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De nombreuses années d'études des phénomènes féminin / politique ne m’ayant apporté aucune certitude, pas la moindre connaissance utile ou concrète, je suis bien conscient que la poursuite de mes recherches dans ces domaines n’est probablement plus motivée par l'espoir de faire avancer la science... Au delà de ce seuil, plus rien n'est sérieux. Bon vent !

Ô Dieu ! Accordez-moi la chasteté. Mais pas encore maintenant.
Saint Augustin

Mercredi 30 janvier 2008

Société Générale. Les équipes de contrôle regagnent leur poste, unies derrière leur président, assez mal en point mais sauvé in extremis par la ministre des finances.

Pendant que les traders bloquent le parking de la banque pour protester contre la suppression de leurs primes de fin d'année.

Epargnons nos commentaires. Ceux qui ont le goût des chiffres peuvent lire l'article complet ci-dessous. L'analyse de cette pénible couillonnade y figure.

par Argo publié dans : Moi ça me fait rire
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Mardi 29 janvier 2008
Jeudi 21 janvier, la Société Générale se couche, victime d'un délit en portefeuille. Elle liquide une position perdante de 50 milliards prise (à l'insu de son plein gré ?) par un obscur et très peu bio ionique arbitragiste. C'est le début de l'affaire Kerviel.
 
Pour une fois, je n'aborderai pas ce sujet sous l'angle de l'humour ou de la dérision, mais avec des chiffres têtus et des faits vérifiables.
Il ne s'agit pas ici de mener un procès à charge mais d'essayer de comprendre comment un telle déroute a pu survenir. Par ailleurs, j'invite les spécialistes et tous les autres, à apporter leurs arguments, leurs éléments. Explications.
 
La réalité de la position de la SocGen ?
 
Certains ont affirmé que le portefeuille de Kerviel était une invention destinée à masquer  d'autres pertes de la SocGen, notamment sur le marché des sub-primes. Cette hypothèse est très scabreuse, car dans ce cas il y avait d'autres moyens beaucoup plus simples de le faire.
Vérifions tout de même, par acquis de conscience, la vraisemblance de la version officielle et du montant d'engagement de 50 milliards d'euros. Pour cela, il faut comptabiliser les volumes de contrats vendus par la SocGen sur les 3 jours où elle affirme avoir soldé les positions de Jérôme Kerviel sur les contrats futures Eurostoxx 50, Dax et FTSE, selon les termes précis du communiqué officiel daté du 27 janvier 2008.
 
Compte tenu de la limite de 10% imposée par les autorités de marché une position de 50 milliards sur indices ne pouvait être débouclée en une seule journée. 3 jours ont été nécessaires. Ensuite, c'est assez simple, il suffit de consulter les statistiques d'Eurex (contrats Eurostoxx 50 et Dax) et du Liffe (contrat FTSE) pour avoir les volumes de contrats échangés au cours des 3 journées et de leur appliquer le pourcentage déclaré par la SocGen dans son communiqué officiel.
Les colonnes Dax et eurostoxx50 représentent le volume total de contrats sur indices d'une journée, la colonne SocGen indique le nombre de positions débouclées selon le communiqué officiel produit par la banque. On constate effectivement que la « sortie » s'est faite selon les règles, avec des volumes de vente imputables à la SocGen autour de 8% des échanges journaliers. Les cases saumon indiquent la position, en nombre de contrats, de la SocGen.
 
La réalité de l'engagement de 50 milliards d'euros ?
 
En repartant des volumes de contrats vendus par la SocGen sur chacun des 3 marchés, tels que donnés plus haut, il suffit de consulter les statistiques d'Eurex (contrats Eurostoxx 50 et Dax) et du Liffe (contrat FTSE) pour avoir les cours en clôture du vendredi 18 janvier.
 
Le tableau ci dessus indique pour chaque contrat future son prix de clôture au vendredi 18.01/2008 (exprimé en nombre de points), la valeur du point, la valeur déduite de chaque contrat et la valorisation de la position de la SocGen, fonction du nombre de contrats évalué ci-dessus. Pour mémoire, un point du contrat FTSE vaut 10 £, soit au cours de la livre le 18/01, 13,34 euros.
 
On peut ainsi vérifier que la position de la SocGen (détenue par Kerviel et/ou par d'autres traders) était effectivement d'environ 49,5 milliards d'euros, le vendredi 18 janvier en clôture des bourses.
 
La perte de 4,8 milliards aurait-elle pu être évitée ?
 
Quand la décision de vendre a été prise, le dimanche 20 janvier, la position de Kerviel était déjà perdante, compte tenu d'une baisse des indices d'environ 10% depuis le 1er janvier 2008.
Cependant, son PDG, Daniel Bouton, pouvait estimer que la perte restait somme tout supportable pour la Société Générale dont le profit annuel se chiffre régulièrement à plusieurs milliards d'euros.
 
La chute des bourses asiatiques dans la nuit du 20 au 21 a entraîné les marchés européens à la baisse à partir du lundi 21 janvier. La vente s'est donc faite dans les pires conditions et la perte s'est creusée pour atteindre 4,8 milliards d'euros. C'était le prix à payer pour la transparence et la tranquillité.
 
En ce sens, l'argument un peu simpliste des avocats de Kerviel consistant à dire que la SocGen aurait pu attendre un peu avant de solder sa position et ainsi limiter la casse ne tient pas. Pour deux raisons.
 
Tout d'abord, lorsque la décision de vendre a été prise, dimanche 20 janvier, la chute des bourses asiatiques dans la nuit qui suivit et, par effet d'entraînement, celle des bourses européennes à partir du lundi 21 ne pouvait être anticipée.
 
Ensuite, même si elle avait pu l'être, personne ne savait où la baisse des cours allait s'arrêter (on ne le sait toujours pas aujourd'hui). Or, sur un montant de 50 milliards à découvert, 2% de baisse représentent 1 milliard d'euros de perte. Il aurait été purement suicidaire d'attendre un éventuel rebond des marchés, empilant ainsi un casino sur un casino. D'autant plus que chaque jour, la SocGen devait payer les appels de marge pour régulariser sa position auprès de la chambre de compensation. Ce qui pouvait vite devenir critique.
 
Rappelons le, c'est précisément en s'obstinant que Nick Leeson coula la Barings. Sur de telles positions, invoquer le long terme et un hypothétique retour à l'équilibre aurait pu conduire purement et simplement à une faillite. Le long terme est une chimère. En bourse comme dans la vie, une seule chose est certaine, c'est qu'à long terme... nous serons tous morts.
 
Le mécano de la générale
 
Nous en arrivons au cœur du sujet, ce qui cloche dans les explications données par la SocGen.
Quand vous prenez position sur le marché des futures, vous devez déposer une somme appelée « deposit », pour garantir votre engagement. Pour une société de trading « normale »* le « deposit » est de 18 375 euros par contrat Dax et de 4 125 euros par contrat Eurostoxx 50, ce qui représente, compte tenu des volumes de contrats évoqués ci-dessus, une sortie de cash d'environ 4,9 milliards d'euros (sans aucun rapport avec la perte, ce n'est que pure coïncidence).
 
* En tant que membre d'Eurex, la SocGen devait bénéficier de meilleures conditions, le « deposit » exigé était certainement inférieur, toutefois l'ordre de grandeur reste valable.
Et c'est là que le bât blesse. Comment, sans aucune complicité et sans que personne ne s'en émeuve, Jérôme Kerviel, ce « médiocre trader » a-t-il pu générer une sortie de cash de plusieurs milliards d'euros.
 
Il faut comprendre qu'il ne s'agissait pas ici d'opérations fictives, car la position de 50 milliards était (malheureusement) bien réelle, et le « deposit » aurait du infailliblement indiquer aux contrôleurs de la SocGen que Kerviel avait effectivement pris une position délirante, bien au-delà de son mandat et des limites d'engagement auxquelles il était tenu.
 
Dans ces conditions, il est plus que probable que la hiérarchie de Jérôme Kerviel savait, comme ce dernier l'a d'ailleurs indiqué lui-même auprès de la brigade financière, le 26 janvier 2008. Extrait de sa déposition « Je ne peux croire que ma hiérarchie n'avait pas conscience des montants que j'engageais, il est impossible de générer de tels profits avec de petites positions. Ce qui m'amène à dire que lorsque je suis en positif, ma hiérarchie ferme les yeux sur les modalités et les volumes engagés. Au quotidien, au titre d'une activité normale avec des engagements normaux, un trader ne peut générer autant de cash ».
 
Une couverture fictive. Pourquoi et comment ?
 
S'il est assez évident que la hiérarchie de Jérôme Kerviel connaissait le titanesque montant de son engagement, ce qu'elle ignorait apparemment, en revanche, c'est que ces 50 milliards n'étaient absolument pas couverts. Toujours selon sa déposition Kerviel a déclaré « Je reconnais avoir pris de grosses positions, qui pourraient être qualifiées hors limite de mon  mandat, que j'ai masquées par une opération fictive (...) Il est vrai que dans l'hypothèse où je veux garder une position importante sur un terme plus ou moins long, pour ne pas alerter mon manager, je passe une opération fictive de nature à laisser entendre que la position que j'ai prise est couverte par cette fausse opération, ce qui conduit dès lors à flatter mon résultat. Ce qui produit mon gain, c'est ma position réelle uniquement et le jour où ma position fictive tombe, il y a une réactualisation de ma position ». La fraude est là. C'est clair et net !
 
Kerviel jouait, via des produits dérivés (« futures » sur indices) la hausse des marchés actions, sans se couvrir contre baisse éventuelle, ce qui est strictement interdit aux traders (une banque ne spécule jamais). Et il passait de fausses écritures avec des contreparties fictives, pour faire croire que sa couverture, son assurance si vous préférez, était bien réelle.
 
Comment le faisait-il ? Ce Che Guevara de la finance était-il doublé d'un Kevin Mitnick, hacker de génie ? Bignolles ! Quand on connaît la paranoïa des banques, et particulièrement de la SocGen, en matière de sécurité, un piratage technique par Jérôme Kerviel est strictement impossible (pour mémoire, la dépense du secteur financier français en sécurisation de ses systèmes informatiques a été de 12,8 milliards d'euros en 2007 - Source Pierre Audoin Conseil).
Mais chaque médaille a son revers, l'excès de sécurité, le renouvellement permanent des mots de passe, leur caractère abscons (oubliez le prénom de vos enfants ou la date de naissance du chien), font que de plus en plus d'employés les partagent, les notent sur un post-it et les collent au dos de leur écran (quand ce n'est pas dessus). La sécurité informatique, tous les experts vous le diront, n'est pas une affaire technique mais humaine.
 
Jérôme Kerviel arrivait tôt le mâtin et partait tard le soir. Nul doute qu'il ait pu glaner suffisamment de ces codes secrets, talons d'Achille du plus sophistiqué et coûteux des logiciels sécurisés, pour pénétrer les ordinateurs de ses collègues du « back office » chargés de veiller à la régularité de ses transactions, et y passer les écritures ad-hoc.
 
Petite parenthèse pour les spécialistes de la sécurité informatique, je me demande bien pourquoi la SocGen n'utilise pas depuis longtemps l'authentification par empreinte biométrique ou reconnaissance de l'iris, en lieu et place des antédiluviens « mots de passe », fermons la parenthèse.
 
L'obstacle de la chambre de compensation
 
Toutefois, il y avait un autre obstacle à surmonter, et de taille... la chambre de compensation, Eurex Clearing sur les marchés où opérait Jérôme Kerviel. Pour mémoire, une chambre de compensation est une institution financière qui assure la compensation des transactions et la sécurité financière d'un marché, en s'interposant entre acheteurs et vendeurs, en appelant les marges, les primes, en liquidant les positions des adhérents défaillants, en surveillant et en limitant les positions, et finalement en garantissant la bonne fin des transactions. Eurex Clearing est la chambre de compensation d'Eurex AG, l'opérateur des marchés où intervenait principalement Kerviel, et la plus grande bourse de produits dérivés du monde, détenue par les opérateurs de la bourse de Francfort, Deutsche Borse AG et de la bourse suisse, SWX.
Pour la majorité d'entre nous qui ignore le phénoménal raffinement des contrôles, y compris individuels (trader par trader), exercés par une chambre de compensation, voici un aperçu du service « Eurex Risk management » fourni par Eurex.  Edifiant !
 
Au cours de l'année 2007, la Société Générale avait reçu des alertes d'Eurex Clearing, concernant des positions importantes et « déséquilibrées » (sans couverture), par conséquent très exposées au risque. Selon l'explication de la Société Générale, Jérôme Kerviel aurait produit des faux documents, faisant état de transactions de « gré à gré », c'est-à-dire de transactions hors marché, généralement passées entre organismes financiers, qui pour certaines d'entre elles pourraient se nouer en dehors de la chambre de compensation, donc hors de tout contrôle. Incompréhensible porte dérobée des marchés ouvrant sur toutes les dérives.
 
Ceci expliquait donc qu'Eurex Clearing n'ait constaté aucun flux financier lié aux couvertures que Jérôme Kerviel affirmait avoir souscrit et qu'il justifiait simplement par un faux document.
 
Ironie du sort, Kerviel a commencé à frauder pour cacher ses gains
 
Le plus drôle dans cette affaire, c'est que Jérôme Kerviel a commencé à frauder pour dissimuler... ses gains. De son propre aveu « En ce qui me concerne, cette valorisation à 1,4 milliard d'euros est importante, certes, mais arrivée trop rapidement -de 500 millions d'euros fin octobre 2007 à 1,6 milliard fin novembre- pour que je puisse la déclarer sans être inquiété ».
Il fut ainsi conduit à s'inventer des pertes fictives et à les passer dans le système informatique, pour ne pas avoir à justifier un gain de 1,6 milliards d'euros qui aux yeux de ses supérieurs aurait immanquablement passé pour le résultat d'une pure spéculation et lui aurait valu une mise à la porte immédiate.
 
Prudent, Jérôme Kerviel... Au final, il n'a donc avoué qu'un « modeste » gain de 55 millions d'euros fin 2007, ridicule en comparaison de son véritable profit (1,4 milliards d'euros au 31 décembre 2007). Il a par ailleurs négocié son bonus (sa prime) sur la base de ces 55 millions d'euros avec son supérieur comme il l'a indiqué « Pour 2007, j'ai essayé de négocier un bonus de 600 000 euros et Martial Rouyère m'a laissé entendre que je ne pouvais espérer plus de 300 000 euros. Le bonus devait être versé en mars de l'année suivante ».
 
Et avec ses 1,4 milliards de gains réels, il en espérait bien plus l'année suivante. Cette pratique, dite du « matelas » qui consiste à rouler une position d'une année fiscale sur l'autre est assez courante. Elle est utilisée quand un trader, ou le manager d'un service, ou la banque elle-même, estime avoir atteint ses objectifs de gains ou de pertes pour l'année fiscale en cours. Comme l'a indiqué Jérôme Kerviel « Quand un manager, à l'instant T de l'année, estime que son desk a atteint ses objectifs de profits and loss, il peut décider de reporter la trésorerie sur l'exercice suivant, ce en le dissimulant par des moyens divers ». Moyens que maîtrisait l'astucieux Kerviel et que tout trader de base connaît... assurément.
 
La SocGen découvre le pot aux roses
 
C'est en vérifiant les fumeuses couvertures de gré à gré, réputées souscrites en dehors des organismes de contrôle des marchés, que la SocGen découvrit le pot aux roses, sous la forme d'une banque ayant soi-disant assuré une contrepartie... dont, en réalité, elle ignorait tout.
Il est ici intéressant de noter ici que la baisse des marchés entre le 1er et le 18 janvier avait vu la position de Jérôme Kerviel devenir perdante (sur un portefeuille de 50 milliards une baisse des indices de 10% comme celle qui s'est produite entre le 1er et le 18 janvier 2008 vous fait perdre 5 milliards).
 
Ces mêmes contrôles de couverture, apparemment très souples alors que le portefeuille de Kerviel était gagnant et qu'il s'agissait de masquer des « gains réels » par des « pertes fictives », redevinrent subitement infiniment perspicaces, hyper efficaces, dès lors que les pertes furent devenues bien réelles et leur couverture... fictive. Voilà bien toute l'histoire !
 
C'est un peu comme si vous déclariez au fisc beaucoup plus que ce que vous gagnez réellement (par exemple pour blanchir de l'argent), et que vous constatiez (je n'ai pas fait l'expérience) que cela génère beaucoup moins de contrôles et... de sanctions.
 
Dénouement
 
Devant les enquêteurs de la brigade financière, Jérôme Kerviel a « déballé » certaines techniques aussi illégales que, selon ses dires, couramment utilisées par les sociétés de trading pour contourner le système et dissimuler des prises de positions spéculatives.
 
Dans sa déclaration, il a ironiquement poussé le bouchon jusqu'à préciser « les techniques que j'ai utilisées ne sont pas sophistiquées du tout, comme peut le prétendre la presse spécialisée, et à mon sens tout contrôle correctement effectué est à même de déceler ces opérations ».
Il a également indiqué « Tant que nous gagnons et que cela ne se voit pas trop, que ça arrange, on ne dit rien... ». Ou encore « Plus l'équipe génère du cash, plus le manager sera financièrement intéressé », évoquant ouvertement ses deux supérieurs hiérarchiques, Eric Cordelle et Martial Rouyère.
 
Voilà donc le vrai mobile, la cause profonde de cette débâcle : l'appât du gain, à l'échelon de l'individu, Jérôme Kerviel, et au-dessus du fameux desk « GEDS » monté à la SocGen par Christophe Mianné, devenu le fleuron de la BFI de la SocGen (ce département truste les « awards » du secteur depuis des années, et génère un profit considérable pour la SocGen, leader mondial des dérivés actions). L'appât du gain à l'échelon de la banque elle-même, de son président et... de ses actionnaires, petits ou gros porteurs.
 
Nicolas Sarkozy (dont je ne suis pas le plus ardent supporter) n'a pas dit autre chose. Pour une fois sa communication a été sincère et bien plus habile que les turlupinades obscures, version « Le bon, la brute et le truand », servies par sa ministre des Finances Christine Lagarde, ou les escamotages alambiqués de Daniel Bouton, le PDG de la Générale et de Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France.
 
Au-delà des responsabilités individuelles, Jérôme Kerviel a dénoncé la dérive aberrante de la financiarisation à outrance de notre société, il a exposé à la face du monde ce grotesque cancer du capitalisme financier. Ce même capitalisme réputé être la négation de l'individu et dont, ironiquement, un simple individu, Jérôme Kerviel, serait aujourd'hui devenu le bourreau. Il faudra bien tirer les conséquences politiques et financières de cette lamentable équipée, puis les assumer, à tous les échelons. Parce que  l'« affaire Kerviel » ne saurait rester le simple procès d'un lampiste, fût-il... l'homme qui volait 5 milliards.
par Argo publié dans : Pas souvent mais je peux être sérieux
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Samedi 26 janvier 2008

 

Contrepèterie mieux adaptée aux frimas financiers actuels que la belge «Il fait beau et chaud» pour introduire un billet de pure politique fiction, une interview présidentielle, entendu que toute ressemblance avec des personnages ayant existé un jour, y compris dans l'Antiquité, serait naïve coïncidence.

 

- Monsieur le président, la Société générale a révélé, jeudi 24 janvier, avoir été victime d'une fraude de 4,9 milliards d'euros au sein de son activité de courtage.


- Oui. Et je vais vous dire, Mââme Chameau, je m'en félicite.

 

- Ah bon, votre seigneurie ?


- Oui, parce qu'en France, on anticipe, on sort nos saucissons avec six mois d'avance sur les Américains. On a raison avant les autres. C'est mon plan. C'est ce que j'avais prédit et c'est ce qui arrive. Qu'est-ce qui vous choque là dedans, Mââme Chameau ?


- C'est stratosphérique, Monsieur le président. Mais une grande banque comme la Société générale... Plus de 120 000 employés à travers le monde. Comment un simple trader opérant dans une obscure sous-division aurait-il pu, seul, étouffer 5 milliards ? Selon le communiqué officiel (bizarrement disparu du site internet de la Société générale au bout de quelques heures), il aurait profité de « sa connaissance approfondie des procédures de contrôle » pour « dissimuler ses positions grâce à un montage élaboré de transactions fictives ». C'est étrange, non ?


- Alors là, Mââme Chameau, sauf le respect que je vous dois, je ne vous suis pas. Regardez, moi par exemple, avec mon « montage élaboré » de promesses fictives combien croyez-vous que je vais coûter à la France ? Mais ça, comme pour le reste, il y a de fortes chances que vous ne l'appreniez que quand ce sera fait, après coup (si j'ose dire).

 

- Ah, c'est si vrai, Monsieur le président. Vous avez vu ? Le PDG Daniel Bouton a proposé de démissionner et cela lui a immédiatement été refusé par le conseil d'administration. On ne virera finalement que le trader fou et les 4 ou 5 personnes « responsables de sa supervision ».

 

- C'est normal, un mec qui s'appelle Bouton, on ne peut tout de même pas lui reprocher d'avoir des trous, dans la caisse ou ailleurs. Et son directeur général Philippe Citerne, c'est comme le mien, faudra qu'il cuve encore un moment l'envie de lui souffler la place.

Tenez, un exemple au hasard : Moi. Je vais aussi en virer deux ou trois qui commencent à me laminer la supervision que j'ai de ma personne dans les sondages, le Guaino, l'Albanel, la Boutin. Ceux-là, je vais les renvoyer presto à leurs clystères au motif d'accélération de phase 2 de mon plan que j'ai dit pour la France. Mais je vais garder les autres... mon grand vizir en tête.

Ce n'est pas que l'envie me manque de l'éjecter en plein vol, Iznogoud, mais si je le virais maintenant, il serait capable de revenir pour me piquer la place en 2012 avec Bertrand en Premier ministre. Alors, je vais le garder au chaud, à portée de Matignon. Je trouverai bien une grosse peau de realpolitik à lui glisser sous le tapis volant d'ici 2012.


- Ah quel stratège ! Ca c'est Maginot sur toute la ligne, Monsieur le président. Toutefois, c'est une somme importante. Quand on sait que l'impact de la cataclysmique crise des subprimes sur la Société générale culmine à peine à un modeste 2 milliards d'euros, le trader fou peut se vanter d'avoir battu un record.


- Pas de souci, Mââme Chameau, la situation est sous contrôle. Les milliards, vous savez, ça va, ça vient. C'est pas farouche. Un obscur trader joue avec 50 milliards pendant plus d'un an, à peine le PIB du Sénégal, à l'insu des 250 polytechniciens censés le surveiller. Il en perd 5... Pas de quoi fouetter un chat. D'autant plus qu'on est même pas sûrs que ça ne soit pas une plus vaste magouille qu'on lui mette sur le dos pour masquer une stratégique couillonnade de la Société Générale...
Regardez, pour parler d'un sujet que j'aime bien : Moi... Tous ces contrats que j'avais annoncés et qui sont partis en poivre. Quenouilles !
Si je devais faire un vélib à chaque escampette... une mozzarella ou un fromage à chaque fois que je voyais 5 malheureux milliards me filer sous le nez... Je ne vais tout de même pas transformer l'Elysée en crèmerie, Mââme Chameau. Les Français me le reprocheraient. Ils ne m'ont pas élu pour cela. Déjà que ma Carla vient de m'en piquer une bonne aile pour monter son studio d'enregistrement.

 

- Ah mon pauvre président, vous auriez dû épouser Maïté, elle n'aurait touché qu'aux cuisines. Mais tout de même, c'est plus fort que les subprimes.


- Vous êtes cruelle, Mââme Chameau. Les subprimes... les subprimes... vous êtes marrants vous autres les journalistes. Vous n'avez plus que ce mot à la bouche. Mais ça fait longtemps que j'en abuse, surtout du subprime time chez mes amis de l'audiovisuel. Et je ne m'en porte pas si mal. Non ?

 

- Comme un charme, votre auguste. Et pour la Société générale, c'est vraiment clos ?

- Ben oui, Mââme Chameau, c'est pas si grave. La Fed américaine baisse ses taux directeurs d'un quart de point... Carla ! Ma calculette s'il te plaît. On passe 7 milliards d'euros en dépréciation d'actifs, pouf pouf... On fait une petite augmentation de capital pour renforcer les fonds propres, 5,5 minuscules milliards... à peine l'entretien de trois ou quatre taupes modèles comme ma Carla-c'est-du-sérieux sur vingt ans, production du prochain album, bague de mariage et pension alimentaire inclus. Une vétille ! 7 milliards à injecter, quatre ans en belotes et pastis aux guichets de la Générale, une journée pour me réélire...


- Ah monsieur le président, décidément, vous êtes le mécano de la Générale. Mais la confiance des actionnaires ?


- Pas de soucis, Mââme Chameau, Riton (Guaino) m'écrit deux ou trois psaumes avec plein de phrases dedans, bourrées de mots que j'aime bien dire même si je les comprends pas toujours, des trucs comme « Moralisation des pratiques financières », « Foi » ou « Dieu »...
On va les rédempter dans leur jus les actionnaires... stopper net leurs petits cyclones de panique et la confiance reviendra, comme avant. En toutes circonstances, nous restons civilisés dans nos bottes... en ligne avec ma politique, celle que je fais parce que j'ai dit que je la ferai et son contraire.


- Mais tout de même, le titre Société générale a déjà perdu 20 % de sa valeur depuis le début de l'année et 40 % sur les six derniers mois. Et si le client de la banque renâclait, cet infâme moustique gavé du sang bleu des fonds de pension ? S'il venait à s'inquiéter... déjà qu'il est haché menu dans le krach. Pire, s'il venait à paniquer pour ses fifrelins... à darder ses rentes Pinay... ses emprunts russes... à geindre pour ses Bouygues... ses Bolloré... ses Lagardère... ses patrimoines... à brailler pour ses Davôsses... ses diââmes... ses carats... Pfuiit ! Je l'entends d'ici l'odieux crapaud... pleurer ses lessives... sa fraîche... son pouvoir d'achat... sa croassance... son Dur !

 

- Ah, mais c'est quand même extraordinaire, Mââme Chameau... On me reproche de rassurer les Français, mais, je vous le demande Mââme Chameau, qu'est-ce que vous diriez si j'avouais que c'était la pire bonne catastrophe, absolue débâcle de mouise de toute l'histoire de la finance internationale. Apocalypses et corridas ! Déroute plus sérieuse que Nick Leeson et ses pauvres 1,3 milliard qui avaient coulé la Barings en 1995.

Quand je pense que j'ai avoué pas plus tard que cette semaine que nos banques étaient des « modèles de prudence ». Et que l'autre nouille d'Attali vient de me recommander d'accorder plus de libertés aux marchés financiers dans son rapport à deux balles.

Et vous voudriez que je dévoile toute la vérité... qu'on court tous aux affreux précipices financiers... aux craques... à la paille... droit dans la meule... Cent foins ! Ecartelés, tirés à quatre chevaux et mille épingles... raides au gibet...
Un peu plus tôt, un peu plus tard, ça change rien... On résonne plus que par les talbins... Bling Bling... depuis trop longtemps. La dette de la France, c'est 1 200 milliards d'euros... Quels grelots ravissants vous avez là, Mââme Chameau, du goût sûr, à bon port, super éminent... La dette des États-Unis, hors banques, c'est 39 000 milliards de dollars... 230 % du produit national américain... Bling Bling... Mirez ma Patek... Le capitalisme est foutu... Patrick Artus le dit. Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, l'hurle.

 

Croyez-moi, il n'y a plus rien à faire pour sauver les meubles... la bourse... l'inflation... les retraites... le soldat croissance. Je ne donne pas dix ans avant que les dinosaures repaissent à Bercy.
Le Français moyen ? Il aura beau se ruer bolide aux comités de défense... débouler guépard aux Opus dei... foncer aux scientologies... galoper à la SPA... toquer aux loges... crier aux bulles... aux buffles... sangloter aux complots financiers... implorer Kadhafi... Jeanne d'Arc et saint François... déterrer Pinay... Soubirou... se ruer à Lourdes... aux résurrections du Christ... Il est cuit ! Archi-cuit ! Derby couru.
Retraité, chômeur, « working poor » (une invention que j'ai empruntée à un pote socialiste : les calamiteux avec un boulot qui suffit pour les faire sortir des statistiques du chômage, mais pas du seuil de pauvreté. Sacré Tony !) Vieux... jeunes... Tous égaux pétochards... carbonisés 14 ! Tant foireux que responsables. Ah qu'on ne m'en parle plus de ces Smergols. A moi, le saigneur des agneaux. Ça me gâche mon précieux.
Mais si je disais ça, je vous le demande, on aurait l'air malin, nous, les Français, hein, Mââme Chameau ? Alors croyez-moi, ça va fort brillamment.


- Oh oui, Monsieur le président. Comme c'est exact. Et puis, tant qu'il nous reste des hommes de vertige comme vous... des dirigeants de bonnes pratiques... promoteurs de Grenelles académiques... barils de vraie humilité... puits de vertus birmanes et de médicale franchise. Tant qu'il nous reste un peu d'agricole et lyonnais crédits... Tant qu'on a la CNIL... la copie privée... le rapport Attali... les tests Hortefeux... le mini-traité... les pastilles vertes, internet, les quotas sur le merlan et les départements, on est sauvés. Alléluia ! Je cours m'humecter les muqueuses en régie... à force de lécher, je sèche !

 
par Argo publié dans : 3615 code j'en peux plus
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Mercredi 23 janvier 2008

En politique comme en médecine, une bonne communication est souvent plus utile qu’un savoir approfondi. C’est si vrai que dans la clinique ordinaire du bon Dr Nicolas, si on ne dispose d’aucun traitement efficace des agoniques, comprenez le pouvoir d’achat ou, plus inquiétant, les valeurs républicaines, on saurait presque faire passer leur inéluctable trépas pour une forme de délivrance et, finalement, pour un bienfait.
 

Le pouvoir d’achat

 

Par les temps qui courent, à défaut d’idées concrètes pour améliorer l’ordinaire du Français de base, on assiste à une pluie pas banale de fines élucubrations, excogitées au fil d’une procession ininterrompue de dispendieuses commissions et de somptuaires grenelles. En passant, combien ça coûte tout ce cirque ?

 

Les prix du pétrole grèvent les revenus des pêcheurs ? Am stram gram ! Une taxe sur le poisson. On veut généreusement redistribuer 800 millions d’euros de recettes publicitaires aux « amis élyséens » de l’audiovisuel privé ? Pic et pic et colegram ! Une taxe sur le matériel high-tech (à califourchon sur la redevance pour copie privée et l’écocontribution) afin de compenser la perte financière subie par la télévision publique. On doit financer la restauration du patrimoine français ? Bourre et bourre et ratatam ! Une taxe sur les nuits d’hôtels.
Errances et redevances, en matière d’imposition la créativité française ne connaît plus de bornes... Sur un air de « Bercy, taxes and tunes » on ajoute chaque jour aux plus de 200 impôts déjà existants... Tout finit à la toile fiscale... C’est de l’imposition arachnéenne, kafkaïenne... stalactite. Français, du haut de cette pyramide fiscale, neuf mois de présidence Sarkozy vous délestent. Pic dam ! À quand le retour de la taille et de la gabelle ? Et pourquoi pas une taxe sur le remariage ?

 

Certes, qu’il relève de l’imprévoyance la plus crasse, de l’irrationalité vibrionnante ou de la prodigalité ciblée au profit des « amis élyséens », on peut trouver à la fois pathétique et grotesque cet entêtement métronomique du gouvernement à enfiler les taxes et, au passage, le contribuable, à la manière dont son infatué président enfile les perles et débine la France aux yeux de la surface habitée du globe.

Mais il faut bien se faire une raison : en matière de politique économique Little Miss Sunshine est doté d’idées aussi plates que ces écrans plasma qu’il veut absolument taxer. Aussi faut-il nous résigner, passés les premiers mois d’anxiété hallucinatoire pour les rares connaisseurs du bonhomme et de déception légitime pour la profane majorité des autres, à contempler notre « président du pouvoir d’achat » agiter frénétiquement la bannière chimérique du « Travailler plus pour gagner plus », pendant que les patrons, pour cause de croissance envasée, rechignent à lâcher les heures supplémentaires (moins d’un salarié sur dix profitent des nouvelles mesures) et que gouvernement et opposition, aussi creux d’idées que soumis, s’alignent impeccablement, le petit doigt sur la couture fiscale, derrière la schtroumpfienne et lumineuse devise « A chaque jour suffit sa taxe ».

 

Les valeurs républicaines

 

Mais il y a bien plus grave. Comme ces appels, en ritournelle, à vouloir distinguer les individus selon leur origine nationale, ethnique ou religieuse (ce qui sous-entend de les catégoriser au préalable). C’est absolument contraire aux valeurs fondamentales d’égalité et de laïcité sur lesquelles repose notre constitution, dont l’article 1er précise « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Et pourtant, c’est bien ce qui survient actuellement. Deux exemples à l’appui.

 

Primo, sous couvert d’un impérieux et nébuleux prétendu « besoin de modernisation », notre président a récemment confié la tâche de modifier le préambule de la Constitution à une commission, présidée par Simone Veil, afin qu’il soit « complété pour garantir l’égalité de l’homme et de la femme, pour assurer le respect de la diversité et ses moyens, pour rendre possible de véritables politiques d’intégration, pour répondre au défi de la bioéthique ».
Qu’on me pardonne de passer derrière l’écran de fumée de la bioéthique, force est de constater qu’une telle modification rendrait constitutionnelle la politique de « discrimination positive  » et, par conséquent, la promotion du communautarisme, notamment religieux, autant de vilaines entorses à la laïcité devenues si chères à notre prodigieux dompteur de civilisations et aux autres plumes de sa ménagerie.

 

Secundo, cette semaine M. Hortefeux, notre chef de patrouille et grand co-voitureur aux frontières devant l’éternel, vient d’annoncer son intention, avec l’autorisation du chef de l’Etat, de « constituer un groupe de travail, une commission sur le cadre constitutionnel de la nouvelle politique d’immigration. Cette commission aura à réfléchir sur deux sujets : premièrement sur les quotas pour une immigration réussie et deuxièmement sur la simplification des juridictions ».
Réguler l’immigration en fonction de critères professionnels et de nationalité venant d’être jugé contraire au principe d’égalité qui fonde notre constitution, seule une telle révision pourrait rendre absolument constitutionnelle et présentable cette « politique des quotas », si chère à notre agité spirille national.
Ainsi, les quotas si décriés pour la gestion de la ressource halieutique conviendraient-ils beaucoup mieux à celle, plus mathématique, de la ressource... humaine. Probablement un mauvais remake de l’histoire de la sardine qui a bloqué la frontière marseillaise.

 

Pour être sérieux 5 minutes, on peut s’insurger contre la dérive actuelle, consistant, dès qu’une mesure est jugée inconstitutionnelle ou risque de l’être, à créer une commission, une brochette d’experts, puis à les faire plancher sur une révision de la constitution. Peut-on seulement contester un tel tripatouillage ? Sur le fond, y a-t-il des limites aux révisions de notre constitution ? Et sur la forme, comment doit-on y procéder ?

 

Sur le premier point, la question des limites, le dernier alinéa de l’article 89 précise simplement que « la forme républicaine du gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision ». Ouf ! Si l’obligation de respecter la « forme républicaine » signifie l’interdiction faite à Nicolas Sarkozy de rétablir la monarchie, l’empire ou toute autre turlupinerie à tendance maniaco-despotico-tyrannique, nous voilà partiellement rassurés... En revanche, si on entend par cette expression l’obligation de respecter les valeurs et principes essentiels qui fondent la « forme républicaine », notamment la laïcité et l’égalité, on peut contester le droit que s’arroge l’actuel président de changer de texte constitutionnel comme de Rolex ou d’épouse légitime.

 

Du point de vue de la forme, on pourrait également contester aux textes remaniés leur valeur de norme fondamentale, de « loi au-dessus des lois ». En effet, les commissions mitonnées par le facétieux Nicolas ne voient pas leurs membres désignés au suffrage universel, contrairement aux assemblées élues dites « assemblées constituantes », chargées d’écrire les constitutions.
On gagnerait évidemment à soumettre ces projets à l’approbation du peuple, par voie de référendum. Mais de cela, Nicolas Sarkozy n’en a cure. Il n’en veut absolument pas. Certes, le président de la République a le choix entre la ratification par référendum ou la ratification par le congrès (le congrès est la réunion, dans une même salle, au château de Versailles, des députés et des sénateurs qui doivent voter le projet à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés pour qu’il soit ratifié).

 

Naguère, le général de Gaulle préférait passer par la voie référendaire (en 1962 d’abord, puis sans succès en 1969, ce qui provoqua son départ). Nicolas Sarkozy, lui, privilégie le congrès, carpettes et castagnettes, cette ombre hallucinée d’un paysage politique qu’il a pris grand soin de décimer, dans un premier temps par anéantissement impeccable de toute forme crédible d’opposition, médiatique ou politique, interne à l’UMP ou externe, puis par dépeçage de membres à vif et crémation méthodique des restes sur le bûcher de la « politique d’ouverture ».

 

C’est ainsi que la ratification du mini-Traité européen a été approuvée par l'assemblée et sera entérinée par le congrès, à Versailles. En toute quiétude ! C’est également ainsi qu’on mettra en œuvre une politique d’immigration et de promotion du communautarisme que probablement (mais le saura-t-on jamais en l’absence de consultation ?) une grande majorité de Français désapprouvent.

 

Est-il dangereux ce Tartarin qui s’arroge le droit de décider ce qui est bon pour la France au motif avoué que les Français seraient trop couillons pour saisir d’eux-mêmes leur propre intérêt. Et bientôt ce sera au tour des Européens... C’est qu’il est énormément vorace, Lucifer ! À croire que régner sur 64 millions de Français ait éveillé chez lui des vocations sataniques... Des appétits gargantuesques... Comme des envies de bûchers néroniens !

 

Il va jusqu’à miser ouvertement et sans vergogne sur la future présidence française de l’Union européenne pour réaliser ses marottes... Les plus grands abracadabrantesques délires, tel son fumigène projet d’Union méditerranéenne dont personne ne veut. Ou bien les mini-poussées éruptives de pustules électoralistes récemment illustrées par cette promesse de remise en cause aussi subite qu’unilatérale d’une politique de quotas de pêche votée et approuvée, pas plus tard que le mois dernier, par les 27 pays de l’Union, France incluse. À l’approche des élections, l’engagement présidentiel en campagne, ce n’est plus de la politique Docteur, c’est une cystite !
Heureusement que les autres ne vont pas se laisser faire. Oh que cela nous promet de rudes et folâtres joutes salivaires... Du grand guignol à la grosse commission... D’une main, on supprime les quotas sur la merluche et, de l’autre, on en crée sur l’Africain. Dans les deux sens, ça nous rend plus libres d’aller à la pêche. Ça c’est prestidigitateur... J’en frémis. « Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter Nicolas dans les espaces d’une autre vie !  ».

 

Mais plus sérieusement Docteur, sommes-nous aujourd’hui en présence de signes patents d’une petite et sale dérive autocratique du régime ? On peut se poser la question. À trop souvent changer notre constitution, va-t-on finir, sans nous en apercevoir, par changer de constitution ? Et quand la dérision, les sarcasmes, les velléités d’anathème et la colère seront épuisés, que nous restera-t-il pour nous faire entendre de l’histrion politique qui nous gouverne si mal ? L’insurrection citoyenne ? Exit Edgar Morin et bienvenue Bakounine ? Une déroute aux municipales ? Prions pour qu’il y assiste en Xerxès à son Salamine... Les guerres médiques et la galère bien bloquée dans le détroit !

 

En attendant, comme le dit la chanson, « Il est libre Nicolas » et, paraît-il, à l’instar de Max, « Y en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler »... au-dessus d’un nid de 64 millions d’absolus et très effarés cocus.

par Argo publié dans : 3615 code j'en peux plus
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