Samedi 3 mars 2007
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23:17
Avec Eva, certains soirs d’hiver, quand la grisaille envahit Paris et que la pluie cingle sans discontinuer les carreaux de notre cuisine, on fait du pain perdu.
Eva découpe d’épaisses tranches de brioche qu’elle laisse, pendant la durée du dîner, tremper sur chaque face dans un mélange de crème liquide, sucre, jaunes d’œufs, une pointe de cannelle et une cuillerée de rhum brun.
Moi, je prépare la sauce caramel au beurre salé. Je fais fondre tout doucement le beurre salé coupé en petits cubes dans une casserole à fond épais. Lorsqu’il est liquide, j’ajoute 6 cuillerées de sucre et, toujours à feu doux je mélange énergiquement à l'aide d'une cuillère en bois jusqu'à que la pâte soit bien homogène. Hors du feu, j’ajoute du lait concentré (non sucré), puis je remets le tout sur le feu, en tournant sans arrêt jusqu’à ce que le mélange s’épaississe.
Une odeur de toffee se répand dans la cuisine. On est si bien ici, tous les deux… Dehors, toujours l’hiver… Et la pluie… Insidieuse et oblique entre les immeubles, toute entière à glacer les rares passants, à les aiguillonner sans fin vers des buts improbables.
Eva a mis les tranches de brioche à égoutter quelques minutes sur une grille puis elle les poêle à feu très doux dans du beurre jusqu’à ce qu’elles soient bien caramélisées de chaque côté.
A peine le temps d’échanger un sourire, un baiser… Je nappe le fond de deux assiettes rectangulaires de sauce caramel, Eva y dépose les tranches de pain perdu avec une boule de glace au yaourt Maritza par côté.
Quand bien plus tard dans la soirée, la respiration lente et régulière d’Eva trahit son sommeil et appelle le mien. Quand le froid et la nuit ont pris depuis longtemps le ciel et les toits de Paris, tristes et lassés de tant d’hivers accumulés. Je m’endors, ma poitrine contre son dos et mes genoux dans le creux des siens. Je n’entends plus la pluie. Je traverse la nuit, plus dense encore derrière le miroir des songes.
J'y retrouve la douceur et le calme d’une nuit d’été. Murmures, jeux d’ombres et de lumière sur l’épais rideau de coton animé par le souffle léger de la brise. En contrebas, de vaguelettes en ressacs, la mer s’entête à faire frissonner les galets de la plage. Et de temps à autres, l’aboiement d’un chien, plus loin...
Je rejoins Eva, ses rêves et toutes les promesses de recettes à venir.
Vos délires