Vendredi 14 décembre 2007
Dans la République de Platon, Thrasymaque disait à Socrate « Le juste n'est rien d'autre que l'intérêt du plus fort ». Des siècles plus tard, dans notre république, ce credo est en passe de tuer le vieux proverbe « Dans le doute, abstiens-toi ».Jeudi 13 novembre 2007 au soir, 7 juges ont estimé qu'Yvan Colonna avait bien participé au cambriolage de la gendarmerie de Pietrosella puis à la planification de l'assassinat, et surtout qu'il était cet homme à la perruque blonde qui abattit le préfet Erignac, à bout portant, de trois balles dans la nuque, un sinistre soir de février 1998.
Ce qui l'accuse ? Aucune preuve matérielle : il n'apparaît dans aucun des messages téléphoniques échangés par les membres du commando, aucune empreinte ou trace d'ADN n'a été relevée à Pietrosella ou sur la scène du crime et Marie-Ange Contart, l'unique témoin oculaire à avoir croisé le meurtrier ne l'a jamais reconnu. L'autre témoin, Joseph Colombani, a assisté à la scène d'un peu plus loin (25 mètres). Il ne le reconnaît pas non plus et affirme n'avoir vu que deux hommes et non trois comme l'accusation le prétend. Ce qui exclue la présence de Colonna.
Ce qui l'accuse ? Une poignée de témoignages d'hommes et de femmes qui depuis se sont rétractés et on blanchi le berger corse, même si c'est « du bout des lèvres ». Mais en quoi les témoignages qui aujourd'hui innocentent Yvan Colonna seraient-ils plus soumis à caution que ceux qui l'accusaient il y a cinq ans ? A l'inverse, en quoi un Alessandri serait-il plus crédible en accusant le berger Corse du meurtre qu'en s'accusant lui-même ?
Ce qui l'accuse ? Les déblatérations d'une poignée de hauts fonctionnaires mis depuis en examen ou à la retraite, patrons de gendarmerie et autres barbouzes pathétiques, irresponsables et barbares représentants d'un Etat Français qui depuis trop longtemps n'a trouvé d'autre voie en Corse que celle du pourrissement, du renvoi dos à dos et du dressage d'une partie des Français contre l'autre, dans l'île comme sur le continent. Une caricature de politique qui prêterait à rire et sourire... en d'autres circonstances. Et si elle n'était pas menée à la fois contre l'intérêt des Français et contre le gré des Corses.
Ce qui l'accuse ? L'intime conviction de 7 magistrats professionnels dont l'indépendance avait été mise en cause avant même le procès (Yvan Colonna déjà condamné ?). Une instruction intégralement menée à charge, bâclée au petit malheur la chance, un simulacre de justice compassionnelle, l'exploitation systématique du haut-le-coeur inspiré par la lâcheté et l'atrocité du crime et de la sympathie pour le juste malheur de la veuve, une savante mise en scène de l'horreur et du chagrin. Des mois passés à souffler sur les braises du dégoût et de la pitié pour sacrifier Colonna sur le bûcher de l'émotion publique. Mince ! D'indignation, j'en virerai presque Guaino.
Ce qui l'accuse ? Plus que tout ! L'intime conviction (elle n'a pas varié au fil du temps) de ce ministre de l'intérieur qui se félicitait à l'époque de l'arrestation de « l'assassin du préfet Erignac », au mépris de la plus élémentaire présomption d'innocence. En somme, la rancœur tenace d'un homme auquel rien ne saurait résister et qui depuis a fait son chemin.
Que nous reste-t-il aujourd'hui ? Des empreintes digitales non identifiées, des doutes sur la participation d'un autre homme que personne ne cherchera plus jamais, une enquête close entre affaire malentendue et satisfaction du déboire accompli, une possible révolte, une nouvelle flambée de violence dans l'île, la douleur des familles, des proches d'Erignac et de Colonna.
Ah mais j'allais oublier ! Il nous reste la satisfaction d'un président qui voit son postulat confirmé, 5 ans plus tard, par une justice docile. Et quelle justice ! Mais que notre garde des sceaux continue à se pavaner, saboulée comme Barbie, en parure Dior à la une de Paris Match.
Si son expérience est trop courte pour compter Dreyfus au nombre de ses références, sa nationalité, elle, est suffisamment fraîche pour qu'on l'exhibe comme le symbole étincelant d'une intégration réussie... Notamment aux yeux de familles de Seine Saint Denis dont un quart vit avec moins de 845 Euros par mois ( Approches de la pauvreté en Île-de-France, Insee et Caisses d'allocations familiales d'Ile-de-France, janvier 2007).
Merci Rachida car grâce à vous, le monde entier connaîtra bientôt la France, j'entends celle de la place Vendôme, plus par ses bijoutiers-joailliers, maisons de haute couture et autres hôtels de luxe, que par... son ministère de la justice.
En notre royaume aussi, sous les dorures de la république, il y a quelque chose de pourri. Ses dirigeants sont impudents et sa justice est pauvre.
Rien ne peut justifier un acte aussi ignoble que l'assassinat de Claude Erignac. Devons-nous pour autant accepter cette mascarade de justice ponctuée par un verdict incompréhensible dont nul ne saurait affirmer qu'il venge la mort du préfet de la république, ni même qu'il honore la mémoire de l'homme ? Fallait-il, pour raison d'état ou tout autre moins avouable, condamner Yvan Colonna, sans sourciller... au bénéfice du doute ?
par Argo
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3615 code j'en peux plus
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