Bouleversement de la nature, phénomènes terrifiants, été pourri, scandales, grèves, divorce… Autant de signes avant-coureurs de la catastrophe… Comme le canevas incohérent et sournois d’une descente aux enfers… En 68, sous les pavés, on revendiquait la plage. Aujourd’hui, sous l’action politique, sur vitaminée, surmédiatisée, en surcharge émotive permanente, on implore les valeurs.
En guise d'apéritifs, quelques scandales épars. EADS et l’honorable Caisse des Dépôts (de vin ?) qui soutient les cours en achetant pile poil au moment où l’actionnaire initié se débine et revend. Histoire pour ce dernier de ne pas y laisser trop de plumes avant que les déboires de l’oiseau 380 ne se crashent sur le tarmac public. Malédiction ! L’UIMM ensuite, cette caricature de financement des syndicats par le patronat. Comment fluidifier les relations sociales ? Avec du liquide, bien entendu, et le dernier élixir en date, la jouvence de l’abbé Gautier-Sauvagnac, médicament à base d’extraits de planche à billets, utilisé dans le traitement symptomatique des troubles en rapport avec une mauvaise fluidité sociale. Bigres ! Les syndicats seraient-ils financés par le Medef ? Bis male dictat !
EADS, connivence de l’état et du patronat. UIMM, collusion du patronat et des syndicats. Quelle tournante ! Quel machiavélique trépied. Et si tout le bazar était du même bois, de la même essence de système, rien que des pseudo petits meurtres entre amis, sur notre dos ? A qui faire confiance ?
L’opinion flotte, il faut vite la rassurer. Diaprer les mirages populaires, prévenir les incertitudes de masse… Primo, pour EADS, désolé pour l’aéro petit porteur d’actions mais l’état ne savait rien. On enquête, et on charge les bannis autant que possible. Pan sur Villepin ! Secundo, pour l’UIMM, métal hurlant ou pas, désolé le Medef n’a rien entendu. On enquête sur une initiative perso de l’abbé Sauvagnac, porteur de valises et lampiste en second du Medef. Au bal des métallos, lui seul trinquera, avec la bénédiction de son ennemie jurée de N°1 du Medef, Laurence Parisot… Ben voyons ! Et subtil tertio, preuve ultime que le système n’est pas pourri et que la démocratie fonctionne, on favorise quelques mouvements sociaux. Point d’orgue de l’exonération des élites ! Sentir que le patronat, l’état et les syndicats ferraillent âprement, ça rassure le citoyen lambda et plus exactement epsilon. Ca fait aussi grand flop de la jouvence de l’abbé Gautier-Sauvagnac, pourtant recommandée en cas de troubles de la circulation et ses diverses manifestations associées. Du coup, son efficacité thérapeutique devient sujette à caution (entre autres bancaire), comme chacun d’entre nous a pu le constater à ses dépens lors des récentes grèves de transports. Ouf ! Un peu de marche à pied et on respire. On est prêts à abandonner l’idée de sombre collusion (le terme intelligence serait exagéré) entre dirigeants politiques, patrons et responsables syndicaux. Prêts à croire de nouveau très fort au fameux combat des bons contre les méchants, des cow-boys contre les indiens… De la droite contre la gauche ? Non, quand même pas… Avec tous ces socialistes appelés aux gamelles par Nicolas.
Ensuite, en pleine semaine du (bon ?) goût on a eu droit à l’effilochée de duo présidentiel sur abondant lit de choux gras. Divorce officiel ! La presse entière s’affriole… Les instituts s’affairent aux sondages : 89% des Français (selon une opportune enquête Ifop réalisée les 18 et 19 octobre) estiment que la séparation du couple présidentiel est une affaire privée. Gazettes ! Ca ne regarde qu’eux mais on ne parle que de cela. En unes et à l’unisson. Une fois de plus, on blâme la pipolisation des hommes politiques, Sarkozy, Hollande, Strauss Kahn... On reprend l’opinion en main. Qu’en tous lieux résonnent les cris de vierges effarouchées d’infinies dérives... « Foutez lui la paix », brament-elles éperdument.
Mais crénom c’est l’inverse ! C’est le politique qui s’invite dans la sphère privée. Giscard, Mitterrand, Chirac, chacun leurs frasques, en avaient autant à revendre à la « presse pipole »… Sinon plus ! Infidélités conjugales, croisement de laitiers de retour au bercail, adultères en séries, maîtresse et fille cachée, le tout impeccablement entretenu à nos grands frais… Et ils sont restés à leur place. Eux ! Dissolus certes, mais absolus censeurs de leurs propres mœurs, mythiques et frais de bouches cousues, loin des jugements affectifs de la plèbe… Et tout à fait solidement mariés… Aujourd’hui, une nouvelle mode voit le jour. Nos dirigeants organisent l’étalage de leurs vies privées. « Et si, au lieu de leur révéler ce qu'ils attendent, nous les épouvantions par un infâme déballage de nos stupres » (Arnoux, Solde, 1958). Délibérément ! Dans le seul but d’envahir nos affects. Le plus inquiétant dans ce fait d’automne, ce n’est pas le divorce d’un président. C’est un détail et son affaire. Le plus inquiétant, c’est le mariage du privé et du public, et au-delà l’émotion érigée en mode de gouvernance. Compassion pour un couple qui se déchire… Peur du nucléaire Iranien (le même sentiment qui avait permis à l’administration Bush de vendre « sa guerre contre le terrorisme » et l’invasion de l’Irak, suite aux attentats du 11 septembre)… Joie d’une victoire en coupe du monde de rugby… Tristesse d’un enfant de 17 ans qui écrit une dernière fois à ses proches avant de mourir… Le tout parfaitement orchestré, médiatisé. Emotion, bille en tête, avant raison, toujours… « Gouvernance affective », systématique, insidieuse et tellement plus efficace que mille concepts éculés liés au clivage gauche droite…Rassembler plus large. Et encore plus large !
Oui, bien sûr, tout ça c’est émouvant comme douce lecture de lettre de Guy Môquet, sanglots longs et feuilles mortes, devant nos chères têtes blondes, attentives dans le petit matin brumeux d’une cour d’école moirée, fraîchement parée aux fauves couleurs de l’automne. J’en suis bouleversifié jusqu’à la Saint Maclou ! Mais c’est aussi bien fragile, du grand mélange de genres, de l’émulsion hautement instable, du périlleux équilibre sur très ténu fil de Marianne. Pour preuve les tests ADN, premier couac, la charge émotive s’est retournée contre le gouvernement.
Mais que la réforme des régimes spéciaux finisse en palinodie à la turque (selon un fameux revirement présidentiel sur le sujet ou les lieux d’aisance, choisissez ce qui vous convient le mieux)… Ajoutez quelques noyaux d’olives du même tonneau. Une ou deux déceptions sous forme de réformes avortées ou vidées de leur sens (elles ne manquent pas). Secouez. Et c’en serait fini des supports. Sueurs… Fièvres… Apostasie de Nicolas par tous les pores… Baudruches ceux qui ont voté comme il fallait (pour celui qui a été élu) ou lui ont vendu leur âme et à défaut, plus communément, leurs convictions, leur presse… Politicailleurs madrés… Pschitt ! Petits et grands mandarins… Pschitt ! Chatoyants sponsors… Pschitt ! Folliculaires stipendiés… Pschitt ! Spumes ! Cabriolez pontifes, Manitou explose en plein orgasme avec sa seule et véritable maîtresse, le « Pouvoir ». Epectase de l’omni-président… Plus fort que son confrère Félix Faure qui selon le mot subtil de Clemenceau « voulut être César et termina Pompée », mort, à 58 ans, en plein acte, dans la bouche de sa rousse maîtresse.
Alors ? Après le sacre, le divorce présidentiel comme prélude à une descente aux enfers ? Tels Napoléon et sa Joséphine. Le début de la fin ? Sauve qui peut ministres… Courage, Fillon ! Retour du succube Ségolène et de l'incube François (Fillon ou Hollande come il vous plaira), démons mineurs composant l’épouvantable avant-garde des légions infernales… Suivis de l’archange Dominique, qui rêve toujours d’être calife à la place du calife et n’en finit plus d’astiquer ses cuivres… Casseroles aujourd’hui et trompettes demain ! Confusion et vengeance… Babylone et Jéricho ! Ah, s’il pouvait lui faire boire le calice au président du pays des merveilles… Cinq petites années et hop, adieu féeries ! Exit Lewis Caroll… Bouquet… Final ! Je délire, mélange tout… C’est l’émotion ! L’apocalypse selon Saint Nicolas.
Et oui, nous sommes manipulés. Notre opinion est manipulée. Personnellement, je vois une seule solution : appuyer sur le bouton...de la télé pour l'éteindre, casser la zapette.
Constatant, comme toi, comme mes fils, ce grand concert bien orchestré, me vient un soupçon, tout à coup. Concernant, la directive du grand chef de lire la lettre de Guy Mocquet aux chères têtes blondes ou brunes : et si c'était un moyen détourné pour compter combien de sympathisants communistes restent encore dans les rangs de l'Education Nationale ?
Bon, comme dirait la marionnette de PPDA
"Vous regardez trop la télévision, Bonsoar !"