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De nombreuses années d'études des phénomènes féminin / politique ne m’ayant apporté aucune certitude, pas la moindre connaissance utile ou concrète, je suis bien conscient que la poursuite de mes recherches dans ces domaines n’est probablement plus motivée par l'espoir de faire avancer la science... Au delà de ce seuil, plus rien n'est sérieux. Bon vent !

Ô Dieu ! Accordez-moi la chasteté. Mais pas encore maintenant.
Saint Augustin

Samedi dernier, pendant que le collant colonel, taquine ses derniers faisans à l’ouest, en forêt de Rambouillet, notre président se fait la belle, à l’est, dans un parc familial dont il devient la principale attraction, à la barbe (à papa ?) des journalistes. Quelle cabriole, un triple lutz à en faire baver Nelson Monfort, et hop ! Dès lundi, Sarkoland ne frémit plus que de ça.
 
On connaissait déjà le Nicolas Sarkozy amateur de taupes modèles : Bernard Kouchner, Éric Besson, Jean Marie Cavada, et autres cavernicoles adeptes du changement de prairie. C’est aujourd’hui au tour de Carla Bruni d’être invitée sous les feux de la rampe présidentielle. C’est qu’elle change souvent de feux, la rampe présidentielle, en ce moment. Et puis, on se remettait à peine du ridicule de la visite du leader bédouin que nous voilà partis pour le grand numéro (je vous le fait en alexandrins) :
« Kadhafi à Paris, comme Capri c’est fini ; J’ai un bon alibye avec Carla Bruni  »
Nicolas 1er, tsar du zapping, fuit la tente à pétro-dollars pour filer chez l’oncle Picsou ! Comme enchaînement, c’est plus vertigineux que « Space Mountain »… Ça vaut le grand G8 ! Résultat, dès lundi on ne parle plus que de ça. Même le PS ne trouve rien de plus intéressant à se mettre sous la dent (qu’il a de moins en moins dure) que de polé-Mickey sur la présence fortuite des journalistes à Morne la vallée.
 
Il faut bien avouer que Nicolas Sarkozy a un penchant marqué pour les genres intermédiaires. A peine fini de touiller commerce international et politique étrangère qu’il mélange allègrement vie publique et vie privée. C’est assez gênant, ce goût ostentatoire qui sied si mal à la fonction, cette façon d’étaler tout ce qui peut passer pour un accessoire de sa réussite, de s’afficher en Fouquet’s, en Paloma, en Poutine, en Rolex, en Carla… Sans compter ce sourire béat qu'il arbore systématiquement quand il est pris en photo avec les « grands » de notre planète. Peu de leaders politiques pratiquent cela, même pas un Berlusconi au sommet de sa gloire, encore moins cet ami américain qu’il admire tant. J’ai pas fait de recherches poussées au fond des républiques bananières… Faudrait consulter un ethnologue.
 
Mais souhaitons leur bonne chance. Si j’en crois ce que le lis, Desesperate Nicolas a bien aimé Cécilia, il va adorer Carla. Ah que de féroces feuilletons et comédies bouffes en perspective ! Au fait, ont-ils déjà annoncé la date de la première escapade ? Et celle du divorce ?
 
Et réjouissons-nous, car il est venu le règne des maîtres de l'apparence et autres faiseurs de mirages. Dorénavant, pour la France de ceux qui regardent plus la télé pour gagner plus, c’est la queue qui remue le chien. La girouette qui tourne, et non plus le vent. L’actualité devient un grand kaléidoscope d’images et d’émotions, un colossal trompe l’oeil où l’on a de plus en plus de mal à discerner l’utile du futile. Les vrais sujets : politique étrangère, croissance, chômage, justice, pouvoir d’achat, sans-abri ? Inutile de les aborder sérieusement, bonnes gens, si c’est pas du scoop, ça n’intéresse plus. Tiens, je me mets au diapason de la république en six exemples et autant de pirouettes.
 
La politique étrangère ? Entre deux farces présidentielles et notre avant dernier des Mohicans de ministre des affaires étrangères qui nous déterre la hache de guerre avec l’Iran, on peut dormir sur nos deux oreilles et le scalp !
 
Le commerce extérieur de la France et la croissance ? Notre « 240 000 net annuel »-président français vole de contrats en contrats, de visite de « 3 milliards »-Kadhafi en voyages en « 5 milliards »-Chine et en « 2 milliards »-Algérie ». A présent, on vit à l’heure de la préposition chiffrée. Français, va falloir t’accoutumer à l’ivresse des contrats hyperboliques et des additions mirobolantes… Te familiariser avec la lecture des grands nombres !
 
Le chômage ? Rien à craindre ! Selon le nouvel « indicateur Bertrand », dont le mode de calcul a été récemment revu par l’INSEE pour être corrigé des variations de moral saisonnières, il baisse à chaque minute.
 
La justice ? A force de voir notre garde des sceaux se pavaner, saboulée comme Barbie, en parure Dior à la une de Paris Match, le monde entier connaîtra bientôt la France, j'entends celle de la place Vendôme, plus par ses bijoutiers-joailliers et ses maisons de haute couture que par... son ministère de la justice.
 
Le pouvoir d’achat ? Selon Madame Lagarde à vue… de nez bien sûr, les récentes mesures se traduiront par « un mois de salaire en plus ». Vous me direz, selon que l’on soit président ou ouvrier de base, la valeur du mois de salaire peut varier considérablement.
 
Les sans-abri ? Aucun souci à se faire, parole de notre inoxydable ministre du (dé ?) logement, Christine Boute-en-train !
 
Ah choux du Siam ! Je sais, c’est facile, mais de quoi se plaint-on en France ? Qu’y aurait-il de mieux à faire, en cette veille de Noël, que se pâmer devant les aventures extraordinairement romanesques de notre président, ou se féliciter des bontés en volume dont est censé nous combler son gouvernement ?
 
Bien sûr, on pourrait émettre un doute. Car l’optimisme, même sous perfusion de millions d’images, c’est pas dans la nature de l’homme. En particulier du français. Et puis ça a ses limites... Par exemple, au moment précis où le Titanic commence à s’enfoncer inexorablement dans l’océan glacé après avoir déchiré sa coque sur un iceberg au large de Terre Neuve, n’importe quel capitaine expérimenté vous le dira, réputation d’insubmersibilité ou pas, l’affaire est mal engagée pour le navire et ses passagers. Noël ou pas, ça sent le sapin. Simple question de bon sens !
 
Mais chez Nicolas Sarkozy, il n’y a aucune place pour le doute car la politique a une fonction idéale. Elle s’impose, chez celui qui pense seul détenir la connaissance du Bien et du Bon, comme une forme de rédemption. Comme l’écrivait Platon, « Aux uns, il convient par nature de goûter la philosophie et de commander dans la cité, aux autres de ne pas y toucher et de se soumettre à celui qui commande » (La république, IV).
Évidemment, cette vision platonicienne exige l’éducation forcenée d’un peuple trop souvent ignorant de l’infini bonheur qu’on lui promet. Il faut à tous les instants qu’on le forme à son intérêt, ce beuglard ! Cela réclame une maîtrise totale des médias, de l’INSEE, des partis d’opposition, du COUAC 40. C’est ça le secret ! C’est à ce prix qu’on l’optimise de force, le français moyen. À grands bouillons de vingt-heures… Qu’il en redemande… Orgies de unes de Paris Match… Déluge d’articles emphatiques… Qu’il regarde ailleurs et laisse faire son président. Voilà la vraie raison de la frénésie médiatique qu’on nous inflige.
 
Mais attention, à trop faire concourir l’univers entier à tresser son panégyrique, Nicolas Sarkozy risque de finir, un jour… sur la croix de sa propre fiction.
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Dans la République de Platon, Thrasymaque disait à Socrate « Le juste n'est rien d'autre que l'intérêt du plus fort ». Des siècles plus tard, dans notre république, ce credo est en passe de tuer le vieux proverbe « Dans le doute, abstiens-toi ».
 
Jeudi 13 novembre 2007 au soir, 7 juges ont estimé qu'Yvan Colonna avait bien participé au cambriolage de la gendarmerie de Pietrosella puis à la planification de l'assassinat, et surtout qu'il était cet homme à la perruque blonde qui abattit le préfet Erignac, à bout portant, de trois balles dans la nuque, un sinistre soir de février 1998.
 
Ce qui l'accuse ? Aucune preuve matérielle : il n'apparaît dans aucun des messages téléphoniques échangés par les membres du commando, aucune empreinte ou trace d'ADN n'a été relevée à Pietrosella ou sur la scène du crime et Marie-Ange Contart, l'unique témoin oculaire à avoir croisé le meurtrier ne l'a jamais reconnu. L'autre témoin, Joseph Colombani, a assisté à la scène d'un peu plus loin (25 mètres). Il ne le reconnaît pas non plus et affirme n'avoir vu que deux hommes et non trois comme l'accusation le prétend. Ce qui exclue la présence de Colonna.
 
Ce qui l'accuse ? Une poignée de témoignages d'hommes et de femmes qui depuis se sont rétractés et on blanchi le berger corse, même si c'est « du bout des lèvres ». Mais en quoi les témoignages qui aujourd'hui innocentent Yvan Colonna seraient-ils plus soumis à caution que ceux qui l'accusaient il y a cinq ans ? A l'inverse, en quoi un Alessandri serait-il plus crédible en accusant le berger Corse du meurtre qu'en s'accusant lui-même ?
 
Ce qui l'accuse ? Les déblatérations d'une poignée de hauts fonctionnaires mis depuis en examen ou à la retraite, patrons de gendarmerie et autres barbouzes pathétiques, irresponsables et barbares représentants d'un Etat Français qui depuis trop longtemps n'a trouvé d'autre voie en Corse que celle du pourrissement, du renvoi dos à dos et du dressage d'une partie des Français contre l'autre, dans l'île comme sur le continent. Une caricature de politique qui prêterait à rire et sourire... en d'autres circonstances. Et si elle n'était pas menée à la fois contre l'intérêt des Français et contre le gré des Corses.
 
Ce qui l'accuse ? L'intime conviction de 7 magistrats professionnels dont l'indépendance avait été mise en cause avant même le procès (Yvan Colonna déjà condamné ?). Une instruction intégralement menée à charge, bâclée au petit malheur la chance, un simulacre de justice compassionnelle, l'exploitation systématique du haut-le-coeur inspiré par la lâcheté et l'atrocité du crime et de la sympathie pour le juste malheur de la veuve, une savante mise en scène de l'horreur et du chagrin. Des mois passés à souffler sur les braises du dégoût et de la pitié pour sacrifier Colonna sur le bûcher de l'émotion publique. Mince ! D'indignation, j'en virerai presque Guaino.
 
Ce qui l'accuse ? Plus que tout ! L'intime conviction (elle n'a pas varié au fil du temps) de ce ministre de l'intérieur qui se félicitait à l'époque de l'arrestation de « l'assassin du préfet Erignac », au mépris de la plus élémentaire présomption d'innocence. En somme, la rancœur tenace d'un homme auquel rien ne saurait résister et qui depuis a fait son chemin.
 
Que nous reste-t-il aujourd'hui ? Des empreintes digitales non identifiées, des doutes sur la participation d'un autre homme que personne ne cherchera plus jamais, une enquête close entre affaire malentendue et satisfaction du déboire accompli, une possible révolte, une nouvelle flambée de violence dans l'île, la douleur des familles, des proches d'Erignac et de Colonna.
 
Ah mais j'allais oublier ! Il nous reste la satisfaction d'un président qui voit son postulat confirmé, 5 ans plus tard, par une justice docile. Et quelle justice ! Mais que notre garde des sceaux continue à se pavaner, saboulée comme Barbie, en parure Dior à la une de Paris Match.
Si son expérience est trop courte pour compter Dreyfus au nombre de ses références, sa nationalité, elle, est suffisamment fraîche pour qu'on l'exhibe comme le symbole étincelant d'une intégration réussie... Notamment aux yeux de familles de Seine Saint Denis dont un quart vit avec moins de 845 Euros par mois ( Approches de la pauvreté en Île-de-France, Insee et Caisses d'allocations familiales d'Ile-de-France, janvier 2007).
 
Merci Rachida car grâce à vous, le monde entier connaîtra bientôt la France, j'entends celle de la place Vendôme, plus par ses bijoutiers-joailliers, maisons de haute couture et autres hôtels de luxe, que par... son ministère de la justice.
 
En notre royaume aussi, sous les dorures de la république, il y a quelque chose de pourri. Ses dirigeants sont impudents et sa justice est pauvre.
 
Rien ne peut justifier un acte aussi ignoble que l'assassinat de Claude Erignac. Devons-nous pour autant accepter cette mascarade de justice ponctuée par un verdict incompréhensible dont nul ne saurait affirmer qu'il venge la mort du préfet de la république, ni même qu'il honore la mémoire de l'homme ? Fallait-il, pour raison d'état ou tout autre moins avouable, condamner Yvan Colonna, sans sourciller... au bénéfice du doute ?
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Au printemps, le candidat Sarkozy avait tonitrué qu’il placerait les droits de l’homme au coeur de la diplomatie française. Dès l’automne, le président Sarkozy s’exhibe en danseuse du ventre devant les plus improbables démocrates de la planète : Idriss Deby, Hugo Chavez, Vladimir Poutine ou Moammar Kadhafi, sacrifiant sans vergogne les droits de l’homme sur l’autel des contrats juteux. Bigre ! Quel grand écart ! Peut-on dire son étonnement ? Critiquer un chouilla ?
 
 
Force est de constater que, depuis la rentrée, notre président va d’accès de docilité en soudaines crises d’affection et de prodigalité envers des énergumènes qui sont à la démocratie ce qu’Homer Simpson est à la pensée philosophique et à la spiritualité réunies. Lambeaux choisis : ses déclarations choquantes à propos de Taiwan et du Tibet lors de sa récente tribulation en Chine, ses félicitations aussi éclairs qu’incongrues au camarade Poutine, ses marques d’amitié déplacées au président Tchadien Idriss Deby et, dernier méchoui en date, l’accueil somptueux qu’il réserve à Mouammar Kadhafi, ce parangon des droits de l’homme et de la liberté.
 
Comprenez moi, je ne recherche pas le sarKasme. Qu’on entretienne des relations diplomatiques et commerciales avec la Chine, la Russie ou la Libye est tout à fait naturel et indispensable, de même qu’il est normal qu’on reçoive les leaders de ces pays et qu’on cherche à leur vendre nos technologies nucléaires, nos Airbus, nos missiles et pourquoi pas, sur un malentendu, leur fourguer notre « diorisée » barde des sceaux et nos Rafales en paquets Bonux. Le pragmatisme commercial et les contrats d’état, notamment d’armement, ont toujours existé. Les grands contrats civils aussi : Total a des exploitations en Birmanie et Renault produit ses Tondar en Iran. Déjà qu’on fait pas bezef de business, alors s’il ne fallait en faire qu’avec de pures démocraties, on n’irait pas loin.
 
Mais pour conclure ces mirobolantes affaires, avons nous réellement besoin, nous la France des droits de l’homme, d’entrelarder ainsi business et politique, d’abonder publiquement dans le sens des pires travers, d’encourager les perversions ou, plus simplement, de dérouler systématiquement le tapis rouge de la République, y compris quand ce n’est pas strictement nécessaire ? Sommes-nous si sûrs d’y faire progresser l’humanisme ou, plus benoîtement, d’y avoir, au bout du compte, quelque chose à gagner, en image ou en euros ? Ou ne sommes nous au fond que les dindons d’une farce que nous organisons ?
 
Ce grand barnum (ouf ! il s’achève) masquerait-il un manque de confiance en nos capacités commerciales ? Ou provient-il d’un indéfectible penchant franchouillard pour le mélange des genres, le tripotage, la carambouille ?
L’Allemagne, par exemple, s’efforce de faire une nette distinction entre politique étrangère et commerce international. Cela ne l’empêche pas d’avoir une balance du commerce extérieur infiniment plus excédentaire que celle de la France et de signer plus de contrats civils que nous en Chine, en Russie et en Libye, sans pour autant s’abaisser à de telles pantalonnades.
 
On nous dit qu’on aurait un besoin impérieux du leader bédouin pour ce fumeux projet d’Union méditerranéenne, si cher au président Français, et qui n’a suscité jusqu’ici que des réactions allant de l’intérêt poli jusqu’au refus, notamment celui des italiens dont le ministre des affaires étrangères, Massimo d'Alema, a déclaré qu’« il n'en voulait pas ».
Certes, en Afrique Kadhafi est un leader politique et spirituel. Un guide écouté, adulé, vénéré. C’est indéniable. Depuis des années il s’est payé de grands pans de ce continent avec ses pétro dollars, au point d’y devenir incontournable. Mais celui qui se présente, avec un certain réalisme, comme le chef des États-Unis d’Afrique acceptera t-il le jeu d’une coopération privilégiée avec l’Europe ? S’engagera-t-il dans la lutte contre le terrorisme ? Tournera t-il le dos, si nécessaire, aux Chinois ? Non ! Il est bien trop retors pour cela et n’a de cesse de le prouver.
 
Aujourd’hui, quand j’entends notre leader Minimo fustiger les « donneurs de leçons », je me demande qui sont vraiment ces scolopendres ? Ceux qui pensent que le grand barnum actuel est déplacé ? Ceux qui, y compris à l’UMP, l’avouent publiquement ? Ceux qui, y compris de droite, désertent le palais Bourbon en pleine journée des droits de l’homme, lieu et date symboliques s’il en est, au motif que le « Frère Guide de la Grande Jamahirya Libyenne » y est officiellement invité à dégoiser son fiel ?
Ou bien ceux pour qui la « bonne » dissémination nucléaire vaudrait pour la Libye, l’Algérie, le Maroc, bientôt l’Arabie Saoudite mais pas pour l’Iran ? Ceux qui nous serinent que la Libye a entamé son « coming out » diplomatique, rompu avec le terrorisme… alors que son gériatre despote vient de justifier ce même terrorisme au sommet Europe-Afrique de Lisbonne, il y a moins d’une semaine ? Chassez le naturel, il revient à dos de chameau. Et on devrait l’absoudre de cette boutade de bédouin ? Comme ça ? Avaler sans piper mot toutes les boulettes du couscous libyen ?
Tiens ! Je préfère l’attitude de premier ministre britannique, Gordon Brown, qui a boycotté ce même sommet pour protester contre la présence du dictateur zimbabwéen Robert Mugabe. Je sais que leur sous sol regorge pas de pétrole mais j’y vois comme une esquisse de concret, un parfum d’éthique… Si loin du nauséabond cloaque diplomatique français…
 
On nous répète à l’envi qu’il est honteux de vouloir négocier avec l’Iran, qu’il ne saurait être question d’encourager, comme pour la Libye, tout « retour à la respectabilité sur la scène internationale ». Que c’est ignominieux ! Que la seule attitude possible (au moins jusqu’à ce que l’oncle Sam nous donne le signal contraire) est de les menacer des pires sanctions commerciales ? Les embargoter à fond, les nettoyer au Kouchner, les bombyciner de toute notre vacuité… Les neutroner, les Charles-de-gaulliser s’ils osent résister.
Ah la subtile diplomatie française aussi prompte à dénoncer l’Iran et ses Mollahs qu’à encenser la Libye et son guide… Des mots là, des maux là... Comme un dégoût, une envie de vomir aux commissures !
 
Tandis que Kadhafi… Faut lui faire le poirier, la totale, se pâmer… Les contrâââts ! Mouammâââr ! 10 milliâââârds ! Mille tagines ! Personne ne vérifie le montant. Finalement ce serait plutôt 3 milliards… en promesses et nous verrons bien ce qui sera réellement honoré. Qu’importe, ce ne sont que des chiffres… des symboles jetés à la face de Madame Michu. Qu’elle gobe tout ! Qu’elle se prosterne… S’époustoufle ! Qu’on lèche tous, obligés et éblouis, les babouches de Momo, stylo Mont Blanc fumant en main, prodiguant ses largesses sous tente bédouine grand luxe plantée dans le parc de l'Hôtel de Marigny.
Moi, j’aurais préféré quai de Valmy, mais pour cet hôte distingué rien n’est trop beau : tribune officielle à l’assemblée nationale, à l’Unesco, interview au JT de France2, partie de chasse à Rambouillet, cinq avions et une délégation de 400 personnes dont 40 amazones gardes du corps et une brochette de boys. Ça fait cher la merguez, fut-elle nucléaire ! Au fait, combien ?
 
Entre deux visites en immaculée berline King size à faire pâlir d’envie un rappeur US, le libidineux libyen profite à plein de 6 jours d’honneurs, d’ors, de fastes et de chameau grillé… A nos frais ! Comble d’ingratitude, il roule en Mercedes sortie des usines de ces mêmes allemands qui le repoussent.
Et au passage, tripoli pour être honnête, il s’essuie copieusement les babouches sur la « France paillasson » : il nie avoir abordé la question des droits de l’homme avec Sarkozy alors que ce dernier prétend le contraire (c’est bizarre comme c’est toujours un problème de situer précisément la vérité quand on a le sentiment d’avoir affaire à… deux manipulateurs).
Pis, il éructe qu’avant de parler de droits de l’homme nous ferions mieux de « vérifier que les immigrés bénéficient chez nous de ces droits » ajoutant en s’associant à ses frères Africains « nous sommes envoyés dans les banlieues et nos droits sont violés par les forces de police ». Bignolles ! Il est venu nous donner des leçons de démocratie, l’impayable bédouin. Et que dire de son discours sur la condition féminine. Un monument ! Mais qu’attendait donc Brice de Nice Hortefeux pour aller ramasser cet Ubu sous sa tente et le mettre dans le premier charter ? Et sans test ADN !
 
Pour conclure, je voudrais revenir à des choses simples. Loin de moi l’idée de donner des leçons, mais tout de même, le colonel Kadhafi, il est à peu près aussi humain et démocrate qu’une poule vole. Avec ce genre de volatile, toute tentative d’élévation est vouée à l’échec, on le sait, il finit toujours par repiquer dare du bec dans sa fiente ordinaire. Le seul moyen pour qu’il grimpe de quelques centimètres sur l’échelle humanitaire, c’est de faire comme les américains, lui mettre un coup formidable dans le pot… Avec piqûres de rappel à intervalles réguliers. Ah ! on l’entendait plus blatérer le Mouammar. Et depuis des années.
Pourquoi il comprend pas ça, Nicolas Sarkozy, lui si prompt à prêcher que « ce qui a fait bouger l'Iran jusqu'à présent, ce sont les sanctions et la fermeté ». C’est comme pour la poule… Y avait pas un sou d’urgence à l’en sortir, de son désert, à le miroboler, à le confire en délices. Il a profité de la tribune qu’on lui offrait pour renforcer son image de « défenseur du peuple Africain opprimé »… En Afrique, comme dans nos banlieues, il devient une star, le symbole de la résistance à l’oppresseur, le nouveau « Che Guevara ».
Ah la belle farce dont nous sommes les dindons. Et il reviendra, nous dit-on, à Marseille l’été prochain… C’est aujourd’hui qu’il faut dire non. Basta Kadhafi ! Pas pour une autre mascarade de diplomatie d’en bas. Encore moins au nom des droits de l’homme… d’affaires.
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Après Chavez, récemment éconduit par le président Uribe, Nicolas Sarkozy est appelé par le gouvernement Colombien et les Farc à la table de négociation. Dans cette version moderne d’on «délivre de la jungle», notre Mowgli national, le têtu «petit d’homme», peut craindre des dangers plus redoutables que la mâchoire acérée de Dominique Shere Khan, le regard hypnotiseur de Ségolène Kaa ou le coup de griffe du débonnaire ours Bayroo.
 
Mine de rien, de Neuilly à Bogota et à défaut de celle du pouvoir d’achat, notre omni président est en train de se faire une spécialité de la libération d’otages. Après les bambins de la maternelle de Neuilly, les infirmières bulgares en Libye, quelques aventuriers d’une arche perdue (et parfaitement oubliée depuis) au Tchad, c’est au tour d’Ingrid Betancourt en Colombie.

 

Toutefois, cette dernière opération n’est pas sans risques. J’en vois principalement deux.

 

Tout d’abord, négocier avec les Farc peut s’avérer plus ardu que faire dérailler l’ersatz de guérilla marxiste qui avait récemment pris en otages 60 millions de Français. Les Farc ne sont ni l’armée enterrée de Xian, ni Sud Rail (de coke ?), pas plus que leur chef Manuel Marulanda Vélez, alias Tirofijo « Tir précis », ne passe pour le leucoderme et barbu cousin d’Idriss Déby ou de Bernard Thibault.

 

Sans parler des difficultés techniques dont la moindre n’est pas de savoir comment convoyer, au cœur d’une jungle aussi profonde qu’inhospitalière, le contenu de deux Airbus de plumitifs inféodés, troubadours en mal de reconnaissance et autres ministres en rupture de ban qui, depuis six mois, collent aux basques du président comme la déprime à la France d’en bas.

 

Second point, loin de moi l’idée d’être bassement chafouin, mais il faudrait qu’un minimum d’éthique préside à cette négociation.

 

L’idée même de s’y associer ne constitue-t-elle pas une justification, une reconnaissance des Farc ? Ils souhaitent la présence de Nicolas Sarkozy. Le Monde révèle aujourd’hui qu’un « commandant des Farc, Ivan Marquez, avait insisté, le 1er décembre, sur le rôle très important du président français dans la suite à donner aux négociations ».

 

Et comment ne pas s’inquiéter quand Rodrigo Granda, considéré comme le n° 2 des Farc et libéré en juin 2007 par le président colombien Alvaro Uribe à la demande expresse de son homologue français, déclare dans Libération « Pour Sarkozy, nous sommes un mouvement de libération » ? Lire également à ce sujet un autre entretien accordé au Monde diplomatique.

 

Même les causes les plus nobles peuvent être avilies au nom du pragmatisme, de l’obsession du résultat ou à des fins de coup médiatique. Pour preuve, ce récent voyage présidentiel au Tchad, du reste parfaitement inutile, et les marques de gratitude déplacées voire obscènes d’un président français déclarant « le président tchadien Idriss Déby Itno peut compter sur ma reconnaissance et mon amitié » et autres réjouissants « Merci, cher Idriss, pour ta collaboration ».

 

La fin justifie-t-elle toujours les moyens ? Le barnum médiatique autour d'une négociation vaut-il plus qu'une négociation secrète ? Idriss Déby reste un dictateur sanguinaire. Et rappelons tout de même que les Farc sont qualifiées d’organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne. Que leur pain quotidien est fait de prise d’otages (2 000 estimés, la plupart « économiques » dont plus de 300 enfants et 56 « politiques » dont Ingrid Betancourt), d’extorsion de fonds, de soutien au marché de la drogue, sans compter les dizaines de milliers d’assassinats.

 

A force d’impeccables succès diplomatiques et de nobles ingérences, étalés de JT de 20H en JT de 20H, il ne faudrait pas qu’on finisse un jour officiellement plus copains que cochons avec la crème des tyrans et des assassins de la planète.

 

Voilà pour moi les deux dangers qui guettent le président français. Ils ne sont au fond que la résultante de deux originalités de l’homme :
- son entrain vibrionnant : ce besoin vital d’aller sur le terrain, d’en découdre partout où ça barde, cette soif d’immédiat, cet appel systématique à l'émotion quitte à mettre en scène le malheur, ce parti pris de transes absolument médiatiques que je trouve personnellement grotesque ;
- son obsession de « réussir » : il y concentre toute son énergie au prix d’un « équilibre fragile » entre héros de Nietzsche (pour la volonté de puissance) et Faust (pour la tentation, le pacte avec Satan).

 

Tiens ! Je risque une suggestion... Plutôt que d’y aller lui-même, pourquoi ne pas y envoyer une délégation française, composée de pointures endurcies au mal telles l’abbé Denis Gautier-Sauvagnac et son élixir à fluidifier les relations, l’« idiot » présidentiel David Martinon, accompagnés par exemple de Didier Barbelivien, Mireille Mathieu ou tout autre arme de destruction massive de la culture française ? Une telle brochette me paraît indiscutablement apte à faire libérer les otages voire, si Dieu veut, à vendre un ou deux rafales aux Farc, en prime.

 

Mais j’entends ça et là, au détour de blogs subversifs, certaines mauvaises langues avancer qu’il n’y aurait pas que des inconvénients si l’affaire venait à tourner vinaigre et si Nicolas et le contenu des Airbus qu’il remorque (j’espère qu’on préviendra Alain Delon assez à l’avance pour qu’il se joigne à l’expédition) restaient prisonniers de la forêt colombienne. Disons jusqu’en juin 2012.

 

A l’idée d’une telle éventualité (à défaut de faire une consommation immodérée des végétaux psychotropes dont la Colombie nous inonde, on peut toujours rêver), je me permets de conseiller à ceux qui seraient du voyage d’emporter avec eux le « Manuel des Castors Juniors ». Cette formidable encyclopédie est aussi essentielle à la survie en jungle subtropicale que jogging et cagoule le sont à celle en banlieue parisienne. Il pourront ainsi, au fil de longues années de captivité végétative, y puiser ces mille et une astuces fort utiles à l’otage retenu en centre Colombie, et notamment comment construire un piège à mygale avec une boîte de camembert, un trombone et une pompe à vélo ou encore terrasser le guérillero le plus féroce en lui donnant à choisir entre la lecture des œuvres complètes d’Henri Guaino et celle du mini-traité simplifié européen.

 

Nul doute que leur libération n’en serait que facilitée, sachant qu’il serait parfaitement illusoire pour eux de compter sur la diligence de leurs successeurs en France (n’est-ce pas Dominique ?), sur l’émotion des mélomanes et cinéphiles, ou plus simplement sur la compassion du Français moyen, miné qu’il est par des soucis plus concrets tels l’échéance du prochain tiers prévisionnel, la note de gaz ou le futur nominé de Nouvelle star.

 

Le mieux, à tout bien réfléchir, serait de refuser cette « bizarre » invitation qui passerait par ailleurs pour une incongruité diplomatique si elle était faite au président américain ou à la chancelière allemande. D'arrêter d'étaler tout cela à plein médias. D'une part, je pense que c'est improductif.  D'autre part, cela éviterait que la France ne se transforme un jour... en dindon de la Farc.

 

Sources
Wikipédia
Le site official des Farc (en espagnol)
Entretien avec Granda (Libération)
Entretien avec Granda (Le Monde diplomatique)
Office of Counterterrorism
Décision du Conseil du 21 décembre 2005 dans le cadre de la lutte contre le terrorisme

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