Samedi 5 mai 2007
Bonnie Royal et Clyde Hollande peuvent se vanter d’avoir réalisé le hold-up du siècle sur le Parti Socialiste. Mais aujourd’hui, la formidable tempête médiatique s’est essoufflée et la dernière vague d’espoir est en passe de se retirer… Chaque jour nouveau révèle l’étendue du désastre sur la plage socialiste. Le désastre infini d’un parti qui a préféré lâcher la proie sociale pour l’ombre médiatique, qui a omis de proposer un programme et renié jusqu’à son identité pour céder à la sirène du « Ni-Ni », ni social libéralisme d’un Strauss-Kahn, ni ancrage marqué à gauche d’un Fabius.
François Hollande avait soigneusement préparé le terrain depuis plusieurs années. Sa stratégie était d’éviter tout ancrage à gauche du PS, quitte à légitimer Jacques Chirac et son gouvernement, pour mieux préparer l’intronisation de Ségolène Royale aux Présidentielles de 2007. Ce qu’il n’a cessé de faire durant son mandat de premier secrétaire. Ses adversaires directs, représentant les courants de la gauche du PS, ont eu au moins deux occasions franches de battre en brèche cette stratégie. Deux violents rapides jalonnant le long fleuve tranquille qui menait depuis des années le couple Hollande / Royal droit au sacre socialiste de cette dernière.
Une première fois quand Hollande s’engagea derrière Jacques Chirac en 2005, dans le clan des « Oui » au référendum Européen, contre l’avis de l’aile gauche du PS. Une seconde fois en 2006, quand le premier secrétaire du PS refusa de demander la tête de Chirac et du gouvernement Villepin, suite au calamiteux retrait du CPE, sous la pression des étudiants, des jeunes, de la gauche anti-libérale et… de l’aile gauche du PS.
Dans les deux cas, Hollande joua la carte de la continuité du mandat de Jacques Chirac et de son gouvernement et la gauche du PS renonça au bénéfice de ses victoires. Fabius et Emmanuelli préférèrent attendre le congrès socialiste et sa fameuse « synthèse », pour tirer les marrons de feu, persuadés qu’ils en sortiraient vainqueurs et qu’un candidat représentant la gauche sociale serait logiquement investi pour combattre la droite aux présidentielles de 2007. Et dans les deux cas, le couple Hollande / Royal sauva miraculeusement sa tête.
On sait aujourd’hui ce qu’il advint. Quelques mois plus tard, Mme Royal était présentée par tous les sondages comme l’incontournable « arme fatale », la seule candidate PS capable non seulement de venger le 22 avril 2002 mais de battre la droite et Sarkozy. Image fabriquée et renvoi d’ascenseur de la droite à François Hollande par grands médias (Bouygues, Lagardère et Dassault) interposés ? Nul ne le saura jamais. Toujours est-il que le tsunami médiatique Ségolène Royal engloutit les espoirs placés par une grande partie des militants sur l’aile gauche du parti, le véritable courant social. De nombreux barons du PS, au moins aussi soucieux de conserver leurs mandats d’élus que traumatisés par l’électrochoc subi en 2002, se rallièrent au panache blanc de Mme Royal au terme, ironie du sort, d’un plébiscite quasi Bonapartien ou Chiraquien version 2002.
A cette époque, l’investiture de la championne socialiste laissa un goût très amer au sein des courants de l’aile gauche du PS. De nombreux militants furent désorientés par ce choix et l’exprimèrent très clairement. On contesta à Mme Royal la carrure présidentielle, la compétence, la pugnacité (quelle erreur !). Autant d’officiels et futiles prétextes destinés à masquer la formidable impression de hold-up réalisé par le couple Royal / Hollande et leurs fidèles sur le parti socialiste, son histoire et ses valeurs traditionnelles, à commencer par l’ancrage à gauche qui en constitue le fondement.
A l’extérieur du PS, le sentiment de défaite, de monumentale entourloupe, n’avait pas cours. Le peuple de gauche, bien loin des conflits internes du parti, soutint activement Mme Royal tout au long de la campagne. Mieux, il s’engagea derrière elle avec conviction et… sérénité.
Dès lors, à l’intérieur du PS, passé le temps des sarcasmes et de la déception, la seule option raisonnable fut d’emboîter le pas, faire bonne figure, se consoler contre mauvaise fortune en se persuadant que la victoire primait sur l’essentiel, l’identité du PS et son programme. Très mauvais calcul !
On misa donc unanimement (ou presque) sur Ségolène Royal pour venger l’affront de 2002 et passer le premier tour devant Le Pen et Bayrou (avec des chances importantes de succès), puis barrer la route de Nicolas Sarkozy le 6 mai (sans trop d’illusions). Le parti socialiste se lança dans un jeu dangereux consistant à apporter un soutien sans faille à Ségolène Royal lors de la campagne pour la présidentielle 2007, tout en contestant, en sous main, une large part de ses choix politiques, économiques et sociaux. Au sein de la gauche sociale, on prit ses dispositions pour s’opposer sur le terrain, aux orientations annoncées par Ségolène Royal (35 heures, lois Fillon, carte scolaire, rapprochement avec le centre, etc.) en même temps qu’on mobilisait fortement derrière elle.
Et comment pouvait-il en être autrement ? Les aspirations très socialisantes de nombreux militants du PS sont diamétralement opposées au projet politique de restauration de la V° République par la « démocratie participative » soutenu par Ségolène Royal. Projet « populiste » d’une candidate qui n’hésite pas à passer par-dessus le parti (notamment en créant son association « désir d’avenir »), ou à prôner des valeurs empruntées au cléricalisme : « l’ordre juste » à toutes les sauces, « je ne laisserai pas insulter Dieu ! », « aimez vous les uns les autres », etc… L’histoire du PS montre que ce parti n’a jamais fui les contradictions. Il y a quand même des limites !
Aujourd’hui, les jeux sont faits. Et bien faits et bien perdus. Mais que reste t-il au PS ?
Un courant ouvertement « social libéral » incarné par Dominique Strauss-Kahn, avec l’appui de Rocard et de JM Bockel. Choisir cette voie signifierait la droitisation du PS, en ligne avec les aspirations d’une large part de la société française actuelle. Mais pousser la logique jusqu’au rapprochement avec le nouveau parti démocrate de François Bayrou, entraînerait la ghettoïsation de la gauche du PS, sa scission et la mort certaine du parti. C’est très improbable.
Un courant de gauche sociale « à gauche de la gauche », avec les fabusiens renforcés par les amis d’Emmanuelli de NPS-SA, des ex pro-Montebourg qui avaient dénoncé le ralliement de ce dernier à Royal, et l’appui de FMDS avec Dolez et Filoche. En ces temps difficiles pour le PS, le recentrage « à gauche toute » et le retour aux valeurs historiques du parti paraît l’hypothèse la plus naturelle et la plus probable.
A court terme, il est impératif d’éviter une déroute aux législatives et l’explosion en vol du parti socialiste. Mais pour cela, il faudrait un capitaine qui puisse indiquer à des militants PS, aujourd’hui complètement désorientés, un cap plus réaliste que les « Venger 2002 » du premier tour et « Tout sauf Sarko » du second. Deux lignes politiques qui illustrent bien le désarroi du PS, deux slogans aussi négatifs que stupides (Nicolas Sarkozy étant seul face à Ségolène Royal au second tour, « Tout sauf Sarkozy » a été perçu à gauche comme un blanc seing donné à Mme Royal pour conduire sa campagne au nom du rejet de l’autre).
On en revient alors à la question centrale au PS depuis plus de deux ans. Où est le programme ? Ségolène Royal était la candidate PS du « Ni-Ni », ni courant libéral DSK, ni courant Fabius. La candidate du « non choix ». Son « pacte présidentiel » à géométrie variable n’a jamais constitué un programme.
Retour donc à la case départ : qu’est ce que le PS aujourd’hui et quel est son programme ? L’UMP était fin des années 90 dans la même situation. Il s’en est sorti... En 2002. Pour le PS, ça urge !
par Argo
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3615 code j'en peux plus
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