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De nombreuses années d'études des phénomènes féminin / politique ne m’ayant apporté aucune certitude, pas la moindre connaissance utile ou concrète, je suis bien conscient que la poursuite de mes recherches dans ces domaines n’est probablement plus motivée par l'espoir de faire avancer la science... Au delà de ce seuil, plus rien n'est sérieux. Bon vent !

Ô Dieu ! Accordez-moi la chasteté. Mais pas encore maintenant.
Saint Augustin

Jeudi 25 octobre 2007
J’aimerais vous raconter une courte histoire survenue à un de mes amis.
 
« Marc habitait avec sa fille Sophie un modeste pavillon, accolé à un minuscule jardin où ne consentaient à pousser qu’herbes folles, et bien péniblement, comme à contrecoeur, au bout des banlieues sales et de leurs fumées grises.
 
Un jour, ils apprirent que la tante de Sophie, une personne très riche qu’ils ne voyaient jamais, était sur le point de mourir. Et ce même jour, le jardin donna une fleur, unique, fragile dans la rosée du matin. Pensant que c’était un signe, ils coupèrent cette petite fleur et partirent l’offrir à la vieille tante.
 
Arrivés chez elle, ils découvrirent une profusion de fleurs magnifiques et rares, expédiées par des gens riches, un luxe de compositions rivalisant d’éclat, de splendeur, de parfums et de couleurs. Quand ils s’approchèrent de son lit, la vieille tante, au seuil des ténèbres, les remercia pour leur visite mais elle ne prit même pas la peine de regarder l’enfant et la pauvre fleur tendue vers elle d’une main tremblante.
 
Marc et Sophie repartirent anéantis, l'âme retournée, comme si leurs cœurs s’étaient abîmés pour toujours au fond d’un gouffre vertigineux et glacé. »
 
Si cette histoire, inventée de toutes pièces par un parfait inconnu, vous touche, ne serait ce qu’un iota, si vous pouvez y croire une seconde, vous êtes au cœur de la cible électorale de Nicolas Sarkozy, expert en « gouvernance émotionnelle », en lettres de Guy Môquet, et président, au bas mot, pour 10 ans.
par Argo publié dans : 3615 code j'en peux plus
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Lundi 22 octobre 2007
Bouleversement de la nature, phénomènes terrifiants, été pourri, scandales, grèves, divorce… Autant de signes avant-coureurs de la catastrophe… Comme le canevas incohérent et sournois d’une descente aux enfers… En 68, sous les pavés, on revendiquait la plage. Aujourd’hui, sous l’action politique, sur vitaminée, surmédiatisée, en surcharge émotive permanente, on implore les valeurs.
 
En guise d'apéritifs, quelques scandales épars. EADS et l’honorable Caisse des Dépôts (de vin ?) qui soutient les cours en achetant pile poil au moment où l’actionnaire initié se débine et revend. Histoire pour ce dernier de ne pas y laisser trop de plumes avant que les déboires de l’oiseau 380 ne se crashent sur le tarmac public. Malédiction ! L’UIMM ensuite, cette caricature de financement des syndicats par le patronat. Comment fluidifier les relations sociales ? Avec du liquide, bien entendu, et le dernier élixir en date, la jouvence de l’abbé Gautier-Sauvagnac, médicament à base d’extraits de planche à billets, utilisé dans le traitement symptomatique des troubles en rapport avec une mauvaise fluidité sociale. Bigres ! Les syndicats seraient-ils financés par le Medef ? Bis male dictat !
EADS, connivence de l’état et du patronat. UIMM, collusion du patronat et des syndicats. Quelle tournante ! Quel machiavélique trépied. Et si tout le bazar était du même bois, de la même essence de système, rien que des pseudo petits meurtres entre amis, sur notre dos ? A qui faire confiance ?
 
L’opinion flotte, il faut vite la rassurer. Diaprer les mirages populaires, prévenir les incertitudes de masse… Primo, pour EADS, désolé pour l’aéro petit porteur d’actions mais l’état ne savait rien. On enquête, et on charge les bannis autant que possible. Pan sur Villepin ! Secundo, pour l’UIMM, métal hurlant ou pas, désolé le Medef n’a rien entendu. On enquête sur une initiative perso de l’abbé Sauvagnac, porteur de valises et lampiste en second du Medef. Au bal des métallos, lui seul trinquera, avec la bénédiction de son ennemie jurée de N°1 du Medef, Laurence Parisot… Ben voyons ! Et subtil tertio, preuve ultime que le système n’est pas pourri et que la démocratie fonctionne, on favorise quelques mouvements sociaux. Point d’orgue de l’exonération des élites ! Sentir que le patronat, l’état et les syndicats ferraillent âprement, ça rassure le citoyen lambda et plus exactement epsilon. Ca fait aussi grand flop de la jouvence de l’abbé Gautier-Sauvagnac, pourtant recommandée en cas de troubles de la circulation et ses diverses manifestations associées. Du coup, son efficacité thérapeutique devient sujette à caution (entre autres bancaire), comme chacun d’entre nous a pu le constater à ses dépens lors des récentes grèves de transports. Ouf ! Un peu de marche à pied et on respire. On est prêts à abandonner l’idée de sombre collusion (le terme intelligence serait exagéré) entre dirigeants politiques, patrons et responsables syndicaux. Prêts à croire de nouveau très fort au fameux combat des bons contre les méchants, des cow-boys contre les indiens… De la droite contre la gauche ? Non, quand même pas… Avec tous ces socialistes appelés aux gamelles par Nicolas.
 
Ensuite, en pleine semaine du (bon ?) goût on a eu droit à l’effilochée de duo présidentiel sur abondant lit de choux gras. Divorce officiel ! La presse entière s’affriole… Les instituts s’affairent aux sondages : 89% des Français (selon une opportune enquête Ifop réalisée les 18 et 19 octobre) estiment que la séparation du couple présidentiel est une affaire privée. Gazettes ! Ca ne regarde qu’eux mais on ne parle que de cela. En unes et à l’unisson. Une fois de plus, on blâme la pipolisation des hommes politiques, Sarkozy, Hollande, Strauss Kahn... On reprend l’opinion en main. Qu’en tous lieux résonnent les cris de vierges effarouchées d’infinies dérives... « Foutez lui la paix », brament-elles éperdument.
 
Mais crénom c’est l’inverse ! C’est le politique qui s’invite dans la sphère privée. Giscard, Mitterrand, Chirac, chacun leurs frasques, en avaient autant à revendre à la « presse pipole »… Sinon plus ! Infidélités conjugales, croisement de laitiers de retour au bercail, adultères en séries, maîtresse et fille cachée, le tout impeccablement entretenu à nos grands frais… Et ils sont restés à leur place. Eux ! Dissolus certes, mais absolus censeurs de leurs propres mœurs, mythiques et frais de bouches cousues, loin des jugements affectifs de la plèbe… Et tout à fait solidement mariés… Aujourd’hui, une nouvelle mode voit le jour. Nos dirigeants organisent l’étalage de leurs vies privées. « Et si, au lieu de leur révéler ce qu'ils attendent, nous les épouvantions par un infâme déballage de nos stupres » (Arnoux, Solde, 1958). Délibérément ! Dans le seul but d’envahir nos affects. Le plus inquiétant dans ce fait d’automne, ce n’est pas le divorce d’un président. C’est un détail et son affaire. Le plus inquiétant, c’est le mariage du privé et du public, et au-delà l’émotion érigée en mode de gouvernance. Compassion pour un couple qui se déchire… Peur du nucléaire Iranien (le même sentiment qui avait permis à l’administration Bush de vendre « sa guerre contre le terrorisme » et l’invasion de l’Irak, suite aux attentats du 11 septembre)… Joie d’une victoire en coupe du monde de rugby… Tristesse d’un enfant de 17 ans qui écrit une dernière fois à ses proches avant de mourir… Le tout parfaitement orchestré, médiatisé. Emotion, bille en tête, avant raison, toujours… « Gouvernance affective », systématique, insidieuse et tellement plus efficace que mille concepts éculés liés au clivage gauche droite…Rassembler plus large. Et encore plus large !
 
Oui, bien sûr, tout ça c’est émouvant comme douce lecture de lettre de Guy Môquet, sanglots longs et feuilles mortes, devant nos chères têtes blondes, attentives dans le petit matin brumeux d’une cour d’école moirée, fraîchement parée aux fauves couleurs de l’automne. J’en suis bouleversifié jusqu’à la Saint Maclou ! Mais c’est aussi bien fragile, du grand mélange de genres, de l’émulsion hautement instable, du périlleux équilibre sur très ténu fil de Marianne. Pour preuve les tests ADN, premier couac, la charge émotive s’est retournée contre le gouvernement.
 
Mais que la réforme des régimes spéciaux finisse en palinodie à la turque (selon un fameux revirement présidentiel sur le sujet ou les lieux d’aisance, choisissez ce qui vous convient le mieux)… Ajoutez quelques noyaux d’olives du même tonneau. Une ou deux déceptions sous forme de réformes avortées ou vidées de leur sens (elles ne manquent pas). Secouez. Et c’en serait fini des supports. Sueurs… Fièvres… Apostasie de Nicolas par tous les pores… Baudruches ceux qui ont voté comme il fallait (pour celui qui a été élu) ou lui ont vendu leur âme et à défaut, plus communément, leurs convictions, leur presse… Politicailleurs madrés… Pschitt ! Petits et grands mandarins… Pschitt ! Chatoyants sponsors… Pschitt ! Folliculaires stipendiés… Pschitt ! Spumes ! Cabriolez pontifes, Manitou explose en plein orgasme avec sa seule et véritable maîtresse, le « Pouvoir ». Epectase de l’omni-président… Plus fort que son confrère Félix Faure qui selon le mot subtil de Clemenceau « voulut être César et termina Pompée », mort, à 58 ans, en plein acte, dans la bouche de sa rousse maîtresse.
 
Alors ? Après le sacre, le divorce présidentiel comme prélude à une descente aux enfers ? Tels Napoléon et sa Joséphine. Le début de la fin ? Sauve qui peut ministres… Courage, Fillon ! Retour du succube Ségolène et de l'incube François (Fillon ou Hollande come il vous plaira), démons mineurs composant l’épouvantable avant-garde des légions infernales… Suivis de l’archange Dominique, qui rêve toujours d’être calife à la place du calife et n’en finit plus d’astiquer ses cuivres… Casseroles aujourd’hui et trompettes demain ! Confusion et vengeance… Babylone et Jéricho ! Ah, s’il pouvait lui faire boire le calice au président du pays des merveilles… Cinq petites années et hop, adieu féeries ! Exit Lewis Caroll… Bouquet… Final ! Je délire, mélange tout… C’est l’émotion ! L’apocalypse selon Saint Nicolas.
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Jeudi 18 octobre 2007
A peine rentré en France, remis du décalage, horreur ! On n’entend qu’une clameur, immense, la même assertion « On voit que Sarkozy », ponctuée, selon la tendance politique, par « Trop c’est trop » ou « Laissez le tranquille ». L’heure est à la fermentation, au réchauffement des esprits. Mais on peut quand même pas lui fixer un quota d’émissions, comme pour le CO2. Plus de six Français sur dix estiment que les médias sont dépendants du pouvoir politique, selon un sondage LH2 publié dans l'édition de mardi de Libération. Mazette ! Mais alors, comment ça marche l’information de nos jours ? Tiens, deux exemples.
 
25 septembre 2007, Sarkozy est à l’ONU. En septembre, la France préside le conseil de sécurité. Nicolas est venu chercher l’exploit médiatique. Il a concocté un formidable discours appelant les Nations Unies à fonder un « nouvel ordre mondial », un « New Deal écologique et économique ». Rien que ça ! Un morceau de bravoure politique. Kennedy et Villepin vont en faire la ola du fond de leur tombe. Comment ça ! Il est pas mort Villepin ? Chapeau, il a sa place dans la grotte, à Lourdes… Ou dans 5 ans, à l’Elysée.
Au passage, Nicolas demande qu’on modifie le calendrier des votes de l’ONU, et en particulier celui de la résolution sur l’envoi de forces Européennes au Tchad et en Centrafrique. Il préfère que ce vote ait lieu lors de la séance qu’il doit présider, l’après midi du 25, en point d’orgue à son discours. Refus catégorique des chefs d’états africains. Ils œuvrent à cette résolution depuis des mois et ne tiennent pas à ce que le chef d’état Français s’en attribue le mérite. Hors de question pour eux de contribuer à tresser la couronne médiatique Sarkozienne. L’ONU c’est pas TF1. Ils ont gain de cause, la résolution passe finalement en matinée du 25, à l’unanimité, comme prévu, discrètement.
L’incident gâche un peu le mirifique discours du président Français, l’accueil est frais. Suite à ça, sa majesté Nicolas 1er décide de faire interdire aux journalistes étrangers l’accès à la conférence de presse qu’il donne. Quand on vient d’asséner en séance « l’ONU est le seul lieu au monde où tous peuvent se parler », ce genre d’agissement prête au minimum à sourire.
On demande son passeport à une journaliste libanaise publiant en Français. Pas Française, circulez ! Tollé général des organes de presse (indépendants)… Cris de silex sur les couteaux. Plainte officielle de l'association des correspondants des Nations unies auprès du bureau du premier secrétaire. Depuis la création de l’ONU, c’est une première. Jamais aucun chef d’état n’avait osé, pas même Bush. Le chef de la diplomatie Française se fait réprimander vertement mais rien n’y fait. Tous tricards… Embargo sur la conférence, French media only ! Haro sur la presse étrangère. La France est un état souverain. Na !
 
Rentré en France, je cherche la trace de cet incident dans nos indépendantes gazettes. Rien ! Ou si peu… Je perplexe. La télévision ? Encore moins ! Pas un écho de la calapiteuse campagne Onusienne. Quelques papiers élogieux… Des épîtres courtisanes par tout le royaume franc, à droite, à gauche, tous bien pions d’un même système, flatteurs accrédités, flagornants à pleins tubes cathodiques... Relents de berlusconisation ? Beurk !
 
Jeudi 18 octobre 2007, nouvel épisode du feuilleton « Starko Trek »… La masse moutonnière des espèces les moins évoluées (dont je fais partie) erre à pied dans le vide, annoncé intersidéral, des transports en communs. Résultat, on est des milliers à se grumeler devant les bornes de vélibs pour aller au boulib. Ca sent le pavé, l’émeute à fleur de bitume, le métro bondé. Nos biles par toutes fistules… On aura bien droit aux sévices publics… Promis ! Et pas qu’au minimum… Déséquilib de vélibs (vivement les pédalibs sur la Seine)… Ballades à cors et à cris ! Le pied ! Alors une fois n’est pas coutume, j’aurais bien aimé que le capitaine (Sar)Kirk se fasse téléporter devant l’objectif de la une ou sur toute autre chaîne de son choix… Qu’il nous explique la mirobolante portée de sa « loi sur le service minimum », ce qui va changer le 1er janvier prochain, concrètement, pour les couillons qui se trimbalent encore sans escorte de limousines et foison de motards. C’est là qu’on devrait le voir, l’ancien ministre de la communication. Qu’il nous rassure que c’est bien le dernier cataclysme, en octobre… La dernière séance, comme disait Eddy. Sans nous prendre évidemment pour la moitié… d’un Klingon.
 
A moins, évidemment, que j’aie pas tout compris… Qu’au Grenelle de l’environnement, une haute autorité fraîchement constituée n’ait décidé de lutter contre l’effet de serre (vices)… Avec une petite journée citoyenne, pile poil le 18 octobre. Histoire d’enquiquiner l’usager de régies autonomes en l’envoyant trimarder, goguenard ou grognon, le long des voies publiques. Histoire aussi de redonner le goût de bouchon aux automobilistes, l’amertume de fond de baril à 86 dollars et bientôt 100. Que se charreter devienne un luxe. Un impôt somptuaire, pas moins ! Qu’on amasse un petit grumeau de rancoeur contre le bureau des autobus et ses bénéficiaires de régimes spéciaux. Le tout bien médiatisé, ça peut servir pour plus tard. C’est tout bénef pour la politique volontariste de « not’président pour 10 ans »… Ah le secret fripon ! Ben voyons ! Moi j’en aurais bien une de suggestion pour l’environnement. Une modeste, petite flûte, à mon niveau… Qu’on construise une éolienne sur le toit de l’Elysée. Avec ce qu’on brasse comme air en dessous, ça devrait suffire à alimenter le quartier en électricité pour l’année.
 
Laissons le temps au taon qu’on nous assène depuis 5 mois… Je veux bien, mais à force ça finit par faire mal. Alors, quoi faire ? Une marche silencieuse entre mon domicile et le boulot jeudi ? Brûler un cierge à Sainte Roselyne ? Merci bien. Echanger ma carte orange contre celle du parti (j’ai oublié son nom) de M Hollande ou celle du Modem (là c’est le nom du dirigeant qui m’échappe) ? Tiens ils sont où ceux là ? Ils s’occupent à dénoncer les tests ADN, les mises en exam ADD (Santini) et le scandale EADS (un précédent billet sur Airbus). Les medias eux, tirent sur le couple présidentiel. A boulets roses… Tout de même… 6 mois que ça dure cette histoire. Plus long que le temps de monter une maison de passe au Vatican. Quant à nos intellectuels, ils pétitionnent contre la junte Myan-Miam (un précédent billet sur Total). Mince ! Dire que je suis parti tout ce temps et que rien n’a changé.
 
J’en finis par me demander : et si tout ça n’était que brillante mise en scène gesticulatoire, absolues mimiques sur fond de « bonne » info, filtrée, surfine fleur de media, autorisée par Nicolas et son équipe ? Encouragée même… Qu’on puisse pas dire que la presse est aux ordres. Et que l’opposition existe plus... Dépecée par grappes entières ralliées au gouvernement, et le reste de moignons encore sanglants à s’étriper impeccablement.
La preuve ! Voyez comme on lui fait encore bien des misères au Nicolas… Lui qui travaille tant pour not’bien. Des chicanes politiques, toujours plus mesquines, des embarras cosmiques, des trois, cinq, cent fois plus tatillonnes tracasseries. Poudre aux yeux ? Bah ! On finira bien par les rouvrir… Un jour.
 
 
Sources : Sur l’incident à l’ONU, lire l’article de Matthew Russell Lee, qui anime un site consacré à l’actualité de l’ONU. Et pour le 18 octobre, bonne chance.
par Argo publié dans : 3615 code j'en peux plus
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Mardi 4 septembre 2007
Aujourd'hui, notre terre doit nourrir 6,5 milliards d'êtres humains. Doit ! Car c’est un droit l’alimentation, reconnu en particulier par la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) et par la Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale (1996). Pourtant ils sont encore 850 millions d’hommes, femmes et enfants à crever de faim. Alors comment va-t-on faire en 2050 quand nous serons 9 milliards ?
 
Dans les pays développés, l’égalité physiologique, la faim, sont des notions abstraites. La famine ça se conçoit dans les pays pauvres. On l’explique, on la regrette, on la combat, on ne la ressent pas. La misère du Tiers monde c'est accessoire, souffrir ailleurs, on s’y fait très bien. Ca nous empêche pas de consommer, en moyenne, nos 3 380 kilocalories par jour. Entrez dans la panse, voyez comme on enfle. A nous les fines épiceries, les mazurkas chez shopi, dives bouteilles chambrées et rots jubilatoires. On a bien assez avec le G8, la FAO, les « solutions verbales », pour s’apitoyer, onufiants, hermétiques en cocons d’égoïsme, crisser un peu, si mal subventionner… Résolutions et massacres ! Qu’on puisse continuer à gloutonner en paix… Qu’on robuchonne entre dévorants. Quitte à se faire liposucer aux entournures. Miel et fruité à l’infini, du sucré salé, et pour pas trop cher.
 
Dans les pays pauvres on fait déjà la guerre pour la nourriture. Prenez le Darfour, le conflit actuel n’est ni racial, ni religieux. C’est pour le contrôle de la terre que des populations entières sont exterminées et déplacées. De la terre et de la bouffe. Au Darfour, la désertification (aggravée ces dernières années par le réchauffement climatique) réduit continûment la superficie des terres cultivées par les sédentaires. Elle accentue la transhumance des nomades. Entre ces deux populations, tensions, frictions, chroniques, incessantes depuis 1984, l’année de la grande famine… Et depuis le 25 février 2003, officiellement selon l’ONU, conflit et massacres en série.
 
Dans nos pays industrialisés, on en est qu’à se plaindre. Moindre mal… Tout devient cher, la baguette, le café, le légume, la viande et le poisson… On met ça sur le compte de l’euro, sur le paletot du fonctionnaire bruxellisateur, avide à la grosse commission. Trompe l’oeil ! Ce sont les prix des produits agricoles qui s’envolent. Restons glucides ! Certes, chez nous la nourriture abonde encore. On en balance tous les jours à pleins cageots. Mais qui peut nier le risque qu’un jour, comme ailleurs, comme au Darfour, le ventre finisse par commander nos civilisations. S’il l’exige, nous ferons aussi des guerres pour lui. On s’étripera pour les protéines de nos rejetons. Salmonelles en séries ! Au champ du feu pour la boucherie. A pleins boyaux ! Haut mes gars, ça urge ! Tout céder à l’enzyme. On finira piteux pour la pitance !
 
Comment la terre va-t-elle nourrir 9 milliards d’humains en 2050 ? On nous dit « aucun problème, l’agriculture s’est toujours adaptée ». Pulpe ! Adaptée à quoi, bigles repus des trente glorieuses ? A conquérir toujours plus de terres… A les gaver d’eau... A moderniser les moyens de production… Mais c’est fini tout ça. Baste. Faut oublier ! Je peux détailler point par point, si vous voulez.
 
La terre disponible y en a plus, ou presque. On ne peut pas raser l’Amazonie et ses forêts essentielles à l'équilibre écologique de la planète. Restent bien des grands bouts d’Afrique à cultiver mais c’est si aride, si chaud, si sec, si loin… C’est pas pour rien si c’est là bas qu’on meure le plus de faim. De notre planète, on est arrivé aux extrémités, plus loin, à l’horizontale, on peut plus s’avachir, on perdrait nos grappes. La place y en déjà plus assez pour nos vertèbres, tassées là, les unes sur les autres, à s’empiler, bouches ouvertes, entrelacs d’estomacs urbains perdus en digestions infinies.
 
A présent, faudrait viser l’expansion verticale, quitter la surface, aller profond dessous et haut dessus. Faudrait cultiver vingt mille lieux sous les mers, des prairies d’algues. Tous broutards ! Le sous sol, les champignons gastronomiques… Faudrait inventer les serres de l’espace, les salsifis galactiques, la céréale géostationnaire et les navets spatiaux… On aurait des agrostronomes et des jardiniers satellitaires pour nous expédier les carottes par fusées entières, à pleines bottes cosmiques. Des maraîchers en scaphandres, orbitaux façon NASA… C’est pas pour demain.
 
Et l’eau me direz vous ? Au XXe siècle, 200 millions d'hectares supplémentaires ont été mis en valeur grâce aux progrès de l’irrigation. On a repoussé des limites, fécondé l’aride, conquis l’hostile, survécu un temps grâce à ça. Mais ce temps-là est révolu. Les principales nappes phréatiques du globe (celle de la vallée du Gange, en Inde, celle d'Ogalala, aux États-Unis) sont en cours d’épuisement. Le réchauffement climatique accélère le processus. Bientôt, les glaçons vaudront plus cher que le pastis. On fera la guerre aussi, pour l’eau.
 
Et le progrès ? L’agriculture ça fonctionne à coup d’engins puissants et de grosses quantités d'engrais. Mille moissonneuses batteuses à traquer la moindre graine autour du globe. La mécanique à outrance. Comme c’est beau. Et vain ! Des nano litres pesticides et fertilisants, glouglouteurs à fleur de nappes phréatiques. Mais pour alimenter les engins et fabriquer les engrais, il faut du pétrole. Et du pétrole y en a moins. Bientôt plus... On l’a déjà commencée, la guerre pour le pétrole.
 
Et puis, aujourd’hui, l'agriculture n'est plus seulement vouée à l’alimentaire. Ca suffit plus qu’elle nous nourrisse, elle doit également pourvoir du carburant. Ainsi que l’indique Pierre Rainelli, directeur de recherche honoraire à l'Institut français de recherche agronomique (INRA) « Le bioéthanol à base de canne à sucre devient intéressant à fabriquer à partir d'un baril de brut à 34-35 dollars, celui à base de maïs à partir d'un baril à 44-45 dollars ». Et le pétrole ça vaut près de 100 dollars. Conséquence : 20% de la production américaine de maïs est déjà partie à la production d'énergie. C’est devenu plus lucratif de remplir les réservoirs plutôt que les estomacs. Les ricains, ils en viennent même à convertir les cultures de blé en maïs. Laminant dieu dollar et si peu du ciel ! Nos précieux arpents pour des soupapes… La terre au tout terrain ! Adieu le pétrin, toutes nos moissons pour le 4X4 !
 
Alors, que faire ? Au XXe siècle, on a eu la chimie comme solution miracle. On nous prédit la biologie au XXIe. Le progrès comme solution à toute misère humaine… On l’avait jamais ouïe celle là. La Science, providentielle trouvaille à masquer toutes les impuissances. « Il s'agit de solliciter les mécanismes naturels mais aussi de les accélérer, précise Bruno Parmentier. Et pour y arriver, l'emploi d'organismes génétiquement modifiés (OGM) est incontournable. Cette technologie rencontre des résistances très médiatisées. Mais elle n'en est pas moins en plein développement: utilisée actuellement sur une superficie équivalant à cinq fois la surface agricole française, elle occupera cinquante fois plus de terres dans dix ans. Et pour cause. Elle est en mesure de relever les principaux défis du présent, en créant notamment des plantes plus riches en protéines, moins consommatrices d'eau et plus résistantes au sel ». Nous voilà bien génétiquement rassurés avec ça. Mais monsieur Parmentier, la  culture, y compris celle des patates, n'est pas tributaire du génome, il faut aussi de la terre, et pas trop sèche, et des humains aussi, pas trop vaches entre eux, pas trop fumiers. La biologie seule nous fera pas pousser des patates au décuple, des formidables, deux, trois, cinq fois plus grosses, des callipyges… A nourrir l'humanité toute entière. Non !
 
La terre se réchauffe. Les esprits suivent. Les prix des matières premières flambent, maïs, blé, plus de 60% d'augmentaion cette année. Le lait a augmenté de 20% rien qu'en octobre. Manquerait plus que les chinois se mettent à en boire du lait et là on va bien rigoler. Dans pas cinquante ans, on risque tous d’avoir faim, y compris dans les pays riches. Faut arrêter de se raccrocher à la première faribole rassurante, convenue, éprouvée, à la masse des béats raisonnables et des pontifiants cathodiques, à leurs solutions pires que les maux. La réalité, c’est des indigestions de tracas à venir… Chez l’homme, le besoin physiologique c’est plus fort que la pensée, la noblesse d’âme, l’étendard et les idéaux… Pour l’essentielle matière il devient pire fauve. A la seule idée de se cintrer, il recolle aux succubes. Ca promet des épisodes bien pénibles avant le grand générique de faim. Assaisonnés à l’huile d’ogive après dépeçage à vif des membres… Des catastrophes, des apocalypses. La satiété par le vide ! Le temps que les laitues soient plus irradiées… Que la terre repousse sur les endives. La tourmente passée, on reviendra aux buffets, réjouis et salivants. On aura moins faim… On sera moins. Fiction ?
 
A lire :
«Nourrir la planète», de Michel Griffon, édit. Odile Jacob, Paris, mai 2006, 456 pages.
«Nourrir l'humanité - Les grands problèmes de l'agriculture mondiale au XXIe siècle», de Bruno Parmentier, édit. La Découverte, Paris, 2007, 275 pages.
«L'agriculture de demain - Gagnants et perdants de la mondialisation», de Pierre Rainelli, édit. Felin, 2007.
A consulter :
Site de la FAO : www.fao.org
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