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Avant de lire

De nombreuses années d'études des phénomènes féminin / politique ne m’ayant apporté aucune certitude, pas la moindre connaissance utile ou concrète, je suis bien conscient que la poursuite de mes recherches dans ces domaines n’est probablement plus motivée par l'espoir de faire avancer la science... Au delà de ce seuil, plus rien n'est sérieux. Bon vent !

Ô Dieu ! Accordez-moi la chasteté. Mais pas encore maintenant.
Saint Augustin

Avant de vaporiser notre armée en croisades planétaires, grenouille aux talons du bœuf américain lancé aux trousses d'une prétendue barbarie censée menacer la civilisation du bien (celle qui entretient Guantanamo sans piper ?), pourrait-on envisager de recentrer ses missions sur la protection de ressortissants et d'intérêts français qui semblent de plus en plus visés ?

 


 

 

Le Ponant capturé en haute mer... Pschitt ! Le plan « pirate mer » aussitôt déclenché. On s'indigne, on typhone à tous les étages, on s'alliotmarise... La France fera tout pour récupérer l'équipage du navire subtilisé par une poignée de gueux au nez et à la barbe de l'armada chargée de la sécurité de la navigation commerciale dans le nord de l'océan Indien. Pensez !

Je plains les malheureux marins du Ponant et leurs familles... Mes amis, à vos amulettes, aux trèfles ! Et vous, pirates, tremblez ! En haut lieu, on étudie toutes les options, envoyer nos commandos de marine, le GIGN, Rambo et Steven Seagal si ça ne suffit pas... Et pourquoi pas le Kop Boulogne du PSG, le groupe Indochine (Nicola Sirkis jle kif grav il me fé tro tripé ptdr) ou Tokio Hotel (Danke das war mal wieder echt'n geiler tag). De grâce ! N'en jetez plus !

Bien que des vies humaines soient exposées, la tentation est forte de redorer le blason militaire français à bon compte, sur le dos d'une poignée de brigands. Et ainsi de régler par l'épée ce que nous avons été parfaitement incapables de prévenir par l'épée. Ah quel formidable coup médiatique cela ferait, dans un contexte où l'emploi de notre armée fait débat. N'y cédons surtout pas et prions pour que cette affaire finisse par une grosse valise de billets livrée par la DGSE à l'adresse indiquée par les pirates. Dans l'intérêt des otages, ce serait infiniment préférable.

Petit retour sur les faits et autres maritimes précisions (j'ai fait ce métier un temps). Au printemps, le Ponant, navire de croisière de l'armement français CMA-CGM, rallie sa base estivale de Méditerranée depuis celle, hivernale, des Seychelles, selon un rite aussi immuable que la migration de l'hirondelle. Lors de ce convoyage, il ne porte qu'un équipage réduit, aucun passager (ce n'est pas une croisière). La route normale depuis les Seychelles (un peu plus de 3 200 milles) le fait croiser au large des côtes somaliennes, traverser le golfe d'Aden puis remonter la mer Rouge avant d'embouquer le canal de Suez et atteindre Alexandrie où la première croisière commerciale débute le 21 avril (ceux qui en sont peuvent décommander).

 

Cependant, bien incapable, lui, de voler comme l'hirondelle, il est bien forcé de naviguer dans une zone où les attaques de piraterie sont fréquentes. Une zone sous contrôle de la Task Force 150. Ta Ta Ta ! Déployée dans le cadre du dispositif « Enduring Freedom » cette force maritime d'environ une douzaine de navires, hélicoptères et avions de patrouille maritime (Atlantique 2) a pour mission la surveillance et le contrôle de la navigation commerciale dans le golfe d'Aden et le nord de l'océan Indien.
Son commandement est assuré par le contre-amiral français Jean-Louis Kérignard qui a succédé, le 25 février 2008, au commodore pakistanais Khan Hasham Bin Saddique. Pour son baptême, il est servi.

Dans cette région, comme dans le détroit de Malacca, les navires français bénéficient du contrôle naval volontaire (ou CNV). Selon les recommandations du Quai-d'Orsay, ils doivent « éviter la trop grande proximité des côtes somaliennes » (au passage notons que les assurances maritimes ne couvrent pas le risque si le navire est attaqué à moins de 75 milles du littoral). Sur un plan pratique, tout navire français doit s'identifier auprès du dispositif de contrôle naval volontaire, communiquer sa position toutes les 12 heures et, en cas de besoin, faire immédiatement appel aux marines nationales de la TF 150.

 

Dans ces conditions, on peut s'étonner que de misérables pirates somaliens se risquent à aller chercher leur proie jusqu'à plus de 200 milles de leurs côtes. Certes, la zone est vaste et nécessité fait loi, mais tout de même... Rejoindre discrètement un navire comme le Ponant, y prendre pied, s'en assurer la maîtrise, puis le « rapatrier » sur plus de 150 milles jusqu'en eaux territoriales somaliennes... En dépit des patrouilles aériennes, des navires de guerre qui sillonnent la zone en permanence et des moyens de surveillance hyper-sophistiqués dont dispose la coalition alliée. C'est prestidigitateur... Lupinesque ! J'en vacille.

 

Peut-on seulement poser la question de la responsabilité de la Task Force 150 et de son commandement français dans cette affaire ? Où était-elle donc la cavalerie censée prévenir ce genre d'attaque ? C'était concours de boules, merguez et anisettes à gogo, le 4 avril, au camping de la TF 150 ? On repassait Pirates des Caraïbes sur écran géant ? Jack Sparrow contre le capitaine Nicolas Barbossa ?
Et où est-elle aujourd'hui ? Le Ponant est mouillé le long des côtes au sud du Puntland. Selon Hervé Morin « Il est suivi dans les eaux somaliennes par le commandant Bouan, un aviso de la marine nationale, membre de la Task Force 150 ». Il avait été « survolé vendredi par un hélicoptère militaire français pour s'assurer que des pirates étaient bien à bord, après avoir lancé son appel de détresse ». Soyons rassurés : les pirates étaient bien à bord. Et ils y sont toujours. On en est sûrs. La situation est donc sous contrôle. Ouf !

Mais à quoi servent donc nos frégates, nos hélicoptères survoleurs, nos avisos suiveurs, tous ces épais blindages, avec d'énormes hélices dehors et plein de missiles dedans, si cette gigantesque quincaillerie est incapable de bloquer une poignée de pirates avant qu'ils ne passent à l'acte ?

Petit rappel : le coût des opérations extérieures (Opex) de la France battra cette année un record, selon le ministère de la Défense : 850 millions d'euros, soit 390 millions de plus que les 460 millions prévus et inscrits au budget 2008 voté par les parlementaires.
Et, dans le même temps, notre déficit annoncé à 2,5 % du PIB (ce qui fait de la France le cancre de la classe euro) pourrait, selon les experts financiers, dépasser la barre fatidique des 3 % du PIB.

Alors peut-on poser la question : elle file où notre caillasse militaire  ? En bruits de belotes et rideaux de fumée atlantistes ! Et notre armée ? Réintégrée en catimini au commandement intégré de l'Otan, postée aux intersections de l'infini, en Afghanistan, au Kosovo, au Tchad... Au Darfour et au moulin ! Dévouée à lubrifier chaque rouage de l'axe du bien.
Ah scolopendres, vous voudriez la voir où elle serait plus utile à la protection des intérêts ou des ressortissants Français ? Niet ! Pour ça, faut plus compter sur elle. On organisera une distribution de talismans à l'entrée du golfe d'Aden. Une patte de lapin par-ci, une racine de mandragore par-là... Question efficacité ça sera idem, en plus économe.

 

Aujourd'hui, la barbarie semble évoluer proportionnellement au nombre de militaires de l'« axe du bien » déployés pour la combattre.
L'Irak trempe dans un bain de sang permanent, en Afghanistan le taliban règne et le commerce de la drogue n'a jamais été aussi prospère, le terrorisme est toujours bien présent, Ben Laden et mollah Omar aussi et dans le golfe d'Aden la piraterie progresse (selon le Centre d'information sur la piraterie du Bureau maritime, en 2007, 154 personnes ont été prises en otages et 31 attaques recensées contre 10 l'année précédente). Mais à quoi donc, au fond, servent les militaires si la situation doit empirer dès qu'ils interviennent ?

 

Dans ces conditions, on peut s'inquiéter quand on voit notre épée nationale prête à engager nos soldats aux quatre coins de l'univers habité, quand on l'entend apostropher les barbares, plus tutti frutti que jamais, laïusseur émérite d'un pays qui peut se vanter d'en posséder de fameux, bien engagé derrière les oreilles, œil de basilic et naseau fumant du dragon au saut du nid.

Mais à force de la brumiser en pet du cul amerloque, il en fera quoi de notre armée ? A quel prix et pour quels résultats ? Ruineuses déconfitures et piteux naufrages ? Des mètres cubes de vent... l'énergie dérisoire d'un tractopelle brassant le vide intersidéral nulle part entre la Grande Ourse et Sirius.

On en viendrait à regretter l'époque bling-bling et croisière sur le Nil, son lot de comédies mineures, de petites pitreries, aimables, bénignes, genre mondain, qui nous occupaient un temps, à moindres frais, et nous amusaient même, parfois. Pour l'heure, il ne nous reste plus qu'à être solidaires des marins du Ponant, jusqu'au bout du monde, en espérant un dénouement heureux à cette couillonnade en haute mer.
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Les chinois, il y en a tellement que forcément, on les connaît pas tous très bien, mais vu la taille du wok sur la photo, ils ont pas l'air de faire les choses à moitié. Lundi, j'étais bloqué dans Paris. Reportage sur le vif.





Lundi 7 avril 13H
. Paris bloqué, la flamme passe, nos économies trépassent : hélicoptère, vedettes fluviales et 3 000 flics armés jusqu'aux dents. Si on avait traversé le 93, ils auraient posté des chars Leclerc et mis le porte-avion Charles de Gaulle dans le bassin de la Villette ?

3 000 poulets et un seul mec en jogging pour tenir la chandelle ! Il porte une épidémie ? La grippe aviaire ? C'est un cordon sanitaire ? Je préfère pas demander aux infirmiers habillés en bleu. C'est mon côté méfiant.

3 000 flics armés jusqu'aux dents. Et en plus, il court cet idiot... Il a peur de quoi ? Des flics, peut-être.

Sur la Seine il y a des vedettes, des zodiacs, des militaires. Je ne sais pas s'il reste des pirates sur la Seine, mais ils vont avoir du mal à faire un mauvais coup. On aurait pu la faire passer par la Somalie la flamme. Ah mais j'écris n'importe quoi, je ferais mieux d'aller prendre mes cachets.

Lundi 7 avril 16H
. P... quel souk, cette flamme olympique.

On se croirait en mai-68, plus moyen de bouger dans Paris... 3 000 policiers français et des policiers chinois (des vrais) Des manifestants partout... des pros, des contres... Des bleus, des rouges, des verts... Des jaunes aussi, beaucoup... Forcément ! La flamme est éteinte... Soufflée comme une bougie d'anniversaire... des CRS courent partout... on a perdu le porteur... Il court aussi, mais pas dans le même sens que les CRS.

Une averse de neige... Ma parole, même le temps s'est détraqué. Dans la rue on se croirait à la féria, c'est la course à la cocarde... Les forces de l'ordre sont débordées. Partout des cris, des slogans. J'ai même entendu un chinois hurler « Liberté à la Corse »... Véridique ! La torche passe devant l'Hôtel de Ville, Delanoé l'attend... mais la flamme s'arrête pas... Ouf de stupéfaction !

Les gens au bord de la route aboient et la caravane passe. La torche prend le bus jusqu'à Charlety. Elle file comme une savonnette le long des rues mouillées, dans un kaléidoscope infernal de gyrophares et de sirènes. Une course poursuite s'engage... C'est 3H10 to Lhassa !

Arrivés à Charlety, le dernier relayeur n'est pas là. Tant pis, Christine Caron s'y colle, elle s'engouffre précipitamment dans le stade sous les huées de la foule.

Au dehors, les manifestants pro-tibétains se mettent sur le nez avec les manifestants pro-chinois... Vraoum ! Et les flics qui tapent sur tout le monde... Bling ! Bling ! Des drapeaux, des banderoles (rien sur les Ch'tis rassurez vous), des matraques et des injures qui fusent de tous côtés... « Terroristes à la solde du Dalaï Lama et sa clique » qu'ils crient les célestes... « Liberté au Tibet » qu'on leur renvoie de l'autre côté... « Connard laqué » même... et j'en passe... et Badaboum ! À coup de bourre-pifs que ça se règle, cette affaire. Les CRS entrent dans la mêlée difforme. Tout ce petit monde s'enjambe, culbute, se trébuche dessus... Quelle féroce pagaille ! Et le ciel, si gris, et la neige qui retombe. C'est un chaos... une apocalypse !

Les CRS je connaissais leurs marottes, mais les autres... Moi qui croyais qu'ils vivaient en harmonie, brûlaient des cierges et faisaient tourner leurs moulins à prières, je suis un peu déçu. D'un autre côté, ça faisait longtemps qu'il ne m'avait pas été donné de voir une aussi réjouissante corrida.

Lundi 7 avril 20H30
. Abasourdi, j'écoute les infos pour savoir ce qui se passe.

D'un côté on trouve ça scandaleux... Les athlètes pris en otages... Le badge suffisait... Trop c'est trop, on porte atteinte à l'olympisme... Aux valeurs du sport. Et puis d'abord, en Chine, on y est déjà : Carrefour, Total, Danone, Airbus... Et qu'on est tous habillés en chinois. Et que le Tibet, c'est chinois. Et que bientôt, nous aussi on sera tous chinois.

De l'autre, on crie au totalitarisme, à la répression féroce, aux droits de l'homme assassinés. A Berlin en 36. Que manifester en force, c'est la seule façon de se faire entendre (c'est vrai qu'en silence c'est moins efficace)... Que c'est une honte pour le gouvernement français d'avoir tenté de museler la liberté d'expression avec une telle armada policière... Du jamais vu... Qu'on va recommencer en Californie. Qu'on va tout boycotter, et jusqu'à la lune s'il le faut.

On s'entend un peu sur les injures mais pas du tout sur les arguments. C'est pire que le virage Boulogne du PSG un soir de match contre l'OM. Personne ne convaincra personne. On est juste dans la modernité, dans nos fables, on trépigne, fulmine, on s'empoigne... A croire qu'on en a besoin pour exister. Peut-être.

Lundi 7 avril 23H30.
Je vais me coucher.

C'est pas que j'y entrave grand chose à cette histoire. La démocratie, quand j'ai essayé d'en parler avec le patron du resto chinois en bas de chez moi, il m'a juste répondu « Mais t'es con ou quoi ? Si la Chine était une démocratie, ça serait plus, et depuis un bail, un seul et vaste pays de 1,3 milliards d'habitants et donc... ça serait plus la Chine ». Ca m'a valu la tournée.

D'un autre côté moi, des Lama, j'en connais que deux : Serge le chanteur et Bernard le gardien de but. Dalaï lui, jl'ai jamais vu, mais ça m'étonnerait qu'il arrête les penalties. Alors comment dormir après ça ?

Je crois que je vais quand même un peu le boycotter ce resto chinois. Au cas où... Mais pas trop longtemps parce que c'est un pote... Depuis le temps que j'y vais.

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Scoop ! 15 ans après les otages de la maternelle de Neuilly, il repart libérer les marins du Ponant.


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Lors de la présentation du sous-marin nucléaire le Terrible à Cherbourg, Nicolas Sarkozy a déclaré que le budget de la Défense est face à un "mur" financier mais qu'il excluait de "baisser la garde".

"Baisser la garde" ? Manquerait plus que ça... Quelle honte ! Qu'il en soit réduit à envisager de s'envoyer en l'air avec sa ministre des finances pour sauter le "mur financier". Sacré maçon le Nicolas ! Et nous pendant ce temps... On "esuie les plâtres" ?

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