobe tout ! Qu’elle se prosterne… S’époustoufle ! Qu’on lèche tous, obligés et éblouis, les babouches de Momo, stylo Mont Blanc fumant en main, prodiguant ses largesses sous tente bédouine grand luxe plantée dans le parc de l'Hôtel de Marigny.
Moi, j’aurais préféré quai de Valmy, mais pour cet hôte distingué rien n’est trop beau : tribune officielle à l’assemblée nationale, à l’Unesco, interview au JT de France2, partie de chasse à Rambouillet, cinq avions et une délégation de 400 personnes dont 40 amazones gardes du corps et une brochette de boys. Ça fait cher la merguez, fut-elle nucléaire ! Au fait, combien ?
 
Entre deux visites en immaculée berline King size à faire pâlir d’envie un rappeur US, le libidineux libyen profite à plein de 6 jours d’honneurs, d’ors, de fastes et de chameau grillé… A nos frais ! Comble d’ingratitude, il roule en Mercedes sortie des usines de ces mêmes allemands qui le repoussent.
Et au passage, tripoli pour être honnête, il s’essuie copieusement les babouches sur la « France paillasson » : il nie avoir abordé la question des droits de l’homme avec Sarkozy alors que ce dernier prétend le contraire (c’est bizarre comme c’est toujours un problème de situer précisément la vérité quand on a le sentiment d’avoir affaire à… deux manipulateurs).
Pis, il éructe qu’avant de parler de droits de l’homme nous ferions mieux de « vérifier que les immigrés bénéficient chez nous de ces droits » ajoutant en s’associant à ses frères Africains « nous sommes envoyés dans les banlieues et nos droits sont violés par les forces de police ». Bignolles ! Il est venu nous donner des leçons de démocratie, l’impayable bédouin. Et que dire de son discours sur la condition féminine. Un monument ! Mais qu’attendait donc Brice de Nice Hortefeux pour aller ramasser cet Ubu sous sa tente et le mettre dans le premier charter ? Et sans test ADN !
 
Pour conclure, je voudrais revenir à des choses simples. Loin de moi l’idée de donner des leçons, mais tout de même, le colonel Kadhafi, il est à peu près aussi humain et démocrate qu’une poule vole. Avec ce genre de volatile, toute tentative d’élévation est vouée à l’échec, on le sait, il finit toujours par repiquer dare du bec dans sa fiente ordinaire. Le seul moyen pour qu’il grimpe de quelques centimètres sur l’échelle humanitaire, c’est de faire comme les américains, lui mettre un coup formidable dans le pot… Avec piqûres de rappel à intervalles réguliers. Ah ! on l’entendait plus blatérer le Mouammar. Et depuis des années.
Pourquoi il comprend pas ça, Nicolas Sarkozy, lui si prompt à prêcher que « ce qui a fait bouger l'Iran jusqu'à présent, ce sont les sanctions et la fermeté ». C’est comme pour la poule… Y avait pas un sou d’urgence à l’en sortir, de son désert, à le miroboler, à le confire en délices. Il a profité de la tribune qu’on lui offrait pour renforcer son image de « défenseur du peuple Africain opprimé »… En Afrique, comme dans nos banlieues, il devient une star, le symbole de la résistance à l’oppresseur, le nouveau « Che Guevara ».
Ah la belle farce dont nous sommes les dindons. Et il reviendra, nous dit-on, à Marseille l’été prochain… C’est aujourd’hui qu’il faut dire non. Basta Kadhafi ! Pas pour une autre mascarade de diplomatie d’en bas. Encore moins au nom des droits de l’homme… d’affaires.
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Jeudi 6 décembre 2007

Après Chavez, récemment éconduit par le président Uribe, Nicolas Sarkozy est appelé par le gouvernement Colombien et les Farc à la table de négociation. Dans cette version moderne d’on «délivre de la jungle», notre Mowgli national, le têtu «petit d’homme», peut craindre des dangers plus redoutables que la mâchoire acérée de Dominique Shere Khan, le regard hypnotiseur de Ségolène Kaa ou le coup de griffe du débonnaire ours Bayroo.
 
Mine de rien, de Neuilly à Bogota et à défaut de celle du pouvoir d’achat, notre omni président est en train de se faire une spécialité de la libération d’otages. Après les bambins de la maternelle de Neuilly, les infirmières bulgares en Libye, quelques aventuriers d’une arche perdue (et parfaitement oubliée depuis) au Tchad, c’est au tour d’Ingrid Betancourt en Colombie.

 

Toutefois, cette dernière opération n’est pas sans risques. J’en vois principalement deux.

 

Tout d’abord, négocier avec les Farc peut s’avérer plus ardu que faire dérailler l’ersatz de guérilla marxiste qui avait récemment pris en otages 60 millions de Français. Les Farc ne sont ni l’armée enterrée de Xian, ni Sud Rail (de coke ?), pas plus que leur chef Manuel Marulanda Vélez, alias Tirofijo « Tir précis », ne passe pour le leucoderme et barbu cousin d’Idriss Déby ou de Bernard Thibault.

 

Sans parler des difficultés techniques dont la moindre n’est pas de savoir comment convoyer, au cœur d’une jungle aussi profonde qu’inhospitalière, le contenu de deux Airbus de plumitifs inféodés, troubadours en mal de reconnaissance et autres ministres en rupture de ban qui, depuis six mois, collent aux basques du président comme la déprime à la France d’en bas.

 

Second point, loin de moi l’idée d’être bassement chafouin, mais il faudrait qu’un minimum d’éthique préside à cette négociation.

 

L’idée même de s’y associer ne constitue-t-elle pas une justification, une reconnaissance des Farc ? Ils souhaitent la présence de Nicolas Sarkozy. Le Monde révèle aujourd’hui qu’un « commandant des Farc, Ivan Marquez, avait insisté, le 1er décembre, sur le rôle très important du président français dans la suite à donner aux négociations ».

 

Et comment ne pas s’inquiéter quand Rodrigo Granda, considéré comme le n° 2 des Farc et libéré en juin 2007 par le président colombien Alvaro Uribe à la demande expresse de son homologue français, déclare dans Libération « Pour Sarkozy, nous sommes un mouvement de libération » ? Lire également à ce sujet un autre entretien accordé au Monde diplomatique.

 

Même les causes les plus nobles peuvent être avilies au nom du pragmatisme, de l’obsession du résultat ou à des fins de coup médiatique. Pour preuve, ce récent voyage présidentiel au Tchad, du reste parfaitement inutile, et les marques de gratitude déplacées voire obscènes d’un président français déclarant « le président tchadien Idriss Déby Itno peut compter sur ma reconnaissance et mon amitié » et autres réjouissants « Merci, cher Idriss, pour ta collaboration ».

 

La fin justifie-t-elle toujours les moyens ? Le barnum médiatique autour d'une négociation vaut-il plus qu'une négociation secrète ? Idriss Déby reste un dictateur sanguinaire. Et rappelons tout de même que les Farc sont qualifiées d’organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne. Que leur pain quotidien est fait de prise d’otages (2 000 estimés, la plupart « économiques » dont plus de 300 enfants et 56 « politiques » dont Ingrid Betancourt), d’extorsion de fonds, de soutien au marché de la drogue, sans compter les dizaines de milliers d’assassinats.

 

A force d’impeccables succès diplomatiques et de nobles ingérences, étalés de JT de 20H en JT de 20H, il ne faudrait pas qu’on finisse un jour officiellement plus copains que cochons avec la crème des tyrans et des assassins de la planète.

 

Voilà pour moi les deux dangers qui guettent le président français. Ils ne sont au fond que la résultante de deux originalités de l’homme :
- son entrain vibrionnant : ce besoin vital d’aller sur le terrain, d’en découdre partout où ça barde, cette soif d’immédiat, cet appel systématique à l'émotion quitte à mettre en scène le malheur, ce parti pris de transes absolument médiatiques que je trouve personnellement grotesque ;
- son obsession de « réussir » : il y concentre toute son énergie au prix d’un « équilibre fragile » entre héros de Nietzsche (pour la volonté de puissance) et Faust (pour la tentation, le pacte avec Satan).

 

Tiens ! Je risque une suggestion... Plutôt que d’y aller lui-même, pourquoi ne pas y envoyer une délégation française, composée de pointures endurcies au mal telles l’abbé Denis Gautier-Sauvagnac et son élixir à fluidifier les relations, l’« idiot » présidentiel David Martinon, accompagnés par exemple de Didier Barbelivien, Mireille Mathieu ou tout autre arme de destruction massive de la culture française ? Une telle brochette me paraît indiscutablement apte à faire libérer les otages voire, si Dieu veut, à vendre un ou deux rafales aux Farc, en prime.

 

Mais j’entends ça et là, au détour de blogs subversifs, certaines mauvaises langues avancer qu’il n’y aurait pas que des inconvénients si l’affaire venait à tourner vinaigre et si Nicolas et le contenu des Airbus qu’il remorque (j’espère qu’on préviendra Alain Delon assez à l’avance pour qu’il se joigne à l’expédition) restaient prisonniers de la forêt colombienne. Disons jusqu’en juin 2012.

 

A l’idée d’une telle éventualité (à défaut de faire une consommation immodérée des végétaux psychotropes dont la Colombie nous inonde, on peut toujours rêver), je me permets de conseiller à ceux qui seraient du voyage d’emporter avec eux le « Manuel des Castors Juniors ». Cette formidable encyclopédie est aussi essentielle à la survie en jungle subtropicale que jogging et cagoule le sont à celle en banlieue parisienne. Il pourront ainsi, au fil de longues années de captivité végétative, y puiser ces mille et une astuces fort utiles à l’otage retenu en centre Colombie, et notamment comment construire un piège à mygale avec une boîte de camembert, un trombone et une pompe à vélo ou encore terrasser le guérillero le plus féroce en lui donnant à choisir entre la lecture des œuvres complètes d’Henri Guaino et celle du mini-traité simplifié européen.

 

Nul doute que leur libération n’en serait que facilitée, sachant qu’il serait parfaitement illusoire pour eux de compter sur la diligence de leurs successeurs en France (n’est-ce pas Dominique ?), sur l’émotion des mélomanes et cinéphiles, ou plus simplement sur la compassion du Français moyen, miné qu’il est par des soucis plus concrets tels l’échéance du prochain tiers prévisionnel, la note de gaz ou le futur nominé de Nouvelle star.

 

Le mieux, à tout bien réfléchir, serait de refuser cette « bizarre » invitation qui passerait par ailleurs pour une incongruité diplomatique si elle était faite au président américain ou à la chancelière allemande. D'arrêter d'étaler tout cela à plein médias. D'une part, je pense que c'est improductif.  D'autre part, cela éviterait que la France ne se transforme un jour... en dindon de la Farc.

 

Sources
Wikipédia
Le site official des Farc (en espagnol)
Entretien avec Granda (Libération)
Entretien avec Granda (Le Monde diplomatique)
Office of Counterterrorism
Décision du Conseil du 21 décembre 2005 dans le cadre de la lutte contre le terrorisme

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Dimanche 2 décembre 2007
Jean-Marie Cavada, condiment ordinaire de la politique, convient à toutes les soupes. Celui qui se décrit comme « un homme de centre gauche, un enfant du Delors des années Chaban et du Rocard période Matignon », a mitonné un temps dans la garbure béarnaise du MoDem avant d’accepter de pédaler, en tandem avec Christine Lagarde, dans le crémeux potage UMP du chef Sarkozy. Cordonbleu ! En voilà un de plus qui ne marche pas que dans l'Absolu. Je le verrais plutôt en Judas période fin de Christ. Pareille ratatouille, ça vaut minimum trois étoiles au guide Margoulin. Explications toquées et recette détaillée !
 

Jean-Marie Cavada, condiment ordinaire de la politique, convient à toutes les soupes. Celui qui se décrit comme « un homme de centre gauche, un enfant du Delors des années Chaban et du Rocard période Matignon », a mitonné un temps dans la garbure béarnaise du Modem avant d’accepter de pédaler, en tandem avec Christine Lagarde, dans le crémeux potage UMP du chef Sarkozy. Cordonbleu ! En voilà un de plus qui ne marche pas que dans l'Absolu. Je le verrais plutôt en Judas période fin de Christ. Pareille ratatouille, ça vaut minimum trois étoiles au guide Margoulin. Explications toquées et recette détaillée !

 

 

 

Nouveau venu en politique avec seulement 3 années de métier, Jean-Marie Cavada peut s’enorgueillir d’un parcours mené sur un train à faire passer le transsibérien, ses 9 500 kilomètres et ses 990 gares, pour un sous tortillard de banlieue Ouzbeke. Je ne puis résister à l’envie de citer quelques phénoménales, à défaut d’être prophétiques, déclarations qui ont émaillé le parcours étincelant de cet homme de 67 ans, passé à vitesse lumière des studios de Radio France aux portes du XIIème arrondissement de Paris avec l’avidité implacable d’une comète hâlée avalant d’un trait le gouffre sidéral qui sépare les plateaux de télévision de ceux de… fromages.

 

 

 

Souvenons nous de celui qui, appelé, le 24 mai 2007 au Zénith, à la tribune du mouvement démocrate par Marielle de Sarnez en ces termes « Il est un de ceux qui a le mieux analysé, le mieux compris ce qu'est la société française, il a été un grand journaliste et l'honneur de ce pays et du journalisme, je suis heureuse d'appeler Jean-Marie Cavada », avait répondu « Chers amis, voici venu pour nous et pour quelques années, le temps d'une implacable vigilance, mais d'une vigilance loyale à l'honneur et au bien de ce pays… ».

Je laisse ici le lien vers la vidéo du discours dans son intégralité, tant il est soyeux et pénétrant de consolation pour le militant Modem de base, de caresser, d’une défection l’autre, ces admirables concepts d’« honneur », de « bien de ce pays » et de « vigilance implacable ». Même si pour ma part, doté d’un coefficient intellectuel oscillant entre l’oursin et le télésiège, je dois confesser ne pas être sûr d’en saisir l’exacte portée universelle ou même, plus simplement, la réalité.

 

 

 

« Sarkozy lui a promis la Culture », avance-t-on au QG de Françoise de Panafieu 2008 qui s’y connaît en la matière si j’en juge par « l’abécédaire Delanoesque », aussi pitoyable que celui de Jean-François Kahn, qui tient lieu de colonne vertébrale à sa campagne… Promettre la Culture ? Damme, quelle perle ! A ce rythme on va vite être à sec de maroquins… Puis-je modestement suggérer à notre omni président de créer tout de go un ministère de la Lune doté d’un sous  secrétariat aux monts et merveilles qu’il pourrait faire miroiter à tous mercantis, maquignons, trafiquants et fricoteurs qui pullulent en son bon royaume de France… Un cabinet dont la porte serait largement ouverte pour que tous les filous puissent humer librement les subtiles effluves du pouvoir…

 

 

 

En octobre 2007, Jean-Marie Cavada, dans un entretien diffusé sur Canal+ n’excluait pas de rentrer au gouvernement mais affirmait qu’il était « plutôt pas » intéressé par une candidature aux municipales. Puis, selon son propre aveu, il a « beaucoup réfléchi avant de prendre sa décision en faveur de l'UMP ». Moi-même, j’ai cru un bref moment qu’il lui avait été difficile de choisir entre la voix de sa conscience et celle des électeurs du XIIème arrondissement de Paris. Après tout, il aurait pu être contrarié, peiné, rebuté à l’idée d’abandonner un compagnon de route, seul au volant de son tracteur, si loin des champs Elyséens. «  Se vendre ou ne pas se vendre », on imagine bien le monologue anxieux de cet Hamlet des temps modernes. De ce René attendant impatiemment les orages désirés qui devaient l’emporter dans les espaces d'une autre vie.

 

 

 

Oh rassurez vous, ce n’étaient pas les remords qui bourrelaient Jean-Marie ! Dans la suite de l’interview sur Canal+ il dit ne pas avoir « une idée très précise de ce qu'il faut faire dans tel ou tel arrondissement » et avoue « Je ne me sens pas réellement l'homme d'une situation municipale ». Ainsi, l’hésitation ne reflétait que l’appréhension, naturelle et légitime, d’un homme affublé d’une vision politique qui lui garantirait sans coup férir la troisième paire à l’œil chez Afflelou et la grand croix de commandeur de l’ordre des Frères Lissac… L’embarras du chômeur diabétique à qui on propose un boulot chez Lenôtre, le têtu dilemme du flic daltonien préposé à la circulation.

 

 

 

Mais il s’est vite ravisé en s’avisant qu’en politique, les visées tiennent souvent lieu de vision. Tel le cavalier surgi hors de la nuit, il courut donc vers l’aventure au galop, signant son virage d’un Z plus proche aujourd’hui de SarkoZy que de Télé Z. « J’ai épuisé tous les recours de la loyauté avec Bayrou » confia-t-il au Figaro le 25 novembre 2007 pour justifier sa volte face.

Malheureusement, dans le milieu, le mérite ne saurait se mesurer à la seule toise de l’audimat d’une émission vieille de 10 ans. Et on lui fit savoir qu’une tenace ambition ministérielle valait bien un petit effort municipal. Ainsi, la notion du ridicule, s’il en exista jamais une poussière en lui, s'évanouit-elle. Et Jean-Marie Cavada, prêt à toute contorsion, à se carrer, se cuber, pour s’élever à n’importe quelle puissance, embraya illico la marche arrière du siècle pour se caler sur celle de l’empereur et se garer derrière Nicolas Sarkozy. Quel formidable créneau !

 

 

 

On a beau faire gober n’importe quoi aux électeurs, « L’avaleur n’attend pas le nombre des âneries » dit le proverbe, j’espère tout de même que ceux du XIIème se souviendront un peu des paroles de M Cavada, en mars 2008, quand l’heure aura sonné pour eux de faire avancer la démocratie, ne fût-ce  que du pas de l’insecte, en glissant, fourmis, leur vote dans l’urne.

 

 

 

Au terme de ce billet, je suis désolé d’avoir été si sarcastique, si pamphlétaire, d’avoir nigaudement abusé d’humour troupier pour travestir une certaine forme d’ahurissement qui me prend à la vue des moeurs politiques de notre temps. C’est probablement ma façon, au fond bien romantique, d’exprimer mes sentiments. Et puis les occasions de copieuse rigolade sont si rares aujourd’hui. Allez ! Comme aurait dit ce cher Henri IV, chaque époque possède ses Ravaillac et... la mairie de Paris vaut bien une kermesse !

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Jeudi 29 novembre 2007
Comment un gouvernement qui avoue ne disposer d’aucune marge de manœuvre financière peut-il tenir les promesses du candidat autoproclamé « président du pouvoir d'achat » tout en finançant les urgences sociales, les retraites, les universités, le soutien aux entreprises, la protection de l’environnement ? Et j’en passe !
Pis que cela ! Sans jamais envisager sérieusement de geler les privilèges accordés aux plus puissants, individus ou entreprises, et se résigner à réduire le train de vie, pour ne pas dire la gabegie, de l’état.
Et bien pis encore ! Comment le faire dans un contexte de ralentissement économique, de marché du travail sinistré, de tensions sur les prix à la consommation et de pression fiscale qui a, depuis longtemps, dépassé la limite du supportable. « Le montant des prélèvements obligatoires a atteint ses limites en proportion du PIB. » établissait un rapport du sénat sur le sujet en 2004 et… les prélèvements n’ont cessé de progresser depuis !
 
Voila une équation à décourager mille savants Cosinus, à mettre une armada de comiques au 36ème dessous… A dynamiter la confiance du ménage le plus béatement optimiste : l'indicateur qui mesure celle des français est en chute libre en novembre, -28 contre -23 en octobre. Et ça peut se comprendre quand on se retrouve, à la veille de Noël, avec aussi peu de grisbi au fond du bas de laine que de moral au fond des chaussettes… Des broquilles ! Moroses et morfondus… Et rien dans la hotte !
 
Une équation à faire cauchemarder tout être doté d’une parcelle de vision économique... Mais pas Nicolas Sarkozy ! C’est qu’il a une botte secrète, toujours le même ping-pong qui lui trotte derrière la tête : « travailler plus pour gagner plus » et « élargir l’assiette des prélèvements obligatoires »… L’assiette, voila la souveraine panacée. Comment ? En taxant méthodiquement la « dernière vente », bref la consommation, cercle magique où se retrouve l’immense majorité des Français, vous, moi, richards comme smicards, rupins comme purotins, et de plus en plus de pécunieux, miséreux, miteux et autres calamiteux… Nous tous ! 60 millions de gouttes de sacrifice toutes à suinter pour la France et la pérennité de ses élites !
 
Dernier exemple en date, la taxe (mais non, une « éco contribution »… Damme, pardon ! ça change tout) de 1% à 2% sur le prix de vente final des poissons vendus en poissonnerie, surgelés ou dans la restauration, qu'ils soient pêchés par des navires français ou importés (85% du poisson consommé en France est importé). Je n’ai rien contre la solidarité, mais je trouve le principe contraire aux attentes et aux intérêts des Français. Et puis comment peut-on créer une nouvelle taxe sur la consommation et dans le même temps, multiplier les promesses sur la défense du pouvoir d’achat ? Il y a du Majax en Sarkozy !
 
Officiellement, et notamment pour vaincre les réticences de la Commission Européenne qui a déjà prévenu qu'elle serait très vigilante sur tout ce qui pourrait passer pour une aide nationale déguisée, la mesure est présentée par Michel Barnier comme un financement visant à assurer l’avenir d’une pêche durable et préserver les ressources halieutiques. Résonnez conques marines ! Comme c’est providentiel et noble l’écologie à toutes les sauces, y compris armoricaine… Au fond, peu nous importe que Michel Barnier illusionne la commission d’autant de piperies qu’il lui semble nécessaire !
 
Dans la réalité, cette mesure est bonnement destinée à compenser l’augmentation du prix du gazole payé par les pêcheurs (57 centimes d’euros aujourd’hui) et mieux, à le ramener par le biais de l’aide à 30 centimes d’euro, soit l’objectif de rentabilité fixé par les pêcheurs. C’est une rustine fiscale, une de plus, une mesurette entérinée à court terme pour étouffer la révolte récente. Sur le fond, elle intervient alors qu’aucune réforme structurelle n’a été entreprise depuis le dernier plan de modernisation de la flotte (plan Mellick 1991). Pourtant le contexte était bien connu de tous les professionnels : augmentation de la puissance des navires et donc de leur consommation (+69% d'augmentation de la puissance moyenne nominale en 20 ans), arrêt progressif des subventions à la modernisation synonyme de vieillissement de la flotte, renchérissement prévisible des coûts de carburant, exigences accrues de qualité des produits et de gestion de la ressource, etc... On a prolongé l’incurie, d’un gouvernement à l’autre… On continue jusqu’à la prochaine crise… Rien que du classique !
 
Mais concrètement, pour nous autres consommateurs de produits de la mer, cette mesure revient à augmenter la TVA de 1% à 2%. Recta ! C’est aussi simple que ça. Quant aux allégements de charges sociales annoncés par Nicolas Sarkozy aux pêcheurs, le conseil d’administration de la CNAV a immédiatement désapprouvé la pirouette de sortie de crise du sur-vitaminé président en faisant valoir que « les cotisations sociales ne doivent pas servir de variable d’ajustement au règlement des conflits sociaux ou des difficultés économiques rencontrées par certaines entreprises ou professions. »
 
Et demain ? Que nous promet-t-on ? Les franchises médicales (non remboursement d’une fraction des dépenses sur les médicaments, les actes paramédicaux et les transports sanitaires). C’est fait ! La TVA sociale et la taxe carbone ? Leurs mises en œuvre n’attendent que le moment propice et un habillage marketing séduisant (taxe anti-délocalisations pour l’une, protection de l’environnement pour l’autre). L’état est « en situation de faillite », comme l’indiquait François Fillon, le 21 septembre 2007, pour signifier aux agriculteurs corses qu'il ne fallait plus réclamer de subventions. Les entreprises ne vont guère mieux. Il faut donc prendre la laine directement sur le dos du consommateur.
 
Dans ces conditions, comment ne pas craindre la propension funeste de notre omni président (qui, soit dit en passant à des idées aussi plates qu’une galette de sarrasin en matière d’économie) à nous emberlificoter dans un fatras de micro taxes, ventes de bouts d’EDF et autres mesurettes, au hasard des revendications, des crises, des urgences, pour faire face à ses promesses électorales exorbitantes ou, plus prosaïquement, tenter de tempérer les désordres les plus visibles de notre société, acheter la paix sociale… Au moins jusqu’à sa réélection en 2012… Renvoyant ainsi les véritables échéances et tous les règlements derrière l’horizon électoral… Sans vergogne !
 
D’autant qu’on peut faire confiance à Henri Guaino et aux talents de tribun de son avocaillon de patron pour nous embobeliner d’effrayants bourrages de crânes, systématiques, enjôleurs comme les véroniques du toréador sur la nuque du taureau promis à l’estocade, le plus souvent basés sur une caricature de raisonnement fait d’analyses circonflexes, de simplifications abusives et de transitions illogiques. Je résume :
« Tout a un coût et l’Etat n’a plus d’argent. Il faut protéger l’environnement, aider les pêcheurs, changer les roulettes du fauteuil de mémé, etc… (la liste est longue). Donc, je propose que vous bossiez plus pour contribuer plus »
Ah l’habile sophisme que voilà ! Partir de deux prémisses incontournables pour déboucher sur une pseudo conclusion selon laquelle il n’y aurait qu’une solution à un problème donné alors qu’il en existe évidemment d’autres. Et si vous réfutez la sublime conclusion au prétexte futile qu’elle n’est pas très réaliste, on vous fait passer au mieux pour ignare en économie, ou, plus grave, individualiste étalon de la pire espèce. Si ce n’est les deux à la fois. Pis que scolopendre ! Voilà résumée la méthode Sarkozy… Le reste c’est des mercuriales et beaucoup de communication, du fin discours pur beurre… TF1, la radio, les amis patrons de presse s’en chargent.
 
Mais tout n’est pas noir. Parfois je dois avouer que les occasions de rire ne manquent pas. Tel Henri Guaino, parti à la pêche aux symboles de défense du pouvoir d’achat qui avait imaginé « geler le prix du gaz »… L’hilarant ou le moutarde, Henri ? Sérieux… Tous à vos masques ! Là on croche carrément le fond. C’est plus fort que centripète… Guaino, fougueux magistère  au chevet de la France… L’invention de la thérapeutique d’outre-tombe… La chirurgie orthopédique sur jambe de bois par l’homme tronc des pauvres… Une farce à faire mourir de rire une vache du Brahmapoutre exilée dans un âshram de La Villette… A quand la tombola des panacées, Henri ? Aux abris ! Tous aux girolles ! Et presto !
 
Nicolas Sarkozy himself ne se sentait pas d’annoncer cette bombe. D’un autre côté, relancer la consommation par l’assouplissement du crédit ? Dans l’état où sont les banques, pas question ! Alors il a préféré s’en tenir au sujet qu’il maîtrise mieux, sa marotte : « pour défendre son pouvoir d’achat, il faut gagner plus en travaillant plus ». On y a eu droit sous toutes coutures.
Mais la réalité ? Tout d’abord certaines catégories ne peuvent pas statutairement travailler plus et d’autres ne travaillent pas tels les étudiants, les chômeurs ou les retraités. Ca fait un paquet de sinistrés en perspective. Et pour les autres c’est vite dit de travailler plus mais quand on voit le marché du travail. Bon, vous me direz : Nicolas est là pour créer la dynamique et la méthode Coué en vaut une autre. Certes, et si quelques uns travaillent plus, ça fera toujours un surplus de salaire pour eux, de recettes fiscales pour l’état et de consommation pour les entreprises. Par les temps qui courent, on ne crache pas sur les petits bénéfices.
 
Jeudi soir, à défaut d’être nouveau, le discours était brillant, comme à l’accoutumée… Une fois de plus on a vu Nicolas Sarkozy en parangon du « volontarisme politique », maître illusionniste dans l’art de faire passer « ce qu’il promet » pour « ce qui est »… Prestidigitateur des finances, l’homme par qui la galette renaît…. Le champion des transferts de charges, des passe-passe vertigineux ! Capable de fourguer Gilbert Montagné en moniteur d’auto école… Rachida Dati en garde des sceaux… Rama Yade limites à ne pas dépasser tout de même ! Des muscades ! Des girofles ! Des entourloupinages toujours plus étincelants ! Des arches de Noé… Des clous !
 
En attendant ces temps meilleurs et des mers plus clémentes, il ne nous reste plus qu’à prier, pauvres pêcheurs et les autres, pour le chalut de nos âmes et de nos bourses, la rédemption par le travail et le fisc. Mais si d’aventure les améliorations promises n’étaient pas au rendez-vous, que les attentes virent en frustrations et les municipales de mars en vinaigre. Alors gare à la réaction de l’UMP ! C’en serait fini des supports.
par Argo publié dans : 3615 code j'en peux plus
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