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De nombreuses années d'études des phénomènes féminin / politique ne m’ayant apporté aucune certitude, pas la moindre connaissance utile ou concrète, je suis bien conscient que la poursuite de mes recherches dans ces domaines n’est probablement plus motivée par l'espoir de faire avancer la science... Au delà de ce seuil, plus rien n'est sérieux. Bon vent !

Ô Dieu ! Accordez-moi la chasteté. Mais pas encore maintenant.
Saint Augustin

En politique comme en médecine, une bonne communication est souvent plus utile qu’un savoir approfondi. C’est si vrai que dans la clinique ordinaire du bon Dr Nicolas, si on ne dispose d’aucun traitement efficace des agoniques, comprenez le pouvoir d’achat ou, plus inquiétant, les valeurs républicaines, on saurait presque faire passer leur inéluctable trépas pour une forme de délivrance et, finalement, pour un bienfait.
 

Le pouvoir d’achat

 

Par les temps qui courent, à défaut d’idées concrètes pour améliorer l’ordinaire du Français de base, on assiste à une pluie pas banale de fines élucubrations, excogitées au fil d’une procession ininterrompue de dispendieuses commissions et de somptuaires grenelles. En passant, combien ça coûte tout ce cirque ?

 

Les prix du pétrole grèvent les revenus des pêcheurs ? Am stram gram ! Une taxe sur le poisson. On veut généreusement redistribuer 800 millions d’euros de recettes publicitaires aux « amis élyséens » de l’audiovisuel privé ? Pic et pic et colegram ! Une taxe sur le matériel high-tech (à califourchon sur la redevance pour copie privée et l’écocontribution) afin de compenser la perte financière subie par la télévision publique. On doit financer la restauration du patrimoine français ? Bourre et bourre et ratatam ! Une taxe sur les nuits d’hôtels.
Errances et redevances, en matière d’imposition la créativité française ne connaît plus de bornes... Sur un air de « Bercy, taxes and tunes » on ajoute chaque jour aux plus de 200 impôts déjà existants... Tout finit à la toile fiscale... C’est de l’imposition arachnéenne, kafkaïenne... stalactite. Français, du haut de cette pyramide fiscale, neuf mois de présidence Sarkozy vous délestent. Pic dam ! À quand le retour de la taille et de la gabelle ? Et pourquoi pas une taxe sur le remariage ?

 

Certes, qu’il relève de l’imprévoyance la plus crasse, de l’irrationalité vibrionnante ou de la prodigalité ciblée au profit des « amis élyséens », on peut trouver à la fois pathétique et grotesque cet entêtement métronomique du gouvernement à enfiler les taxes et, au passage, le contribuable, à la manière dont son infatué président enfile les perles et débine la France aux yeux de la surface habitée du globe.

Mais il faut bien se faire une raison : en matière de politique économique Little Miss Sunshine est doté d’idées aussi plates que ces écrans plasma qu’il veut absolument taxer. Aussi faut-il nous résigner, passés les premiers mois d’anxiété hallucinatoire pour les rares connaisseurs du bonhomme et de déception légitime pour la profane majorité des autres, à contempler notre « président du pouvoir d’achat » agiter frénétiquement la bannière chimérique du « Travailler plus pour gagner plus », pendant que les patrons, pour cause de croissance envasée, rechignent à lâcher les heures supplémentaires (moins d’un salarié sur dix profitent des nouvelles mesures) et que gouvernement et opposition, aussi creux d’idées que soumis, s’alignent impeccablement, le petit doigt sur la couture fiscale, derrière la schtroumpfienne et lumineuse devise « A chaque jour suffit sa taxe ».

 

Les valeurs républicaines

 

Mais il y a bien plus grave. Comme ces appels, en ritournelle, à vouloir distinguer les individus selon leur origine nationale, ethnique ou religieuse (ce qui sous-entend de les catégoriser au préalable). C’est absolument contraire aux valeurs fondamentales d’égalité et de laïcité sur lesquelles repose notre constitution, dont l’article 1er précise « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Et pourtant, c’est bien ce qui survient actuellement. Deux exemples à l’appui.

 

Primo, sous couvert d’un impérieux et nébuleux prétendu « besoin de modernisation », notre président a récemment confié la tâche de modifier le préambule de la Constitution à une commission, présidée par Simone Veil, afin qu’il soit « complété pour garantir l’égalité de l’homme et de la femme, pour assurer le respect de la diversité et ses moyens, pour rendre possible de véritables politiques d’intégration, pour répondre au défi de la bioéthique ».
Qu’on me pardonne de passer derrière l’écran de fumée de la bioéthique, force est de constater qu’une telle modification rendrait constitutionnelle la politique de « discrimination positive  » et, par conséquent, la promotion du communautarisme, notamment religieux, autant de vilaines entorses à la laïcité devenues si chères à notre prodigieux dompteur de civilisations et aux autres plumes de sa ménagerie.

 

Secundo, cette semaine M. Hortefeux, notre chef de patrouille et grand co-voitureur aux frontières devant l’éternel, vient d’annoncer son intention, avec l’autorisation du chef de l’Etat, de « constituer un groupe de travail, une commission sur le cadre constitutionnel de la nouvelle politique d’immigration. Cette commission aura à réfléchir sur deux sujets : premièrement sur les quotas pour une immigration réussie et deuxièmement sur la simplification des juridictions ».
Réguler l’immigration en fonction de critères professionnels et de nationalité venant d’être jugé contraire au principe d’égalité qui fonde notre constitution, seule une telle révision pourrait rendre absolument constitutionnelle et présentable cette « politique des quotas », si chère à notre agité spirille national.
Ainsi, les quotas si décriés pour la gestion de la ressource halieutique conviendraient-ils beaucoup mieux à celle, plus mathématique, de la ressource... humaine. Probablement un mauvais remake de l’histoire de la sardine qui a bloqué la frontière marseillaise.

 

Pour être sérieux 5 minutes, on peut s’insurger contre la dérive actuelle, consistant, dès qu’une mesure est jugée inconstitutionnelle ou risque de l’être, à créer une commission, une brochette d’experts, puis à les faire plancher sur une révision de la constitution. Peut-on seulement contester un tel tripatouillage ? Sur le fond, y a-t-il des limites aux révisions de notre constitution ? Et sur la forme, comment doit-on y procéder ?

 

Sur le premier point, la question des limites, le dernier alinéa de l’article 89 précise simplement que « la forme républicaine du gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision ». Ouf ! Si l’obligation de respecter la « forme républicaine » signifie l’interdiction faite à Nicolas Sarkozy de rétablir la monarchie, l’empire ou toute autre turlupinerie à tendance maniaco-despotico-tyrannique, nous voilà partiellement rassurés... En revanche, si on entend par cette expression l’obligation de respecter les valeurs et principes essentiels qui fondent la « forme républicaine », notamment la laïcité et l’égalité, on peut contester le droit que s’arroge l’actuel président de changer de texte constitutionnel comme de Rolex ou d’épouse légitime.

 

Du point de vue de la forme, on pourrait également contester aux textes remaniés leur valeur de norme fondamentale, de « loi au-dessus des lois ». En effet, les commissions mitonnées par le facétieux Nicolas ne voient pas leurs membres désignés au suffrage universel, contrairement aux assemblées élues dites « assemblées constituantes », chargées d’écrire les constitutions.
On gagnerait évidemment à soumettre ces projets à l’approbation du peuple, par voie de référendum. Mais de cela, Nicolas Sarkozy n’en a cure. Il n’en veut absolument pas. Certes, le président de la République a le choix entre la ratification par référendum ou la ratification par le congrès (le congrès est la réunion, dans une même salle, au château de Versailles, des députés et des sénateurs qui doivent voter le projet à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés pour qu’il soit ratifié).

 

Naguère, le général de Gaulle préférait passer par la voie référendaire (en 1962 d’abord, puis sans succès en 1969, ce qui provoqua son départ). Nicolas Sarkozy, lui, privilégie le congrès, carpettes et castagnettes, cette ombre hallucinée d’un paysage politique qu’il a pris grand soin de décimer, dans un premier temps par anéantissement impeccable de toute forme crédible d’opposition, médiatique ou politique, interne à l’UMP ou externe, puis par dépeçage de membres à vif et crémation méthodique des restes sur le bûcher de la « politique d’ouverture ».

 

C’est ainsi que la ratification du mini-Traité européen a été approuvée par l'assemblée et sera entérinée par le congrès, à Versailles. En toute quiétude ! C’est également ainsi qu’on mettra en œuvre une politique d’immigration et de promotion du communautarisme que probablement (mais le saura-t-on jamais en l’absence de consultation ?) une grande majorité de Français désapprouvent.

 

Est-il dangereux ce Tartarin qui s’arroge le droit de décider ce qui est bon pour la France au motif avoué que les Français seraient trop couillons pour saisir d’eux-mêmes leur propre intérêt. Et bientôt ce sera au tour des Européens... C’est qu’il est énormément vorace, Lucifer ! À croire que régner sur 64 millions de Français ait éveillé chez lui des vocations sataniques... Des appétits gargantuesques... Comme des envies de bûchers néroniens !

 

Il va jusqu’à miser ouvertement et sans vergogne sur la future présidence française de l’Union européenne pour réaliser ses marottes... Les plus grands abracadabrantesques délires, tel son fumigène projet d’Union méditerranéenne dont personne ne veut. Ou bien les mini-poussées éruptives de pustules électoralistes récemment illustrées par cette promesse de remise en cause aussi subite qu’unilatérale d’une politique de quotas de pêche votée et approuvée, pas plus tard que le mois dernier, par les 27 pays de l’Union, France incluse. À l’approche des élections, l’engagement présidentiel en campagne, ce n’est plus de la politique Docteur, c’est une cystite !
Heureusement que les autres ne vont pas se laisser faire. Oh que cela nous promet de rudes et folâtres joutes salivaires... Du grand guignol à la grosse commission... D’une main, on supprime les quotas sur la merluche et, de l’autre, on en crée sur l’Africain. Dans les deux sens, ça nous rend plus libres d’aller à la pêche. Ça c’est prestidigitateur... J’en frémis. « Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter Nicolas dans les espaces d’une autre vie !  ».

 

Mais plus sérieusement Docteur, sommes-nous aujourd’hui en présence de signes patents d’une petite et sale dérive autocratique du régime ? On peut se poser la question. À trop souvent changer notre constitution, va-t-on finir, sans nous en apercevoir, par changer de constitution ? Et quand la dérision, les sarcasmes, les velléités d’anathème et la colère seront épuisés, que nous restera-t-il pour nous faire entendre de l’histrion politique qui nous gouverne si mal ? L’insurrection citoyenne ? Exit Edgar Morin et bienvenue Bakounine ? Une déroute aux municipales ? Prions pour qu’il y assiste en Xerxès à son Salamine... Les guerres médiques et la galère bien bloquée dans le détroit !

 

En attendant, comme le dit la chanson, « Il est libre Nicolas » et, paraît-il, à l’instar de Max, « Y en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler »... au-dessus d’un nid de 64 millions d’absolus et très effarés cocus.

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Hortefeux soigne ses notes et ses quotas d'expulsés. Personne n'est épargné. A ce rythme, il va décrocher les félicitations.

 

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Sarkozy est en passe de disputer au coq Français le triste privilège d’être le seul animal qui réussisse à chanter les deux pieds dans le Guaino. Truffer son homélie de « politique de civilisation » et autres « partage des valeurs de tolérance », en Arabie Saoudite... C’est un bien féroce assaut salivaire… De l’énormément joufflu ! Aurait-on récemment légalisé l’absinthe au royaume wahhabite ? Déménagé les bureaux de l’Elysée dans la grotte de Lourdes ? Relancé les Croisades ? Morceaux choisis de notre zélateur national…

 

« Dieu qui n’asservit pas l’homme, mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes ». Quelle rhétorique implacable ! Et quelle subtile complexité rythmique ! Visiblement, Guaino a lâché Edgar Morin pour sainte Thérèse d’Avila. Il va finir par puiser directement aux sources de la chrétienté, aux évangiles.

Quant à notre président... Est-ce depuis qu’il a été fait « chanoine de la basilique de Saint-Jean-de-Latrine » par Benoît XVI ? Ou bien depuis son mariage avec Carla Bruni ? Il développe ces derniers temps un penchant immodéré pour la position du missionnaire. Vous me direz : ça nous change un peu de celle, infiniment plus âpre et embarrassante, de la brouette libyenne.

Devant le conseil consultatif (Majlis ach-Choura), la très démocratique assemblée saoudienne (dont les 150 membres sont exclusivement désignés par leur souverain), le chanoine Sarkozy a sermonné que « les grandes religions divines se rassemblent autour d’un certain nombre de principes communs et partagent les grandes valeurs de tolérance ». Et sur cette base, il a appelé à « fonder la politique de civilisation dont le monde, aujourd’hui, a tant besoin ». Saperlotte ! L’Arabie saoudite pays de la tolérance ? Un Etat totalitaire, adepte de la charia la plus stricte et la plus rétrograde, creuset de l’islamisme le plus dur, le plus radical, et accessoirement... du terrorisme. Pas étonnant que les princes saoudiens, parfaitement conscients, eux, de la condition de leur pays, aient eu l’impression qu’on se moquait d’eux. Ils ont été pris au dépourvu, ils n’avaient pas prévu de plan anti-fada lors de la visite de la délégation française...

Forcément, question oseille et contrats, c’est plutôt Tintin au pays de l’or noir. L’affaire du siècle a viré à l’aigre. Tout au plus s’est-elle transformée en une simple étude du marché potentiel. Proposition d’accord de coopération à deux riyals dans le nucléaire civil ? Le roi Abdallah, jovial taquin, a poliment rembarré notre VRP national. Contraste pittoresque, le lendemain de la visite du président français, une autre grenouille de bénitier, G. W. Bush se fait conspuer par toute la presse saoudienne en dégoisant, notamment, sur l’Iran et... signe pour 20 milliards de contrats d’armements.
Qu’à cela ne tienne... On étourdit le Français moyen à coups de milliards potentiels, on le débine en vertiges économiques, on le perd en infinies scrutations de mirages... Et pendant qu’on l’extasie ainsi de promesses de mille copieux coïts financiers aux quatre points cardinaux... Le déficit du commerce extérieur français bat un record historique et le montant des exportations est à l’étiage. Cherchez l’erreur !

« C’est peut-être dans le religieux que ce qu’il y a d’universel dans les civilisations est le plus fort ». Quelle saillie lumineuse ! À côté le phare de la Vierge passe pour luciole ! Franchement, ce n’était pas en balançant de telles fèves qu’on pouvait s’imaginer gratter une part de la galette du roi Abdallah. Quand je pense qu’on devait leur fourguer notre fameux réacteur EPR (Eau, Pastis, Ricard), le Mecque plus ultra de la technologie nationale...
De quoi faire turbiner mille usines de dessalement d’eau de mer et autant de fabriques de glaçons. De quoi les submerger de giga torrents de volumes de Ricard pendant des lustres. Ah quelle déconvenue... Quel coup de calife dans le contrat... Quelle douche... Quelle vrille !

Mais consolons-nous. Après l’épisode Disneyland, on barbote en plein océan mystique. On confine aux flagrants délires... Aux transes extatiques... Aux Béatitudes ! C’est ainsi... Autrefois, frappés d’aveuglement et de folie, nos âmes noires erraient dans les ténèbres de l’ignorance.
Réjouissons-nous, mes frères, car sur les traces de notre président prophète et de son immense mystagogue, nous marchons aujourd’hui, drapés dans la bure, sur le sentier lumineux de la vie et de la vérité. A quand le vœu de pauvreté (et de chasteté ?) pour tous les Français et l’augmentation du pouvoir de rachat de leurs âmes par la République, Nicolas ?

Pour conclure, Monsieur le président, permettez-moi, modestement, de postuler pour le poste de première plume de l’Elysée. L’actuelle s’emmêle trop furieusement les crayons ! Faut envisager un break, une douche, quelque chose de bien froid. Ça ne manque pourtant pas de remplaçants à cirer le banc et l’arrière-ban des nègres de la République. Tiens, les scénaristes font grève aux Etats-Unis... Proposez-leur Guaino ! Il est capable de placer son chef-d’œuvre, le « lourd manteau de cathédrales », dans Desperate Housewives. M’est avis qu’ils reprennent le boulot sous deux heures. Georges Dobeliou Bush en serait pénétré de gratitude !

Alors, si un doute, fût-il ténu ou brindille, venait à vous effleurer un jour sur l’éventualité que votre scribe attitré vous fasse, ne serait-ce que très modérément, passer pour une andouille, sauf votre respect, n’hésitez pas et faites appel à moi. Je m’y connais comme pas deux pour taquiner le fin symbole, fricoter le prodige hyperbolique. Comment que vous allez le regretter le Guaino....
Tiens, gratos ! Deux conseils en gage de bonne volonté. Primo, plutôt qu’au Vatican, Bigard, fallait l’emmener en Arabie saoudite. Imaginez ! « Bigard au royaume Ouhaha bite » : cela aurait tellement fait rire la monarchie... Pluie de milliards à la clé. Non ?
Secundo, vous craignez pour votre image ? Vos sondages se détériorent ? Pas de panique, à la presse pipole on leur sert (je parle codé pour qu’on soit que tous les deux à comprendre... Plus qui vous savez, évidemment) un petit couplet sur le secret de polichinelle... dans le tiroir (vous captez le concept ?). Plus personne ne parle du pouvoir d’achat pendant neuf mois. Minimum garanti !

Bignolles ! Quelle misère ! Fallait-il que la France soit bien guignarde pour que de telles virtuoses et transcendantales couillonnades surgissent un jour. Allez... Salamalecum Nicolas... N’oubliez pas ma candidature... Et francité missa est (1) !

(1) Ceux qui ne connaissent ni l’église ni le latin pourront traduire par « France, tu peux y aller, la messe est dite » ou moins caressant, mais plus Coluchien « Circulez y a rien à voir ».
 
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Affublé de ses plus beaux atours, Nicolas Sarkozy saute à l’objectif des caméras comme le calmar au lamparo. Looké comme kéké, deux airbus de journaleux aux talonnettes et flanqué d’une poule énamourée et mielleuse, il s’affiche dix fois, cent fois plus jubileur, en symbole de la France décomplexée ? Mais décomplexée de quoi ? Du luxe cyniquement jeté à la face des miteux, du toc authentique, du ratatinage des consciences et du rabougrissement d’idées, revendiqué, organisé, mille fois attesté par la victoire de l’apparence sur la pensée, de l’émotion sur l’intelligence, du consommateur sur le citoyen et du popularisme sur la démocratie ? Décomplexée de la vacuité et du vulgaire ? Du grotesque, en somme…
 
Le discours d’investiture de Nicolas Sarkozy tenait bien de la « Farce de Maître Pathelin », cette représentation, déjà donnée au moyen âge, de la rouerie et de la piperie universelles. Ses chaleureux élans de solidarité sociale, de fraternité, ses promesses de changements et jusqu’au don de sa personne pour l’amélioration de notre société ne constituaient qu’un vaste trompe l’œil, un chef d’œuvre d’hypocrisie sociale au service d’une posture populariste destinée à séduire la France d’en bas.
 
Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy a rejoint le « beau monde », la sphère des maîtres, des puissants et des riches. Il préside un royaume, la France, où il ne réside plus. Gaffe ! Il marche vers son Panthéon. À présent qu’il s’est hissé sur le piédestal du pouvoir absolu, il base de moins en moins sa relation avec le peuple français sur les liens démocratiques, notamment les voies référendaires, que la constitution lui impose encore (pour combien de temps ?). Il préfère nettement les liens créés par son goût immodéré pour l’épate et l’esbroufe, formidablement servis par une dialectique habile et des médias serviles.
 
Il a du style Sarkozy ? Certes, on perçoit sans peine la rupture avec ses prédécesseurs septuagénaires, lodens verts, épouses « vieille France », pas Mickeys pour un sou, jouisseurs tout aussi copieux mais plus circonspects des largesses des amis de la république et usufruitiers discrets de ses fastes. Pitoyable avilissement de la fonction présidentielle diront certains… Simple président quinquagénaire qui s’assume diront les autres….
L’essentiel n’est pas là, dans cet appel répété à témoins, à charge ou décharge, dans cette convocation permanente à la barre du procès de l’apparence organisé par Nicolas Sarkozy et où il cherche systématiquement à nous confiner. L’essentiel n’est pas dans le gadget, l’ouverture en trompe l’œil, le mariage avec une poupée légèrement teintée de prétentions artistiques, dévorée comme lui par la soif de reconnaissance. L’essentiel est dans la mise en œuvre effective des réformes structurelles, dans leur cohérence, dans le cap adopté.
 
Les réformes Sarkozy ? Côté fiscal, on a mis le paquet. Fallait bichonner les galetteux, gaffer les pactoles. C’était promis… Flouze first ! À commencer par le salaire présidentiel. Ça n’a pas traîné. Côté social, pas grand-chose, une pacotille de mesures, triturées au fil des conflits, rarement abouties, mi négociées, mi enterrées, vaguement réussies, invariablement dispendieuses.
Mais économisons nos adverbes, de nos jours c’est un fait : le pouvoir d’achat des conflits n’est plus ce qu’il était et la paix sociale se monnaye de plus en plus cher. Alors qu’importe si on creuse un peu plus la dette publique… C’est, parait-il, le prix à payer pour le fameux « retour de la confiance », nébuleux pré requis à l’enclenchement d’une supposée spirale positive qui doit nous porter, tous unis dans un élan solidaire, au firmament du bien être économique et social. Bignolles ! J’en planerais presque de joie…
 
Sauf qu’au final la ministre de l’économie vient nous expliquer benoîtement que la croissance ne dépend pas de nous, et donc, plus subtilement, d’elle. Et que l’inévitable renchérissement mondial des matières premières, agricoles et énergétiques, génère de l’inflation et rogne durablement notre pouvoir d’achat. Que c’est ainsi et qu’il faut s’y faire parce que les finances de l’état ne lui permettent plus, après déduction des cadeaux fiscaux consentis aux plus riches, de baisser taxes, notamment la TIPP, ou impôts. Pas plus qu’il ne faudrait compter sur son collègue Hortefeux pour lancer les tests ADN sur cette « inflation importée », avec reconduite à la frontière illico !
 
Plus sérieusement, la seule égalité qu’on perçoit clairement aujourd’hui c’est celle devant l’abattement… fiscal pour les plus riches et moral pour les autres.
 
Sans parler de la politique étrangère de Kéké 1er. Là, la rupture est totale. Virage sur l’aile droite, alignement dans l’axe du Bien, atlantisme toute (à quand le retour dans l’OTAN ?), discours fracassants à l’ombre de nos soi-disant valeurs universelles prétextes à des propos parfois insultants, large distribution de points de vues moraux solidement couplée à la multiplication d’accointances aussi douteuses qu’ostensibles... En peu de temps, on a réussi à se ridiculiser aux yeux du monde. L’étranger ricane… Plus inquiétant, agressions et menaces contre intérêts et ressortissants Français se multiplient. Simples coïncidences ou premiers signes du rejet d’une « certaine idée de la France Sarkozienne » dans le monde ?
 
Et le cap me direz vous ? Il n’y en a pas ! La mode n’est plus à l’action politique de fond, bâtie sur le long terme. Sarkozy ne connaît que l’urgence, la vitesse. Peu soucieux d’attendre les conséquences durables et mesurables de ses actes, il invente ses propres indicateurs, fait modifier le calcul du taux de chômage, met en place un système d’évaluation des politiques publiques… Réinvente la Méritocratie ! C’est un avocat, pas un énarque ! Sans relâche, il lui faut impressionner l’opinion, frapper les esprits, ceux de ses amis politiques comme de ses opposants, cabrioler d’un problème l’autre, planifier les surprises, les bombes médiatiques, fabriquer du neuf, de l’hyper réalité, éblouir, inventer des effets de manche, toujours plus…
 
Nul besoin de cohérence dans tout cela. Nicolas Sarkozy dirige la France en capitaine d’un navire dont il aurait confisqué le chronomètre et le compas. Qu’importe le cap et l’état du rafiot pourvu qu’il cingle ! Tant que notre président maîtrise le tempo, son quinquennat défile comme ces séries télévisées « sitcom » où le scénario s’écrit au fil de l’eau. Seule condition de succès, l’intrigue doit connaître régulièrement un nouveau rebondissement. Ainsi conditionnés, médias, opinion publique et opposition s’engourdissent. Tous se mettent peu à peu à épier le président, à guetter la saillie bouffonne, le prochain coup d’éclat… Adversaires, alliés, s’en pourlèchent d’avance… Et sur ce plan, Nicolas ne déçoit jamais ! La presse n’investigue plus, elle attend. L’opposition ne propose plus, elle critique. Sarkozy agit, les autres réagissent. Voilà bien le piège ! Et le mécanisme qu’il faut démonter.
 
Ainsi on estompe la conscience des actions en cours, on efface le souvenir des échecs, des promesses non tenues : le non à l’adhésion de la Turquie, le service minimum, le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, le pouvoir d’achat, la réduction de la dette.
Ainsi on parvient à laisser une impression sensible d’efficacité, non pas en conduisant une action politique, inévitablement obscure et ennuyeuse, faite de patience et de persévérance, mais en mettant en scène l’action présidentielle, systématiquement, sous la forme d’une suite de coups médiatiques, de succès ou présentés comme tels : libération d’otages, crédits d’urgence aux pêcheurs, grenelle de l’environnement, condamnation d’Yvan Colonna, ralliements massifs de personnalités de gauche. Infernal zapping. Le divorce d’avec Cécilia est balayé par l’idylle avec Carla. Un clou chasse l’autre !
 
Pendant ce temps, au sein du gouvernement, le fidèle Guéant assure la corvée. Il remet de l’ordre dans la macédoine de commis de quincaillerie qui tient lieu de « gouvernement d’ouverture », récupère les ministres égarés à la une des gazettes, étouffe les bourdes du quai d’Orsay et de la place Vendôme, remet les schismatiques aux ordres du taulier, démet les directeurs de cabinets confits de privilèges, règle la cacophonie de l’armada de conseillers présidentiels… C’est dur boulot ! Et bien ingrat… Sans compter les taupes en mal de maroquins qu’il faut bien caser et les barons du Cac 40 toujours plus avides des gras pâturages de la république. Et puis ces foutues municipales qui approchent, la croissance qui s’étouffe, l’inflation qui guette, la presse, l’opinion qu’il faut bien maîtriser…
 
À l’étranger, les rares observateurs du microcosme Français s’interrogent. Le cas Sarkozy étonne. On s’en amuse régulièrement à la une des tabloïds. Dans les publications plus sérieuses, on s’en irrite parfois, on commence même à manifester de l’inquiétude. Oh une petite inquiétude… À l’échelle du modèle réduit de Georges W Bush que représente Nicolas Sarkozy, même monté sur talonnettes.
 
Que faudrait-il pour basculer ? Les ingrédients d’un mélange qui pourrait devenir détonnant et conduire à l’explosion du système Sarkozy sont déjà présents. Le compte à rebours n’attend qu’un catalyseur pour s’enclencher, notamment un revers de l’UMP aux municipales… Encore faudrait-il qu’une alternative politique crédible voie le jour, autre chose que cette gauche désespérante, étendue légèrement moutonneuse de crânes vides formant une opposition faiblement luisante et très jésuitique.
 

Car la plus grande victoire de Nicolas Sarkozy, c’est bien le vide politique qu’il a su faire autour de lui et qui rend la probabilité d’un échec à sa réélection en 2012 à peu près égale à celle d’une victoire de Mimie Mathy lors de la finale du concours de dunks de la NBA. D’ici là, aussi bonne année que possible au pays de la queue qui remue le chien !

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